Paroisse de la Trinité Roubaix-Hem
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      la résurrection de Jésus c’est aussi la nôtre !

la résurrection de Jésus c’est aussi la nôtre !

"Le Christ est ressuscité d’entre les morts, levez-vous vous aussi !

Le Christ qui dormait s’éveille, éveillez-vous aussi !

Le Christ sort du tombeau, libérez-vous vous aussi !"

St Grégoire de Naziance


Homélie Pâques 2020 : quand des femmes réenfantent l’Eglise !

En réécoutant l’Evangile de la passion selon St Matthieu ce dimanche des Rameaux, j’ai été frappé par une phrase qui revient deux fois dans cette passion et que l’on ne retrouve pas dans les autres Evangiles avec autant d’insistance (*) :
« Et TOUS LES DISCIPLES dirent de même » Mt 26,35
« Alors TOUS LES DISCIPLES l’abandonnèrent et s’enfuirent » Mt 26,56
TOUS LES DISCIPLES masculins, comme Pierre, vont renier Jésus alors que Pierre aurait dû être le roc sur lequel doit se construire l’Eglise ! (Mt 16,18)
TOUS LES DISCIPLES masculins, comme Pierre, vont abandonner Jésus alors qu’ils auraient dû être les plus fidèles et les plus compréhensifs de la mission de Jésus ! (Mt 13,51)
Et la construction Matthéenne du récit de la passion de Jésus ne laisse planer aucun doute sur la faillibilité des disciples masculins. Au CENTRE des deux comparutions de Jésus devant Caïphe (26,57-68) puis Pilate (27,11-31), sont placés côte à côte, face-à-face, le reniement de PIERRE (26-69-75) et la pendaison de JUDAS, 2 récits d’égale longueur (le 2ème est propre à Mt) ! Pierre « le premier » des Douze et Juda, le dernier des Douze, le premier et de dernier incluent l’ensemble des disciples ! Si les chapitres 26 et 27 décrivent la mort de Jésus, ils décrivent tout autant la mort de l’Eglise qui a renié, trahi et abandonné son Maître.
Mais à la faillibilité, au reniement et à l’abandon des disciples masculins, Matthieu va substituer une autre figure de disciples : les disciples femmes qui, elles, vont être témoins de la foi en Jésus, vont être prophètes et apôtres de sa Résurrection, vont réenfanter l’église défaillante des hommes.
Mais encore une fois, comme l’Eglise fera taire à tout jamais la rencontre de Jésus avec Marie de Magdala le jour de Pâques en Jean 20,11-18 puisque ce récit n’est jamais lu lors d’un dimanche de Pâques, l’Eglise a encore fait taire le récit par lequel commence la passion selon St Matthieu que nous avons entendu dimanche !!! La liturgie a fait commencer le récit au verset 14 du chapitre 26 de Mt alors que le récit de la passion commence au chapitre 26, 1-13 pour se terminer en 27,66. Pourquoi encore passer sous silence ce récit si important de Matthieu : l’Onction sur la tête de Jésus à Béthanie par une FEMME ????
Tout son récit de la passion est en réalité encadré de récits de femmes qui surplombent la mort de Jésus et prennent le relais des disciples masculins défaillants au cours de la passion de Jésus.
Le récit de l’onction de cette femme dont l’Eglise doit faire MEMOIRE : « Partout où sera proclamé cet Evangile dans le monde entier, on racontera EN MEMOIRE D’ELLE ce qu’elle a fait » Mt 26,13, l’Eglise n’en a pas faire mémoire dimanche !!! Ce récit est pourtant l’enluminure radieuse du début de la passion comme les femmes au tombeau à la fin en seront l’enluminure éclatante.
L’onction de cette femme sur la tête de Jésus est une onction d’amour qui en fait une disciple bien-aimée de Jésus, c’est une onction de guérison qui en fait une apôtre du Seigneur, une onction royale qui en fait une prophète du Seigneur !
Cette femme, disciple, apôtre et prophète annonce ces autres femmes qui seront les seules à être présente à la croix, à l’ensevelissement et au tombeau. Les trois Evangiles synoptiques s’accordent à reconnaître l’absence de disciples masculins au pied de la Croix.
Chez Matthieu, elles s’appellent « Marie de Magdala, Marie, mère de Jacques et de Joseph, et la mère des fils de Zébédée » mais il est précisé qu’elles ne sont pas seules : « Il y avait là de NOMBREUSES femmes qui contemplaient de loin » Mt 27,56. Ces femmes surtout avaient SUIVI Jésus depuis la Galilée en le SERVANT » 27,55. Leur présence au pied de la croix n’est donc pas le fruit du hasard, mais bel et bien l’aboutissement d’un parcours de disciples, couvrant intégralement l’itinéraire de Jésus depuis la Galilée jusqu’à l’heure de la croix, ce que n’ont pas réussi à faire les disciples hommes. Le récit de la passion atteste que les Douze ont failli à leur mission, tandis que les femmes sont allées jusqu’au bout du chemin. Il est intéressant de noter que les seuls deux emplois du mot « de loin » dans Mt concernent Pierre et les femmes. En 26,58, « Pierre suivait de loin » pour finir par renier trois fois ; « les nombreuses femmes contemplaient de loin » 27,55 en étant allées jusqu’à la croix ! d’un côté le reniement de Pierre, de l’autre la fidélité des femmes !
Et Matthieu signale par trois fois leur présence en 27, 55-56. 61 et 28, 1. Décidément des femmes sont au centre de la stratégie évangélique, tant du côté de la mort de Jésus que sur le versant de sa résurrection « après le sabbat, à l’heure où commençait à poindre le premier jour de la semaine » 28,1.
Alors oui, si la passion de Jésus décrit la mort de l’Eglise comme disciples masculins, la résurrection de Jésus dans Matthieu décrit le réenfantement de l’Eglise par les femmes.
Ceci est d’autant plus fort que Matthieu a commencé son Evangile de la genèse et de la naissance de Jésus en mettant en valeur aussi le rôle de 5 femmes dans l’engendrement du Messie Jésus en Mt 1,17. De même ici, « au premier jour de la semaine », ce sont des femmes qui réenfantent l’Eglise et sont appelées à annoncer l’Evangile de la résurrection de Jésus.
« Quittant vite le tombeau, avec crainte et grande joie, elles coururent porter la nouvelle à ses disciples » Mt 28, 8 Ce sont bien elles qui « évangélisent » (verbe ap-angelizo) les hommes qui avaient accompagné Jésus tout au long de son ministère et de fait la mission de Jésus aux femmes sera de dire : « Allez EVANGELISER » en 28,10.Et de fait les disciples hommes feront crédit aux paroles des femmes et se rendront en Galilée comme elles le leur avaient demandé en 28, 16.
Mais ce n’est pas tout : à peine se sont-elles mises en route qu’elles vont être privilégiées d’une rencontre personnelle de Jésus.
Seuls l’Evangile de Matthieu et celui de Jean vont rapporter cette rencontre avec le Ressuscité au tombeau vide, avec comme personnage principal dans les deux cas : Marie de Magdala. Comment ne pas y voir ici la trace d’une importance particulière accordée à Marie de Magdala dans la communauté chrétienne comme leader et apôtre.
Structurellement, cette rencontre personnelle avec Jésus ressuscitée est « le sommet de la séquence pascale en Matthieu », « le climax » de toute la section qui va de 27,62 à 28,20, encadré par les deux sections propres à Matthieu sur les gardes au tombeau en 27,62-66 et 28, 11-15 où deux camps se dessinent : celui des imposteurs hommes : les grands prêtres et les pharisiens qui nient la résurrection de Jésus et celui des croyantes femmes qui attestent de la réalité de la résurrection. Les gardes délivrent une parole de mort (ils sont d’ailleurs qualifiés de « morts » en 28,4) tandis que les femmes délivrent une parole de vie : « allez dire : il est ressuscité ! »
Bravo encore les femmes d’oser s’opposer aux impostures et aux mensonges des hommes !
Mais regardons encore de plus près cette rencontre inédite et surprenante du Jésus ressuscité et des deux femmes, décrite avec sobriété et tendresse :
« Voici que Jésus vint à leur rencontre et leur dit : « Réjouissez-vous ». Elles s’approchèrent, lui saisirent les pieds et se prosternèrent devant lui. Alors Jésus leur dit : Soyez sans crainte, allez annoncer à mes frères qu’ils doivent se rendre en Galilée : c’est là qu’ils me verront ».
Jésus se fait plus proche des deux femmes qu’il ne l’a jamais été jusque là de quiconque. En 8,28 se sont des démoniaques qui vont « à la rencontre » de Jésus et en 8,34 c’est toute la vie qui va à la « rencontre » de Jésus, ici c’est Jésus lui-même qui va à la rencontre des femmes. (**)
Les femmes sont caractérisées par trois verbes : s’approcher, saisir les pieds et se prosterner : trois gestes de proximité, de tendresse et de vénération. Le 2ème verbe se retrouve dans ce texte du Ct des Ct : « J’ai cherché celui que j’aime et je l’ai trouvé : je l’ai saisi et ne la lâcherai point » Ct 3,1-4 (***)
C’est le désir de Marie de Magdala et de l’autre Marie de retrouver Jésus et de pouvoir lui témoigner tout leur amour et leur tendresse comme la femme qui oint la tête de Jésus ! Jésus est caressé de la tête aux pieds par ces deux femmes !
Quant à l’adoration des femmes, elle est mise en contraste avec l’adoration des disciples hommes en 28,17 :

« Mais ELLES s’étant approchées
lui saisirent les pieds
et se prosternèrent devant lui » 28,9

« En le voyant, ils se prosternèrent.
Mais EUX doutèrent. » 28,17

Là où l’adoration des femmes est sans réserve, l’adoration des hommes est pleine de doute ! Qui sont les véritables disciples de Jésus ?
Seuls les femmes et les mages offrent une adoration parfaite et sans réserve à Jésus :
« Les Mages virent l’enfant, se prosternèrent et lui offrirent l’or, l’encens et la myrrhe » 2,11
A la naissance de Jésus comme enfant comme à sa renaissance comme ressuscité, la véritable adoration est accomplie par des étrangers et des femmes !

Je terminerai sur une dernière remarque importante. La rencontre de Jésus avec ces deux femmes est calquée sur le message de l’ange aux femmes car effectivement Jésus ne dit rien de plus que l’ange à un détail près ! Au lieu de dire : « Allez dire à ses disciples » 28,7 comme dit l’ange, Jésus dit aux femmes : « Allez évangéliser mes frères » 28,10 !!! Les disciples sont appelés à devenir des frères à l’appel des femmes. Cette appellation de « mes frères » recèle même un message de pardon donné par Jésus à l’égard des disciples masculins.
Remarquons encore que ce dernier mot de « frères » renvoie aux deux premières expressions du mot « frères » dans la généalogie de Jésus en 1,2.11. où l’on parle de « Juda et ses frères » qui ouvre l’histoire d’Israël et de « Jéchonias et ses frères » qui ferme l’histoire des rois d’Israël. Qui va prendre le relais de l’histoire d’Israël sinon « Jésus et ses frères » par l’intermédiaire des femmes !
Comment ne pas être d’accord après tout cela avec la suggestion de Luca Castiglioni dans son dernier livre : « Filles et fils de Dieu. Egalité baptismale et différence sexuelle. Cerf 2020 p ; 626-627 :
« On pourrait réserver aux baptisées, par un choix disciplinaire, des gestes ecclésiaux d’importance éminente, demandant aux hommes d’y renoncer. Des gestes qui expriment notamment la mémoire de la démarche des femmes évangéliques à la suite du Christ, avec référence aux femmes qui luis sont restées fidèles dans l’heure suprême, de la Passion jusqu’à son ensevelissement et au matin de Pâques…on pourrait aussi réserver aux femmes l’annonce de la résurrection lors de la veillée pascale, à l’exemple de Marie de Magdala, apôtre des apôtres »

Qui annoncera encore cette année et pour combien d’années la Résurrection de Jésus ?
Qui évangélisera encore cette année et pour combien d’années la communauté des frères et soeurs en Christ ?

(*) ces phrases sont totalement absentes de Luc et de Jean et Marc ne mentionnent pas l’expression « Tous les DISCIPLES » !

(**) seuls emplois du verbe « upantan »

(***) l’ange avait dit aux femmes : « Je sais que vous cherchez Jésus.. » :
Elles l’ont trouvé et lui « saississent les pieds » « kratein »
Dans le Testament d’Abraham, il est dit que
« Isaac courut, se prosterna et tomba aux pieds de l’incorporel » = l’ange Michel
Et que « Sara embrassa les pieds de l’incorporel » = l’ange Michel en 3,6 ;9,2 ;15,4

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1 réaction


14 avril 13:56, par LELEUX

Merci pour Elles !
….Tout un "champ des possibles" s’ouvrira-t-il dans l’Eglise ?

Yves

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