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      Homélie sur l’eucharistie du 14 juin 2020 : l’eucharistie dans tous ses états (...)

Homélie sur l’eucharistie du 14 juin 2020 : l’eucharistie dans tous ses états !

Le confinement nous a rendu plus sensibles, je pense, à certains aspects de l’eucharistie que nous risquions d’oublier ou de vivre par habitude.
Cette fête de l’eucharistie va nous permettre de remettre en lumière ces éléments les plus importants. Je vais en souligner seulement deux qui ont été rendus tangibles en ce temps de confinement et que nous en devons pas perdre de vue dans notre église de demain


Pas d’Eucharistie sans COMMUNAUTE !

Dans mes lectures de confinement, j’ai été attiré par une particularité que je n’avais jamais repérée dans le récit de la Cène chez Marc.
« Prenant une coupe, ayant rendu grâce, il leur donna et ils en burent tous. Puis il leur dit : Ceci est mon sang de l’alliance, répandu pour beaucoup » Mc 14,23-24
Il est bien écrit qu’ils en burent tous avant, avant qu’il ne dise « ceci est mon sang » !
« S’il ne prononce le « ceci est mon sang » que lorsque les disciples ont bu, nous sommes, si je puis dire, dans une autre histoire. Ce qui est appelé littéralement « mon sang », ce n’est pas seulement ce qui est dans la coupe, tenu dans les mains d’un seul, dans les mains de Jésus : c’est la coupe de vin donnée par lui et bue par ses disciples. Donnée par l’un et reçue par d’autres. Apparaît alors un acte symbolique qui correspond pleinement à ce qu’est le symbole : un objet brisé (ici « versé »), donné et reçu, le tout rendant visible une réalité invisible : une alliance entre des sujets. Si le vin n’est appelé « mon sang de l’alliance » par celui qui le donne que lorsque ceux qui le reçoivent l’ont bu, alors la réception de la coupe devient aussi essentielle que le don.
Relue ainsi dans Marc, la consécration n’est pas la parole qui transforme le contenu d’une coupe tenue dans les mains d’un seul en sang de Jésus. C’est l’ensemble don de la coupe et réception du don. Dans cette interprétation, ce « mon sang de l’alliance » c’est l’ensemble des deux gestes, ce qu’il donne à boire à ses amis et ce qu’ils reçoivent en le buvant.
La même logique et la même symbolique sont à l’œuvre à propos du PAIN dans le récit de Matthieu en Mt 26,26, :
« Tandis qu’ils mangeaient, Jésus ayant pris du pain et ayant béni, il rompit/brisa, et ayant donné aux disciples, il dit : Prenez, mangez ceci est mon corps »
« Ayant donné…il dit… ». Le verbe « donner » est au participe aoriste. On peut lire que Jésus a donné le pain encore une fois avant de dire : « ceci est mon corps ». C’est encore l’ensemble des deux gestes, ce que Jésus donne à ses disciples et ce qu’ils reçoivent en mangeant qui fait que ce pain devienne la présence du Christ.
Il devient donc absolument impossible de dissocier la présence réelle de Jésus qui donne et la présence réelle des disciples qui mangent et boivent. Le symbole (sun-ballo : mettre ensemble) de l’alliance n’est réalisé que lorsque les deux parties rassemblent les deux éléments cassés, brisés ou versés ! Pour le dire autrement : « La présence réelle du Christ dans l’Eucharistie requiert la présence réelle des fidèles autour de l’autel. Jamais la consommation de messes en ligne ne remplacera la célébration eucharistique ! » Tomas Halik car il n’y a pas d’eucharistie sans communauté. Jésus n’a pas célébré l’eucharistie tout seul. Le prêtre ne célèbre pas l’eucharistie tout seul ! Toute la prière eucharistique est dite en « NOUS » du début à la fin. L’eucharistie est une alliance entre Jésus et la communauté. : « elle est LUI, elle est NOUS, elle est LUI avec NOUS et NOUS avec LUI. » Ce que Paul affirme : « Puisqu’il y a un seul pain, les nombreux que nous sommes nous formons un seul corps, car tous nous avons part à un seul pain » 1 Cor 10,16. D’un seul pain, nous devenons un seul corps, à la fois corps du Christ et corps fraternel : impossible de dissocier les deux ! Vous connaissez tous la célèbre formule de St Augustin « Devenez ce que vous recevez le Corps du Christ » !
La communion numérique ne remplacera jamais la communion eucharistique ! « Il faudra questionner la manière dont l’Eglise comme « corps » a privilégié l’image de la célébration de l’eucharistie en l’absence de fidèles sur l’image de la célébration de la foi par des fidèles privés d’y participer » Bruno Cadoré

En recevant le pain rompu, devenons une authentique communauté de frères et sœurs unie dans la diversité et prenons la responsabilité commune d’être frères et sœurs de toute l’humanité dans ce qu’elle a de plus démunie, blessée et pauvre !

Pas d’Eucharistie sans FRATERNITE

Cela a été dit sur tous les tons pendant ce temps de privation d’eucharistie communautaire en précisant que dans Jean, le récit de la cène est remplacé par le lavement des pieds, le « sacrement du frère » ! Attention quand nous disons cela ce n’est pas tout-fait juste : car Jean parle bien d’un dernier repas de Jésus, mais il le concentre, le focalise sur deux gestes symboliques : le lavement des pieds et la bouchée de pain donnée au traître Judas. Pas d’eucharistie donc sans un engagement de tous et de toutes dans toutes les formes de service, d’hospitalité, d’amitié et d’amour au-delà même de toutes les trahisons que représente ce lavement des pieds. Et cela a été vécu de façon extraordinaire pendant ce temps de confinement par tous les extrêmes dévouements, services rendus, les attentions à nos frères et sœurs en précarité. Dans sa lettre au Président de la République, Mgr Eric de Moulins-Beaufort insiste sur ce devoir de l’hospitalité : « Le modèle des relations entre les êtres humains ne devrait pas être le conflit ou la compétition, ni même le commerce. Ce devrait être l’hospitalité :« se serrer pour faire de la place aux migrants ». C’est la croissance dans le don de soi et le service des autres, rendue possible par l’hospitalité mutuelle entre les humains et la maison commune ».
L’Eucharistie est Acte avec toutes ses conséquences « sociales » de partage, de solidarité, de construction d’un monde plus fraternel, plus accueillant, plus juste pour tous.

J’aime beaucoup cet épisode raconté à propos de Blaise Pascal qui avait admirablement bien compris ce lien entre « le sacrement de l’eucharistie » et le « sacrement du frère ».

En 1662, le philosophe est à l’agonie. Il demande à son entourage la communion eucharistique mais ses difficultés de déglutition les empêchent d’accéder à sa demande. Il répond alors : « Faites entrer dans ma chambre un pauvre de la rue. Ainsi, puisque je ne peux pas communier avec la Tête, je pourrai communier avec un membre de son Corps ». Magnifique !

Lire « de la fabrique du sacré à la révolution eucharistique » Quelques propos sur le retour à la messe. Du Frère François Cassingena-Trévédy du 20 mai 2020 moine à Ligugé

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