Paroisse de la Trinité Roubaix-Hem
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      " Des audaces de femmes dans la Bible pour l’Eglise !"

" Des audaces de femmes dans la Bible pour l’Eglise !"

Exposition et conférence

Conférence de l’Abbé Michel Clncke à la Cité de l’Évangile


Des audaces de femmes dans la Bible pour l’Eglise

Le plan de cette conférence se suit avec le diaporama qui y correspond

Commençons par donner deux préalables à cette conférence :

1° ne faisons pas d’anachronisme !
Ne demandons pas à des textes écrits il y a 2500 ans pour l’A.T. et 2000 ans pour le N.T. d’être au top niveau de l’égalité de l’homme et de la femme alors qu’en 2020 nous n’y sommes pas encore arrivés. Prenons un seul exemple parmi des milliers : en grammaire « le MASCULIN L’EMPORTE toujours sue le Féminin » !
Les textes que nous allons évoquer sont tous écrits et composés dans un contexte socio-culturel PATRIARCAL ET ANDROCENTRIQUE discriminant envers les femmes (2900 hommes sont nommés dans la Bible pour 180 femmes !)
Prenons trois exemples : un grec, un juif et un chrétien de ces époques.
HESIODE, poète grec, du 6ème siècle av J.C., décrit ainsi la création de la femme. Lors de la création du monde par Zeus, il n’y avait que des hommes mâles sur la terre. Mais Zeus, irrité contre Prométhée qui a dérobé le feu pour le donner aux hommes, se venge en créant la femme, Pandora. En la créant, les dieux lui remettent une boîte fermée avec interdiction de l’ouvrir. Mais la curiosité de la femme a vite fait son œuvre : elle ouvre la boîte et alors tous les fléaux, les maladies et les malheurs qui se trouvaient dans cette boîte s’envolent et se répandent sur les êtres humains : « Ainsi de Pandora (de la femme) est sortie l’engeance maudite des femmes, le pire fléau que Zeus ait fait ! »
Quant à Flavius Josèphe (37-100), il écrit : « La femme, dit la Loi, est inférieure à l’homme en toute chose » !

Et que dire de ce texte d’un chrétien dans la lettre à Timothée en 1 Tm 2,11-15 :
« Que la femme se laisse instruire en SILENCE et en TOUTE SOUMISSION.
Je ne permets pas à la femme d’ENSEIGNER ni d’exercer un rôle dominant par rapport à l’homme, mais qu’elle se tienne en SILENCE. Car c’est Adam qui a été formé le PREMIER et Eve ensuite. Et ce n’est pas Adam qui a été séduit, mais la femme qui, séduite, s’est retrouvée dans la TRANSGRESSION. Mais elle sera sauvée par sa maternité à condition de demeurer dans la foi, l’amour et la sainteté, avec MODESTIE » !!!

Tous les poncifs patriarcaux et androcentriques sont ici ramassés et condensés :
1° l’ordre du silence par deux fois
2° le rôle passif de la femme de se laisser instruire
3° l’interdiction d’enseigner
4° la soumission de la femme
5° la domination de l’homme sur la femme
6° l’antériorité de l’homme sur la femme
7° la subordination de la femme par rapport à l’homme
8° la séduction de la femme
9° la femme cause de la transgression
10° le rôle de la femme réduit à la maternité
11° sauvée « à condition…
12° la modestie

En dépit de ce contexte massivement patriarcal et masculin, en dépit des textes bibliques écrits exclusivement pour des hommes et pour des hommes, en dépit des textes traduits et interprétés exclusivement par des hommes, malgré tout cela, nous allons faire émerger « des éclats de féminin », des « audaces de femmes », des « vives femmes » dans la Bible qui vont casser, bousculer, renverser tous les stéréotypes de la femme objet, soumise, silencieuse, réduite à sa maternité.

Pour le démontrer, j’ai écrit un opuscule intitulé : « Promenade au jardin des femmes dans la Bible et avec l’Evangile de Luc » qui présente 8 femmes de l’A.T. et 13 femmes du N.T.

Ce sera ma 2ème remarque préalable.

2° j’élargis le champ de mon investigation dans cette conférence en présentant d’autres textes et femmes qui ne sont pas commentés dans mon fascicule.

1° partie de cette conférence : une plongée dans l’A.T.

1) Deux textes fondateurs sur l’égalité de l’homme et de la femme !
Nous avons tous en tête encore le mythe de la création de la femme par Hésiode : elle est le résultat de la vengeance de Zeus sur Prométhée et la cause de tous les malheurs sur terre. Lisons aussi cet autre texte de la Mésopotamie qui reprend la même problématique de l’image de Dieu que dans Genèse et comparons-les :

« Un homme libre est comme l’ombre d’un dieu,
Un esclave est comme l’ombre d’un homme libre,
Seul le roi est semblable à l’image de dieu » (Mésopotamie)

« Dieu créa l’Haadam à son image,
à l’image de Dieu, il le créa ;
mâle et femelle, il les créa » Gn 1,27
Faisons trois remarques sur ce texte écrit par les prêtres au 6ème siècle.

1° contrairement aux animaux qui sont créés « selon leur espèce », l’haadam (l’être humain générique) est créé à l’image de Dieu, ce qui implique qu’il n’y a pas d’espèces à l’intérieur du genre humain. Il n’y a pas de différences entre les ethnies et les races humaines : nous sommes tous et toutes créés à l’image de Dieu.

2° Contrairement au texte mésopotamien, il n’y a pas de différences entre les classes sociales, entre l’homme libre, l’esclave et le roi. En genèse, tous sont égaux !

3° enfin, il n’y a pas de différence entre les hommes et les femmes : toutes et tous sont créés à l’image de Dieu. C’est ensemble, en égalité absolue, que le masculin et le féminin représente Dieu sans aucune infériorité de l’un par rapport à l’autre. L’homme n’est pas créé avant la femme mais ils sont créé ensemble, en même temps.

Regardons maintenant ce 2ème texte sur la création écrit par des sages aussi au 6ème siècle
« Dieu dit : « il n’est pas bon que l’Haadam soit seul, je vais lui faire un secours (EZER) comme son vis-à-vis ( NEGED)… Alors le Seigneur fit tomber une torpeur sur l’Haadam qui s’endormit. Il prit un de ses côtés (TSELA) et bâtit le côté qu’il avait pris de l’Haadam en femme et la fit venir vers l’Haadam. Alors l’Haadam dit : « CELLE-Ci, cette fois, est os de mes os et chair de ma chair. A CELLE-CI il sera crié : femme (ISHAH) car de l’homme (ISH) a été prise CELLE-CI »
Ici, Dieu crée aussi l’haadam (l’être humain générique) et non d’abord le mâle. Avant que l’être humain ne soit endormi, l’homme masculin comme le féminin n’existait pas. L’haadam est avant la femme et l’homme. Ainsi le fait qu’il n’est pas bon que l’être humain soit seul est valable pour l’homme comme pour la femme. Et cette solitude, cette absence d’altérité, est un péril extrême, mortel pour l’humanité. Alors Dieu crée « un SECOURS » Ezer, comme son vis-vis. Le mot ezer désigne toujours un secours en cas de péril mortel et il est souvent appliqué à Dieu qui secourt son peuple. Donc Dieu tire l’humanité de sa situation de danger mortel et crée une altérité, une relation de vis-à-vis, de face-à-face. Sur ce vis-à-vis trois remarques sont à faire :

• Ce n’est pas un copier-coller, un décalque trait pour trait. Ce « comme » introduit une certaine distance entre l’un et l’autre
• Une distance qui n’exclut pas de la confrontation, de la résistance, de l’affrontement : c’est un face-à-face.
• De plus la racine de « néged » implique l’idée de communication entre l’un et l’autre, un échange de paroles et de réponses mutuelles.
« C’est une alliance entre partenaires de même hauteur, d’égale dignité, qui sauve du danger mortel de l’isolement, mais dans laquelle n’est pas absente la possibilité d’une résistance de l’un à l’autre. L’homme et la femme représentent les deux visages de l’unique humanité » Luca Castiglioni p.354
L’homme et la femme ne sont que l’un et l’autre côté de l’être humain. Il n’y a pas antériorité de l’homme mâle sur la femme. Ils sont à la fois et en même temps semblables dans leur solidité (os de mes os) et dans leur fragilité ( chair de ma chair) et différents (ish et isha).
Il demeure que ce texte comporte encore une petite nuance androcentrique car c’est l’homme qui s’émerveille au sujet de sa femme sans que celle-ci lui réponde ! La parfaite égalité d’échange et de parole interviendra avec le Cantique des Cantiques où le « Je » et le « Tu » s’appelleront et se célébreront, enlaçant le masculin et le féminin pour une étreinte d’amour, hors mariage et maternité. C’est la subversion totale des rapports homme/femme !
Et là où la genèse disait encore, Dieu dit à la femme : « Ton DESIR est vers ton homme et lui te DOMINERA » en Gn 3,16, le Ct des Ct chante : « Je suis à mon bien-aimé et le désir pour lui est en moi » en 7,11 et « Je suis à mon bien-aimé et mon aimé est à moi » 6,3 et 2,16 !
Nous voilà délivrés de la possession et du pouvoir du mâle !

2) Deux exemples de femmes aux prises avec Dieu

HAGAR « L’émigrée » en conflit avec SARA « la Princesse » ou la revanche de l’esclave étrangère !
Nous voilà en présence des deux femmes d’Abraham : Sara et Hagar. Elles vivent dans un système patriarcal et sont victimes de ce système. Toutes les deux sont mises en danger deux fois par Abraham pour sauver sa vie à lui et elles n’ont de la valeur que si elles mettent au monde des enfants. Hagar, l’égyptienne, vit comme une femme esclave et sera forcée de donner un fils à Abram selon une institution légitimée qui prévoit l’enfantement par une esclave en nom et place de l’épouse principale. « Saraï, femme d’Abram prit Hagar l’Egyptienne sa servante et elle la donna à Abram son homme, à lui pour femme » Gn 16,3 qui renvoie à Gn 3,6 ! Eve ou Saraï « prend et donne » à son homme qui « consomme » sans dire un mot !

Dans ce contexte de femmes soumises et objets, une femme HAGAR au statut triplement inférieur (femme, esclave et étrangère) va devenir rebelle et résistante. Devant la jalousie et les humiliations de Saraï, Hagar « s’enfuit loin de la face de Saraï » : Gn 16,7-16

« Et le messager de YHWH la trouva près de la source des eaux dans le désert, près de la source sur le chemin de Shour. Et il dit : « HAGAR, servante de Saraï, d’où viens-tu et où vas-tu ? » Et elle dit : « Loin de la face de Saraï ma maîtresse, MOI, je m’enfuis… » Et le messager de YHWH lui dit : « Pour multiplier, je multiplierai ta descendance, et on pourra la compter, tant elle sera multipliée. » Et le messager de YHWH lui dit : « Voici, tu es enceinte, et tu enfanteras un fils et tu l’appelleras du nom de Ismaël car YHWH a entendu ton humiliation. Et lui sera un âne sauvage, sa main contre tous et la main de tous contre lui… » Et elle appela YHWH qui lui parlait du nom de « TOI : El ROÏ, Dieu de vision » car elle dit :« Est-ce bien ici que j’ai vu, après qu’il m’a vue ? » Sur quoi, elle appela le puits, « puits Lakhaï-Roï - le vivant qui m’a vue ».
Quelques remarques sur ce texte étonnant et exceptionnel :
Alors que ni Abraham, ni Sara n’adressent la parole à Hagar. Ils ne la nomment jamais par son nom : entre eux, ils parlent de « l’esclave » Gn 16,2.5.6. Au contraire, l’ange du Seigneur, qui représente Dieu, est le premier à s’adresser à Hagar en l’appelant par son nom. Hagar est devenue une personne, avec tous les droits d’une personne. Elle a un « nom » donné par Dieu ! Elle n’est plus que « l’esclave », elle est Hagar nommée par Dieu. Dieu ne dédaigne pas parler avec une esclave et de passer du temps, beaucoup de temps, en sa compagnie !
Elle est la première personne, elle, une esclave et une étrangère (égyptienne), avant même Abraham, dans le récit de la Genèse à être ainsi gratifiée d’une rencontre avec le « Mal’ak YHWH », l’ange de Dieu qui n’est autre que Dieu lui-même !
HAGAR est la première femme de toute la Bible à recevoir la promesse divine d’une « descendance », cette promesse étant décrite dans les mêmes termes que celle proposée à Abraham en 15,5 : « Compte les étoiles, telle sera ta descendance ».
Genèse 16 contient en fait la toute première scène typique d’une « annonciation » qui comporte trois éléments : l’annonce de la naissance ; l’explication du nom de l’enfant et le destin de l’enfant, sauf que l’explication du nom « Ismaël » « Dieu écoute » s’applique à Hagar et non à l’enfant. Dieu écoute même les prières des femmes, esclaves et étrangères !!!
Elle est aussi la première et seule femme à donner un nom à Dieu en le tutoyant et à fonder le lieu où elle a reçu la Parole de Dieu comme mémorial de YHWH ! C’est une théologienne !
Elle est surtout le seul personnage biblique qui a l’audace de donner à Dieu un nom inédit. Elle qui parle en « je », interpelle Dieu son interlocuteur en « Tu » tout en le nommant « El ROÏ » « Dieu de ma vision » et elle commente le nom, interprétant du même coup son expérience : « Ici, j’ai vu, après qu’il m’a vue ». Elle voit celui qui a vu. Elle passe par le dialogue où chacun « entend » la parole de l’autre, et par le regard échangé entre l’humiliée et celui qui a « entendu et vu » son humiliation. YHWH et HAGAR ont échangé un regard de vie « le vivant m’a vue » !
Alors que Dieu dit à Moïse en Ex 33,20 : « Tu ne pourras voir ma face car l’homme ne peut me voir et vivre », voilà une femme, une esclave, une étrangère qui « a vu Dieu » et est restée en vie !
Enfin, le destin de cet enfant Ismaël est caractérisé par une autonomie et une liberté farouche :
« Il sera un âne sauvage…dans le désert…sa main contre tous et la main de tous contre lui » ! Il sera un âne rétif à toute domestication et à toute soumission. « Cet indomptable Ismaël est un digne fils de sa mère rebelle qui a refusé de se soumettre au joug de Sara et qui a jeté sa sécurité aux orties parce qu’elle refusait de vivre dans l’humiliation » Gunkel
Qui est la plus libre des deux femmes : Sarah ou HAGAR selon ce texte ?
Hagar et son fils Ismaël seront compris comme les ancêtres du peuple Arabe. Aujourd’hui ils sont les symboles de l’Islam. Le tombeau d’Hagar est vénéré à la Mecque.
En tout cas, voilà une femme qui ne reste pas dans un rapport de soumission, qui montre son caractère indépendant parfois de manière agressive, parfois avec émotion, une femme que Dieu écoute et qui vient à son secours, une femme qui n’a pas peur de nommer son Dieu et de lui parler face à face !

Voilà l’audace d’une femme rebelle donnant un nom à Dieu !

HULDA « La taupe » ou la prophétesse théologienne !

Dans la Bible 4 femmes sont explicitement nommées « Prophétesses » : Myriam en Ex 15,20 ; Débora en Jg 4,4 ; Hulda en 2 R 22,14 ; Noadya en Néh 6,14 ( le Talmud en compte 7 : il ajoute : Sara, Anne, Abigaïl, Esther et retranche Noadya)

En 2 R 22,14-20 Hulda « la prophétesse » sous le règne de Josias est décrite comme la femme de Shalloum, un fonctionnaire du temple de Jérusalem. Elle habite le nouveau quartier de Jérusalem entouré par la muraille d’Ezéchias construite au 8ème siècle. « Le grand prêtre Hilqiyyahu dit au scribe Shaphan : « J’ai trouvé un LIVRE de la TORAH dans le maison de YHWH ». Lorsque le roi entendit les PAROLES de la TORAH il déchira ses vêtements et ordonna au prêtre et au scribe : « Allez consulter YHWH pour moi, pour tout le peuple et pour tout Juda au sujet des PAROLES du LIVRE qu’on a trouvé. »
Alors le prêtre et le scribe et toutes les sommités du gouvernement se rendirent chez la prophétesse Hulda, femme de Shallum qui habitait à Jérusalem dans la ville neuve.

Ecoutons ce que dit cette femme :

« Ainsi parle YHWH, le Dieu d’Israël : « Dites à l’homme qui vous a envoyés chez moi : « Ainsi parle YHWH : voici, je vais amener le malheur sur ce lieu et ses habitants, toutes les PAROLES du LIVRE que le roi de Juda a lues. Parce qu’ils m’ont abandonné et encensé d’autres divinités, ma colère s’enflammera contre ce lieu. Et elle ne s’éteindra pas. Au roi de Juda qui vous a envoyés chez moi pour consulter YHWH, à lui vous direz : Ainsi parle YHWH, le Dieu d’Israël : A propos des paroles que tu as entendues voici : Parce que ton cœur s’est attendri et que tu t’es humilié devant YHWH quand tu as entendu ce que j’ai prononcé contre ce lieu et contre ses habitants et que tu as déchiré tes vêtements et que tu as pleuré devant moi ; et bien moi, je t’ai exaucé. » ORACLE de YHWH. C’est pourquoi je te réunirai à tes parents et tu seras recueilli en paix dans ton tombeau. Tes yeux ne verront pas tout le malheur que je ferai venir sur ce lieu. » Et ils rapportèrent la parole au roi ». (2 R 14-20)

Voilà légitimée par une femme la forme la plus ancienne du Deutéronome ! Au temps du grand roi Josias (640-609), il y avait 4 prophètes hommes de haut vol : Jérémie le prophète par excellence, Sophonie, Nahum et Habaquq. Cependant aucun de ces collègues masculins n’entre en ligne de compte pour la consultation de YHWH ! Et la délégation des hommes les plus puissants du royaume parle avec Hulda « la prophétesse » au sujet du livre trouvé lors de travaux dans le temple : il s’agit de l’authentifier et de le légitimer.
Authentifiée et actualisée par Hulda, la Torah va permettre à Josias d’entreprendre sa grande réforme et d’être considéré comme le plus grand roi de Juda après David (2 R 23,25). Et tout cela grâce à une femme ! « Elle canonise pour ainsi dire le Deutéronome ». Si Moïse a proclamé « le livre de la Torah » (Dt 31,26), Hulda le déclare comme étant un texte canonique obligatoire.
Encore une dernière remarque importante : si l’on prend en compte l’ensemble des livres que l’on appelle « les prophètes premiers » qui vont du livre de Josué à 2 R par rapport aux « prophètes derniers » qui vont d’Isaïe à Malachie, on s’aperçoit que la prophétie première est encadrée par deux figures prophétiques féminines exerçant la fonction de Moïse : Débora est la première prophétesse au temps des Juges (Jug 4,5) « Elle siégeait sous le palmier de Déborah entre Rama et Béthel » et Hulda est la dernière figure prophétique qui ferme la prophétie première « elle habitait à Jérusalem dans la ville neuve » (2 R 22,14).

Ces textes d’encadrement démontrent que l’autorité prophétique et d’interprétation n’a jamais été exclusivement entre les mains des hommes. « Si, à l’époque tardive perse, on attribue à une femme la légitimité d’un texte majeur de la Torah (Deutéronome), c’est que des femmes ont dû avoir une influence majeure dans l’émergence de l’Ecriture Sainte comme Livre ».

La prophétesse Hulda deviendra même une figure populaire à l’époque du Second Temple. Ce n’est pas sans raison que Hulda a donné son nom à deux portes du temple qui reflètent comme un miroir les deux tables de la Torah, encore visibles aujourd’hui sur le mur est du temple : on les appelle « les portes de Hulda » ! La tradition juive et chrétienne en fait aussi la fondatrice des études bibliques à la tête d’une académie à Jérusalem. « Elle habitait à Jérusalem dans le Michné, dans la beth ulpan « la maison d’étude ». Targum à 2 R 22,14.

Voilà l’audace d’une femme prophète qui canonise l’une des plus importantes traditions de l’A.T. « la tradition deutéronomiste » !

2° partie de cette conférence : une plongée dans le N.T.

1° quelques mots sur les Evangiles de Jean et de Luc

Je n’irai pas plus loin dans l’A.T. pour aborder maintenant les audaces de femmes dans le N.T. et là aussi je vais faire un choix drastique. Je pourrai prendre des exemples dans les 2 évangiles les plus féministes : Jean et Luc.
Dans St Jean, 5 femmes tiennent des rôles éminemment remarquables comme disciples, amies et Apôtres de Jésus comme Marie, la Samaritaine, Marthe et Marie, Marie de Magdala.
Dans cet évangile, par exemple, c’est Marthe et non Pierre qui est la plus grande confesseur de la foi quand elle dit à Jésus : « OUI, Seigneur, je CROIS que tu es le Christ, je CROIS que tu es le Fils de Dieu, Celui qui vient dans le monde » Jn 11,27
Dans St Luc ( mon opuscule présente 13 femmes audacieuses dans cet évangile), Jésus parle toujours au masculin et au féminin avec un langage inclusif (41 x le mot femme (gune) pour seulmeent 27x le mot homme (aner)) et présente pas moins de 22 couples H/F dans son évangile.
Là où dans sa source (Marc) il y a un pardon donné à un homme, Luc ajoute un pardon donné à une femme en Lc 7,36-50.
Là où il y a la guérison d’un homme à la main paralysée, Luc ajoute la guérison d’une femme courbée en 13,10-17.
« Quant à Marie de Clopas (Jn 19,25), rien n’empêche qu’elle soit la compagne du dénommé Cléophas, désigné comme l’un des disciples d’Emmaüs dans le récit pascal de Luc (24,18). Les deux versions grecques « Clopas » (Jean) ou « Cléophas » (Luc) correspondent au même vocable araméen. De plus, le disciple Cléophas s’exprime en ces termes : « Quelques femmes d’entre nous nous ont stupéfiés » Lc 24,22 Une telle construction grammaticale rend tout-à-fait possible la présence d’un personnage féminin derrière le pluriel « nous » utilisé par Cléophas. Dès lors, les deux disciples auraient de bonnes raisons de former un couple, Cléophas et Marie son épouse. Seules quelques rares icônes Ethiopiennes ont osé donner aux deux disciples d’Emmaüs les traits d’un homme et d’une femme » Yves-Marie Blanchard p.75-76
Et je ne peux passer sous silence ces textes essentiels de Luc qui montrent les femmes comme disciples de Jésus :
Luc 8,1-3 Et les DOUZE
ETAIENT AVEC LUI (sun auto )
Et des FEMMES :
Marie de Magdala, Jeanne, femme de Chouza
et Suzanne et beaucoup d’autres qui le SERVAIENT

« Des femmes le SUIVAIENT (SUN-akoloutheo) depuis la GALILEE…23,49
Des femmes l’avaient ACCOMPAGNE (SUN-erkomai) depuis la GALILEE et SUIVI de près (KATA-koloutheo)… 23,55
Elles se RAPPELERENT des paroles de Jésus en GALILEE et elles ANNONCENT tout cela aux Onze…24,8
C’étaient Marie de Magdala, Jeanne, Marie, mère de Jacques et des autres femmes avec elles…24,9

2° L’Evangile de Marc

Mais arrêtons-nous plus longuement sur l’Evangile de Marc, le plus ancien, où 12 femmes sont présentées et où 6 d’entre elles, anonymes, sont en position stratégique de disciples, êtres féminins de SERVICE, de FOI et de DON.
(voir la structuration de l’Evangile de Marc en diaporama où sont soulignées ces femmes en position stratégiques)
Cette présence croyante et audacieuse de ces femmes disciples dans Marc en contraste avec les disciples-hommes à la foi inintelligente et fuyante a fait même écrire un article au titre suivant :
« De quelle poétesse, Marc est-il le nom ? le 1er Evangile est-il l’œuvre d’une femme ? » François Vouga dans ETR (2018) p. 369-383.
Si Jésus demande à ses disciples d’être des « serviteurs » comme lui en Mc 9,35 et 10, 43-45, seules les femmes le sont et le deviennent en 1,31 et 15,40-41.
Si Jésus s’étonne de la non-foi de ses disciples/hommes en 4,40, il déclare à la femme en 5,34 : « Fille, ta foi t’a sauvée » ! (pour cette femme et la fille de Jaïre est évoqué le chiffre « 12 » à deux reprises : « ces femmes signifient l’ouverture du symbolisme affecté au nombre « Douze » référé dans Marc toujours aux douze disciples/hommes. Ces deux femmes ont part au symbolisme du nombre « douze » qui élargit les fruits du ministère de Jésus, au-delà des seules figures institués : les douze disciples masculins » Blanchard p. 38-39
Si tous les disciples/hommes vont abandonner Jésus : « tous s’enfuirent » 14,50, seules les femmes le suivront jusqu’au bout 15,40-41.
Si les disciples/hommes n’auront pas le courage de tout donner pour Jésus comme Jésus donne sa vie, seules deux femmes le feront !
C’est la pauvre veuve qui « donne TOUTE SA VIE » en Mc 12,44
Et c’est surtout la femme qui ouvre la Passion de Jésus en Marc 14,1-11 : un texte enchassé entre deux textes d’arrestation et de trahison par des hommes

1-2 : les grands prêtres et les scribes cherchent comment saisir Jésus par ruse pour le tuer. C’est la force et le pouvoir de mort des hommes !

Au centre 3-9 : l’onction de Jésus par la femme

10-12 : Judas Iscarioth, l’un des Douze, s’en va chez les grands prêtres pour leur livrer Jésus pour de l’argent

• Une onction d’amour
Au milieu d’une atmosphère d’hostilité et de trahison, une femme anonyme entre dans la maison au cours d’un repas (ce qui est inconvenant pour une femme : cette femme a l’audace de violer l’espace masculin à l’intérieur de la maison où les hommes sont couchés) et oint Jésus sur la tête à Béthanie, dans la maison de Simon le lépreux !!!
Dans la maison du Pauvre, hors de Jérusalem, en repas de convivialité avec un lépreux (inclusion avec Mc1,40-45) Jésus à table avec le lépreux, en communion avec celui que toute la société exclut, préfigure déjà le sort de banni et d’exclu qu’il sera sur la croix entre deux « bandits »15,27 !
Le geste de cette femme est une réponse d’amour envers Jésus au milieu d’une opposition d’hommes. Elle lui offre un DON exorbitant !
 « avec un flacon d’albâtre » de « parfum » (myre), d’un « nard pur et de grand prix ». L’abondance de ces détails met en évidence l’importance du Don d’amour en écho au cat des Cantiques qui dit :

Elle : « Tes caresses sont meilleures que la senteur de tes parfums (myre)
Ta personne est un parfum raffiné » 1,3-4 Le roi est au milieu de sa cour,
Et là mon parfum de nard donne son odeur 1,12 » Ct 1,3-4
C’est d’abord un geste d’amour surabondant pour un corps qui sera ensuite réduit à l’état de loque dans le récit. Seule une femme en a été capable !
Cette femme est une DISCIPLE BIEN-AIMEE du Seigneur !
Elle offre un don précieux et couteux à Jésus, là où Judas va recevoir des autorités religieuses de l’argent en échange de la trahison de Jésus : 300 deniers de parfum contre 30 deniers de trahison !
Judas devient un complice spontané d’une traite d’hommes quand une femme honore le corps de Jésus d’une onction de parfum, offrande d’amour !

• Un parfum de guérison

Ce geste peut aussi être interprété comme une onction de guérison. Si quatre femmes sont les bénéficiaires des guérisons de Jésus dans la phase Galiléenne de sa mission, Jésus est ici le bénéficiaire des guérisons des femmes dans sa passion en une double onction liée à sa mort : Une première onction réalisée par la femme anonyme en 14,3-9 et une deuxième onction désirée mais non accomplie par les trois femmes venues au tombeau pour « oindre » le corps de Jésus en 16,1. L’onction de cette femme est un acte de guérison et de soulagement du corps de Jésus, dans son angoisse face à la mort : « il ressentait frayeur et angoisse » 14,33. La femme comprend que Jésus est en danger et elle fait tout pour le soulager. Dans le banquet des sages, un auteur grec affirme que « l’élément le plus important pour la santé du corps c’est de mettre de bonnes odeurs de parfum sur la tête, le front et le cou » ! Et en médecine le verbe utilisé par Marc « suvtribo » signifie « frotter, masser » avec pénétration de l’huile par frottement sur la peau. Et Marc de préciser que cette femme a fait une bonne action « EN EMOI » « en lui » 14,5 suggérant que son action a profondément affecté Jésus dans son corps. Et chose étonnante seulement en Marc 6,13, la mission des Douze est non seulement de proclamer la conversion et d’expulser les démons mais aussi « de faire des onction d’huile sur les malades pour les guérir », ce que les Douze ne feront jamais mais seulement cette femme !!!
Cette femme est une Apôtre efficace du Seigneur !

• Une onction royale

Oindre la tête avec de l’huile est toujours associé à la consécration des rois (1Sam 9,15 à 10,1 ; 1R 1,38-40) ; des prêtres ( Ex.28,41 ;1R 19,16) et des prophètes, un geste toujours accompli bien sûr par des hommes : Moïse, Samuel et Elisée !!!
1Sam 10,1 « Samuel prit la fiole d’huile et la versa sur la tête de Saul et il l’embrassa » (epecheen epi ten kephalen)
Marc 14, « Elle brisa le flacon d’albâtre et le versa sur sa tête » (katecheen tes kephales)
Ici la femme jour le rôle tenu par un homme : elle reconnaît en Jésus, le roi MESSIE (Jésus est appelé 6x Roi dans le prétoire : 15,2.9.12.18.26.32.)
En contraste avec les soldats qui frappent Jésus sur la tête avec un roseau 15,19 en parodiant une scène d’intronisation, cette femme lui fait une onction de parfum sur la tête, posant un signe prophétique révélant sa royauté, mais une royauté qui ne se révèlera que dans sa mort.
Cette femme est une prophétesse du Seigneur !

• Une préfiguration du Corps donné de Jésus

Cette femme donne tout comme Jésus. Elle est une figure christique.
Remarquons aussi que les 2 gestes de la femme se retrouvent dans les 2 gestes de Jésus : Elle « brise » le flacon et « verse » sur la tête comme Jésus « rompt » le pain et donne le vin « répandu ». (Le verbe utilisé par Jésus pour dire le sang « répandu » est de la même racine que celui utilisé pour dire le parfum « répandu » par la femme sur la tête de Jésus ekcheo14,24 katacheo en 14,3)

« elle a parfumé Mon corps » 14,8 => « Ceci est MON corps » 14,22

En quelque sorte, les gestes de la femme disent déjà les gestes de Jésus sur le pain et le vin.
De plus, de façon très étonnante, la MEMOIRE du don, Marc la situe, non du côté de l’eucharistie de Jésus, mais du côté du don de la femme « Amen, je vous le déclare : partout où sera proclamé l’Evangile dans le monde entier, ce qu’elle a fait, celle-ci, sera raconté en mémoire d’elle. »
Cette femme a donc fait un beau « travail » ergon 14,6 digne du beau « travail » de Dieu en Gn 1,31 à 2,3 : « Dieu vit tout ce qu’il avait fait : C’était très beau et il se reposa de tout son « travail ».
Comme Dieu, cette femme a tout fait bien !
Comme Jésus, cette femme a tout fait bien !
(cf la finale des 10 récits de miracles de Jésus en Marc 7,37 « Il a tout fait bien ») « En ce moment exceptionnel, elle a posé un geste exceptionnel ».
Il n’y a pas de femme plus audacieuse que cette femme !

3° Pour terminer un texte de Paul

« Je vous recommande Phoebé, notre sœur (adelphē), ministre (diakonos) de l’Église de Cenchrées. Accueillez-la dans le Seigneur d’une manière digne des saints, aidez-la en toute affaire où elle aurait besoin de vous. Car elle a été une protectrice (prostatis) pour bien des gens et pour moi-même. (Romains 16,1-2)

Ce qui étonne d’abord dans la présentation de Phoebé est que Paul ne l’introduit pas par le nom de son mari ou de son fils ou par son lieu d’origine comme c’est le cas pour d’autres femmes de la Bible : Par exemple : Marie, femme de Clopas (Jn 19,25) ; la mère des fils de Zébédée (Mt 20,20) ; Marie de Magdala (Lc 8,2). Il la distingue, la met en valeur. Nommée en première d’une liste de 26 collaborateurs et collaboratrices, Paul lui donne une triple dignité : qualifiée de « sœur », elle est honorée du titre de diakonos et de son office de prostatis.

Paul l’appelle d’abord « notre sœur » (adelphē). Cela prouve que les groupes formés par les disciples de Jésus, les premières églises, forment « des familles de substitution ». Leurs membres doivent « nourrir des relations empreintes de l’affection qu’ont des frères et sœurs biologiques » mais sans la dimension patriarcale. Dieu seul est le chef de la maison. Voilà pourquoi Paul expose ainsi sa vision des relations entre hommes et femmes au sein des églises dans cette déclaration incroyable (Galates 3,28) :
« Il n’y a plus ni Juif, ni Grec ; il n’y a plus ni esclave, ni homme libre ; il n’y a plus l’homme et la femme ; car tous, vous n’êtes qu’un en Jésus-Christ. » Ce passage décrit une humanité renouvelée en Christ. C’est un écho direct au récit de la création où « mâle et femelle il les créa » (Gn 1,27) : ce sont exactement les même termes qui sont employés dans ces deux passages.
Ensuite, Phoebé est appelée « diakonos de l’église de Cenchrées », un port influent près de Corinthe. Elle est la seule femme du NT identifiée par ce terme le plus souvent masculin, qui décrit par exemple Paul, Timothée, Apollos, Tychique, Epaphras, Archippe. Dans le N.T., la plupart des cas, il se réfère à un ministre de la parole et de responsable de la communauté. Ainsi Paul s’applique régulièrement le terme à lui-même comme apôtre du véritable Évangile (1 Cor 3,5 ; 2 Cor 3,6 ; 6,4 ; 11,3 ; Eph 3,7 ; Col 1,23.25) et l’utilise pour ses collaborateurs (Eph 6,21 ; Col 1,7 ; 4,7 ; 1 Thess 3,2 ; 1 Tim 4,6). Le mot désigne aussi un « intermédiaire », « agent », « émissaire ».
Paul a dû lui confier la mission de porter la lettre qu’il a écrite aux Romains. Elle est la seule personne recommandée pour une telle mission dans tout le NT. Paul lui fait suffisamment confiance sur le plan théologique pour la recommander à ses futurs auditeurs afin qu’elle les aide à en comprendre le contenu.
Prenons un peu de recul : nous sommes en train d’évoquer quelqu’un qui est recommandé comme étant capable d’expliquer ce qui va devenir la fameuse lettre aux Romains, le grandiose exposé théologique qui inspira Luther dans sa Réforme ! Phoebé fut une théologienne au plein sens du terme !

Enfin, il lui donne le titre de « prostatis » qui implique du prestige ; c’est la forme féminine de prostatēs un latinisme décrivant un gouverneur, un bienfaiteur et un patron, quelqu’un qui prend soin des intérêts d’autrui, un défenseur, un gardien. Dans la Septante le mot a le sens de chef, de dirigeant. Josèphe et Philon l’emploient avec le sens de dirigeant, de patron ou même de champion. Justin Martyr l’utilise pour décrire une personne présidant la communion (Première Apologie 65, ouvrage datant d’environ 155).
Bien plus, le verbe en lien avec ce mot, proistēmi veut dire « exercer une position d’autorité, diriger, gouverner, être à la tête de ». Il est présent en 1 Thessaloniciens 5,12 où les auditeurs sont encouragés à respecter leurs responsables, « ceux qui vous dirigent dans le Seigneur » et en Romains 12,8 Paul choisit la forme participiale pour décrire le don de « celui qui préside ».
Phoebé est donc une dirigeante d’Eglise, une ministre de la Parole, une théologienne, une disciple-sœur de Jésus et de la communauté chrétienne.

Et n’oublions pas la constellation des 17 femmes Disciples et Apôtres autour de Paul : PHOEBE et JUNIA, PRISCA et MARIE,TRYPHENE et PERSIS, JULIE et OLYMPAS, LYDIE et NYMPHA, CLAUDIA et DAMARIS, CHLOE et EVODIE, SYNTYCHE, APPHIA et THECLE !!!

4° Conclusion sous forme de manifeste en 4 thèses

« La Bible, en ses textes fondamentaux (Gn et Ga), souligne l’égale dignité de l’homme et de la femme et réfute toute idée d’infériorité, de soumission ou de subordination de la femme à l’homme »

« Le statut d’EGALITE BAPTISMALE fondé sur Gal 3,26-28 inclut la possibilité pour des femmes d’exercer des responsabilités prophétiques et apostoliques au sein de la communauté primitive » Christophe Théobald

Certaines ont été, de fait, DISCIPLES, APÔTRES, PROPHETES, DIACRES, ENSEIGNANTES, THEOLOGIENNES, DIRIGEANTES et PRESIDENTES
de maisons d’Eglise !

« Cette logique baptismale égalitaire a ouvert des brèches formidables dans le contexte patriarcal du 1er siècle qui pourtant lui opposait une fière résistance » Luca Castiglioni p.513

« Ces audaces féminines, reconnues et légitimées par les écrits de l’A. et du N.T., malgré le contexte massivement masculin et androcentrique, doit conduire nos communautés chrétiennes à vivre l’égale dignité baptismale de la femme et de l’homme dans l’exercice de tous les ministères institués et ordonnés »

Michel Clincke

Les deux objections aux ministères féminins qui ne tiennent pas en regard du N.T.

1° Jésus n’a choisi comme Apôtres que douze hommes mâles

C’est oublié que ce geste prophétique et symbolique de constitution d’un groupe de « Douze Apôtres », posé par Jésus ou l’Eglise primitive, est un symbole prophétique du rassemblement des douze tribus d’Israël Mt 19,28. Dieu, avec Jésus, vient en puissance pour rassembler tout Israël et pour exercer sur lui sa souveraineté à la fin des temps. Les Douze, qui représentent les douze tribus d’Israël, ne pouvaient donc que représenter les douze PATRIARCHES et donc les douze ne pouvaient qu’être que des hommes mâles juifs sinon le symbole prophétique n’aurait jamais fonctionné !
« En tant que patriarches du peuple eschatologique, la logique du SYMBOLE choisi par le Christ impose qu’ils soient, comme les fils de Jacob, douze hommes juifs » Luca Castiglioni p.420
« La portée du geste eût été immédiatement annulée si Jésus avait inclus dans le groupe des Douze une femme ou de même un samaritain. La présence d’une femme dans ce groupe n’aurait simplement pas eu de sens » H. Legrand

De plus, la qualité et l’essence d’un Apôtre de Jésus déborde de loin ce sens symbolique et permet d’inclure d’autres femmes et hommes comme Apôtres en plus de ces douze comme Marie de Magdala, Paul, Junia nommée explicitement « Apôtre éminente » en Rm 16,7

2° Jésus était un homme mâle et donc le prêtre ne peut être qu’un homme mâle !

Cela soulève en réalité deux questions : celle du prêtre et celle de sa représentativité.

Là encore c’est oublié que jamais une seule fois un(e) responsable de communauté chrétienne n’est appelé « prêtre » dans le N.T. C’est tout le peuple de Dieu baptisé qui est tout entier sacerdotal représentant l’unique prêtre valable : Jésus-Christ, le seul médiateur entre Dieu et les hommes puisqu’il est à la fois Dieu et Homme.
Baptisés en Christ, nous sommes tous et toutes transfigurés en cette même image du Christ, comme prêtres, prophètes et serviteurs. Et « Si le modèle des êtres porteurs de l’image du Christ tenait de la réplique exacte, si le Christ était réduit au Jésus de l’histoire et si le trait caractéristique de Jésus le Christ était son sexe masculin, alors les femmes seraient exclues d’une correspondance intégrale à cette image…NON, l’image du Christ se projette sur un modèle qui est, non pas de la réplique d’un modèle avec sa sexuation particulière, mais de la participation à la vie du CHRIST TOTAL, ressuscité, élevé dans la gloire par l’Esprit. » Elisabeth A. Johnson
Et comme le dit Mgr Bode, vice-président du Synode des Evêques allemands, dans une formule ramassée, en 2020 :
« Christus ist Mensch, nicht Mann geworden »
« Le Christ est devenu être humain et non un homme (mâle) »
Si le Jésus de l’histoire fut un homme mâle, le Jésus Christ ressuscité représente l’être humain total. Soit Dieu s’est fait homme-mâle et n’a assumé sa mission, sa mort et sa résurrection qu’en mâle et alors l’humanité-mâle est seule porteuse de salut. Soit Dieu s’est fait Homme total, prenant en lui l’humanité totale, tout en ayant figure que de mâle.
Dans sa mort et sa résurrection, le Christ ressuscité a recréé les deux en UN, homme et femme en Humanité unique, et c’est désormais cette Humanité unique et totale, homme et femme, qui est porteuse de salut. Le sacerdoce du Christ ne peut donc qu’être représenté que par l’Homme total, HOMME ET FEMME !
Au service de ce peuple tout entier sacerdotal, des hommes et des femmes, baptisés en Christ, sont appelés à devenir ministres pour être signes du service, de la Parole de Dieu et de la grâce sacramentelle.
Il est dès lors tout-à-fait concevable que des femmes et des hommes, en responsabilité d’aumônerie d’hôpitaux, puissent donner le sacrement des malades, que des femmes et des hommes, en responsabilité d’accompagnement des parents qui demandent le baptême pour leurs enfants puissent les baptiser, que des femmes et des hommes, en responsabilité de préparation aux mariages, puissent célébrer les mariages, que des femmes et des hommes, en responsabilité d’animation d’une communauté chrétienne, puissent présider les célébrations de ces communautés quelles qu’elles soient : funérailles, célébrations pénitentielles, célébrations eucharistique, prédications.

Quand nos communautés chrétiennes entendront-elles enfin la Parole de Dieu méditée et commentée au MASCULIN et au FEMININ en égalité baptismale ?

Quand nos communautés chrétiennes vivront-elles tous les ministères institués et ordonnés au MASCULIN et au FEMININ, en égalité baptismale ?

En savoir plus

A lire ce livre excellent, préfacé par Christoph Théobald, :

Luca Castiglioni : Filles et fils de Dieu. Egalité baptismale et différence sexuelle. Cerf Cogitatio Fidei n° 309 (687 pages dont 34 pages de bibliographie ) 2020 avec cette question de fond
 : « Avons-nous -l’Eglise- vraiment entendu la voix des femmes (chrétiennes), celle qui s’est levée avec ses remontrances et ses propositions depuis l’époque moderne et jusqu’à aujourd’hui ? » p 20

Et aussi plus modestement et plus accessible
Yves-Marie Blanchard : FEMMES du Nouveau Testament Salvator 2020 (182 pages)

Anne-Marie Pelletier : l’Eglise, des femmes avec des hommes Cerf 2019 (248 pages)

Le Hors-série de La Croix : les femmes et les religions. 2019

Conférence donnée à la Cité de L’Evangile le 5 mars 2020 par Michel Clincke
Licencié en sciences bibliques de l’Institut Pontifical Biblique de Rome et curé de la paroisse de la Trinité à Roubaix

1 réaction


23 mars 18:07, par Duforest Marie-Yvonne

Un grand merci pour ce texte (je n’ai pas pu aller à votre conférence)
J’avais déjà entendu une de vos homélie qui redisait l’égalité de l’homme et de la femme pour Dieu.
Je relirai votre texte puisque j’ai du temps !!
Pour Dieu toute personne ; homme,femme, malade ou non, intelligente ou non , jeune ou vieille , de toute origine....Est importante.
Pourquoi les femmes dans l’Eglise n’ont elles que le pouvoir des services !!!
Je ne comprends pas du tout !!
J’ai été choquée à la cathédrale lors de l’ordination d’un diacre : il y avait une grande procession:pas une femme. j’en ai fait la remarque à mon voisin qui était prêtre (je ne le savais pas) il m’a répondu : si il y en a une et il m’a montré la statue de ND de La Treille !!
Et la femme du diacre a eu le droit de l’habiller !!et de dire qu’elle était d’accord !!
J’ai 81 ans Plusieurs de mes amies ont quitté l’église, moi non car c’est l’Eglise qui me conforte dans ma Foi j’ai besoin du peuple de Dieu. mais je ne comprends pas cette misogynie !!
Encore merci pour votre texte
Je garde vos références de livres. Quand on ne sera plus confiné j’irai en acheter. Bonne continuation. Bien amicalement

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