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    Jean-Paul Vesco, évêque

Jean-Paul Vesco, évêque

Flagrant délit


La Commission Indépendante sur les Abus Sexuels dans l’Eglise (CIASE) présidée par Jean-Marc Sauvé, un haut fonctionnaire de haute stature physique et morale, a rendu son rapport le 5 octobre dernier. 13 000 victimes déclarées, plus de 3000 abuseurs identifiés, une projection raisonnable de plus de 330 000 victimes soit 25% du nombre des abus sexuels commis en France ces soixante dix dernières années. Des chiffres qui donnent le vertige.

Mais la part la plus sombre du tableau n’est pas dite dans ces chiffres aussi terribles et révélateurs soient-ils. La part sombre, c’est le flagrant délit d’inhumanité de l’Eglise hiérarchique masculine dont je suis. La part sombre, c’est que nous savions et nous n’avons pas été touchés dans notre chair. Des victimes ont parlé et n’ont pas été écoutées, ont témoigné et n’ont pas été crues. Elles ont eu l’incroyable courage de dire l’indicible de leur souffrance et cette souffrance n’a pas été entendue, n’a pas été prise au sérieux.

Qu’est-ce qui fait que n’avons pas pu nous identifier, au moins un peu, à ces victimes ? Comment a-t-on pu si communément et si longtemps penser que des caresses ou des attouchements sexuels « ce n’est finalement pas si grave » quand ces gestes laissent un enfant en état de sidération et toute une vie en état d’implosion ? Pourquoi avons-nous dû attendre ce travail de la CIASE pour découvrir l’ampleur de crimes dont certains d’entre nous se sont directement ou indirectement rendus coupables et dont nous sommes tous collectivement responsables ? Pourquoi … ?

L’audace du rapport « Sauvé » va jusqu’à se risque à identifier les causes théologiques et structurelles qui ont favorisé ce caractère « systémique » des abus dans l’Eglise selon l’expression employée par le cardinal Marx, archevêque de Munich, dans sa lettre de démission refusée par le pape François. Et aussi à formuler des recommandations.
Parmi elles, la nécessité de distinguer davantage la fonction sacramentelle des clercs et les fonctions de gouvernement dans l’Eglise, l’exercice de l’une n’étant pas nécessairement lié à l’exercice sans partage des autres. Sans qu’elle soit transposable, la vie religieuse masculine et féminine offre à cet égard un modèle d’autorité dans l’Eglise qui a su institutionnaliser des contre-pouvoirs (constitutions, chapitres, conseils, mandats…) qui ne nuisent pas à l’autorité symbolique du supérieur, sans besoin d’avoir recours à des titres honorifiques dont on peine à voir les fondements évangéliques.

Plus que l’organisation hiérarchique de l’Eglise, c’est sa connotation monarchique qui est en question. Juridiquement les trois pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire sont de fait concentrés dans les mêmes mains. Symboliquement, les clercs peuvent facilement être entourés d’un halo de sacralité qui n’est salutaire pour personne et qui en ferait presque des êtres de droit divin.

C’est là un deuxième travers évoqué par le rapport : la figure du prêtre alter Christus dans tous les actes de sa vie. En tant que baptisé chacun de nous est appelé à se conformer au Christ, pas au Christ Pantocrator mais au Christ serviteur souffrant, au Christ des petits et des humiliés, au Christ des victimes abusées.

Il est un autre trait qui fait le lit des abus d’autorité, et les abus sexuels sont des abus d’autorité, c’est le rapport à la vérité. Là encore, la vérité déborde largement son cadre naturel qui est celui du dépôt de la foi. Trop de vérité tue la vérité en même temps qu’elle porte atteinte à l’altérité, au débat, à la différence, et donc aux conditions même d’une vérité humainement recherchée. S’attaquer à la racine des abus sexuels dans l’Eglise suppose de s’attaquer à tous les abus d’autorité, et donc aussi à l’abus de vérité.

Ce constat d’une faillite et l’analyse de certaines de ses causes n’ont pas le dernier mot sur ce que l’Eglise porte de précieux et d’unique en ses vases d’argile. La chute de certains n’a pas le dernier mot sur la fidélité de tant et tant d’hommes à la figure prophétique du prêtre et de la vie consacrée dont le cléricalisme tant dénoncé par le pape François est une pâle caricature. Loin de se résoudre à une impasse, ce rapport est paradoxalement la convocation la plus impérieuse au synode sur la synodalité initié ce 17 octobre et dans lequel le Pape François veut engager toute l’Eglise. C’est une chance à ne pas laisser passer !

( Lien d’Oran oct 2021)

+ fr. Jean-Paul Vesco op

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