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      Homélie du 31 mai 2020 : Floraisons de l’Esprit !

Homélie du 31 mai 2020 : Floraisons de l’Esprit !

Quelle belle diversité des manifestations de l’Esprit nous offrent ces trois lectures pour cette fête de la Pentecôte 2020 !

  • L’Esprit comme FORCE DE PAROLE pour Saint Luc !
  • L’Esprit comme SOURCE DES DONS pour Saint Paul !
  • L’Esprit comme SOUFFLE DU PARDON pour Saint Jean !

L’Esprit comme FORCE DE PAROLE pour Saint Luc !

De même que Saint Luc fait commencer le temps du ministère de Jésus dans la synagogue de Nazareth par une effusion de l’Esprit sur Jésus : « l’Esprit du Seigneur est sur moi pour évangéliser et pour proclamer le bon accueil de Dieu » Luc 4, 16-22 et que « Tous s’étonnaient des PAROLES DE GRACE qui sortaient de la bouche de Jésus », de même Saint Luc fait commencer le temps de l’Eglise dans les Actes des Apôtres par une effusion de l’Esprit sur tous ceux et celles qui sont présents dans la chambre haute en prière dans l’attente de l’Esprit.

Et comme pour Jésus dont le ministère est un ministère de parole : il « évangélise, il proclame, il parle les paroles de grâce » et de bonté de Dieu, de même l’irruption de l’Esprit au cœur de tous et celles sur lesquels reposent les « langues » de feu se mettent à « parler d’autres langues comme l’Esprit leur donne de s’exprimer » Ac 2,4
Vous l’avez remarqué : si des « langues de feu s’installent sur chacun d’eux » c’est pour délier leur propre langue à chacun pour atteindre la propre langue de tous ceux à qui ils ont désormais à « annoncer les merveilles de Dieu » Ac 2,11
« Nous les entendons chacun dans notre propre dialecte ; celui dans lequel nous sommes nés ! » Ac 2,6
Le don de « langues autres » gratifie les hommes et les femmes d’une force créatrice de communication, de traduction et d’annonce prophétique qui rejoint chacun dans sa langue natale, dans sa singularité, sa culture, son identité.
N’ayons pas peur, sous la force de l’Esprit, d’annoncer la résurrection de Jésus-Christ, merveille d’entre les merveilles de Dieu, dans les mots et les cultures de ceux à qui nous sommes envoyés, avec beaucoup d’imagination, d’audace, de créativité, d’interprétation ! « Le travail des traducteurs et des interprètes au service de l’Evangile, comme don de l’Esprit, reçoit ici ses lettres de noblesse » !
N’ayons pas peur de faire preuve d’audace dans ce travail de traduction ! Un de mes amis m’a demandé de réagir à une prédication qu’il avait entendue pendant le confinement où le prêtre insistait avec lourdeur sur la « résurrection de la chair » ! Certes, c’est écrit dans un des credos mais ce n’est plus audible aujourd’hui. Il nous faut parler la langue de notre culture ! Ce qui est appelé à la vie par-delà la mort ce n’est pas un corps de chair, même lifté ou augmenté mais la personne dans ce qui fait sa singularité relationnelle, spirituelle, environnementale. C’est de cette identité personnelle, à jamais, que Dieu garde mémoire éternelle. Oui, je crois en la résurrection de notre être personnel, de notre identité personnelle !

L’Esprit comme SOURCE DES DONS pour Saint Paul !

Pour Saint Paul, la force de l’Esprit n’est plus tant dans l’annonce prophétique, dans l’interprétation prophétique, que dans la mise en œuvre des DONS de l’Esprit dans la communauté et pour le bien de la communauté. C’est l’unique et même Esprit qui rend possible et les DONS, et les SERVICES et les ACTIVITES dans la communauté chrétienne en les distribuant à chacun en particulier pour le bien de tous.
« Chacun reçoit le don de manifester l’Esprit en vue du bien de tous » 1 Cor 12,7
Par un énergique recadrage des « phénomènes spirituels » dont étaient friands certains Corinthiens qui en avaient une vue assez restrictive, étroite, spectaculaire et personnelle, Paul invite ces chrétiens à une vision et une pratique plus ouverte et plus communautaire des manifestations de l’Esprit.
Et Paul d’insister sur l’immense diversité de ces manifestations de l’Esprit qu’ils nomment DONS, SERVICES, ACTIVITES et de répéter : « Mais tout cela, c’est le même et unique Esprit qui le met en œuvre, accordant à chacun des dons divers et particuliers comme il veut » 1 Cor 12,11
Il n’y a pas de profit personnel à retirer pour celui qui reçoit le don. Tous les dons sont d’abord et avant tout au service de la croissance, de la construction et de l’édification de la communauté : « Que tout se fasse pour l’édification commune » 1 Cor 14, 26 !
Comment, dans sa paroisse, chaque chrétien baptisé et confirmé, habité par l’Esprit, met-il son don personnel, particulier, original au service de la croissance, de la construction et de l’édification de la communauté ? Merci à tous ceux et celles qui ont su créer, par leurs dons, de la nouveauté pour maintenir vivantes nos relations communautaires. Je prends comme seul exemple le beau chant du Notre Père de Glorious orchestré par des paroissiens et mis en œuvre techniquement par Pierrick.

L’Esprit comme SOUFFLE DU PARDON pour Saint Jean !

De l’Esprit force de traduction évangélique avec Saint Luc, de l’Esprit source des dons avec Saint Paul, l’Evangile de ce jour tiré de Saint Jean nous fait passer au souffle de l’Esprit comme force de PARDON.
C’était déjà une des annonces du Jésus Ressuscité aux Onze dans Saint Luc : « On prêchera en mon nom le pardon des péchés à toutes les nations » Lc 24,47 : c’est un pardon sans restriction et un pardon universel !

C’est évidemment la même chose dans Saint Jean même si nos traductions habituelles reflètent plus la discipline de l’Eglise catholique (calquée sur Mt 18,18) ( Un pardon qui peut être donné et refusé) que la réelle traduction johannique qui, même si elle est difficile, ne met pas de restriction au pardon :

« Il répandit sur eux son souffle et leur dit : Recevez l’Esprit Saint.
Tout homme à qui vous pardonnez les péchés, ils lui sont pardonnés.
Tout homme qui surmonte, domine ses péchés, ils sont surmontés. » (*)

En tout cas, ce qui est clair, c’est que le pardon est la mise en œuvre de la force de l’Esprit Saint donné par le Ressuscité au sein de nos relations humaines. Le temps de l’Eglise n’est plus sous le signe de la culpabilité mais du pardon donné à tout homme et en tout temps par tous les disciples hommes et femmes du Ressuscité. Pour St Jean, le terme « disciple » est la figure de tous les croyants : tous et toutes sont envoyés, toutes et tous reçoivent l’Esprit, tous et toutes sont dotés du pouvoir de pardonner sans restriction et sans limite. Pour Jean, ce pardon donné n’est pas réservé à une élite, dans un sens institutionnel et disciplinaire. « L’Eglise de Jean est une communauté d’égaux où tous et toutes sont au bénéfice des mêmes dons et appelés aux mêmes responsabilités ». (**)
Un diacre, ami d’un malade atteint du Covid 19 en fin de vie, appelé à son chevet à Roubaix, n’a pas pu donner le sacrement des malades car ce sacrement est lié au pardon des péchés. Une aumônière d’hôpital qui suit les malades qui leur confient leur vie ne peut pas donner le sacrement des malades. C’est contraire à l’Evangile ! (1)

Notre pardon, en tant que frères et sœurs du Ressuscité, sera-t-il aussi large, aussi généreux, aussi vital que celui de l’Envoyé du Père qui est d’offrir à toutes et à tous la vie en plénitude ?

(1) Voilà la FORMULE que le PRETRE peut dire !!!
« …par cette onction sainte, que le Seigneur en sa grande bonté, vous réconforte par la grâce de l’Esprit Saint. Ainsi vous ayant libéré de tous péchés, qu’il vous sauve et vous relève » !

En savoir plus

(*) justification de la traduction :
pas de problème de traduction pour le verset 23a :
23a « Ceux à qui vous pardonnez les péchés, ils leur sont pardonnés ;
« Aphiemi » a toujours signifier « remettre et pardonner les péchés »
Le problème du verset 23b c’est qu’il n’y a ni complément d’objet direct ni indirect et que la traduction traditionnelle du verbe par « retenir » est plus que questionnable : voici exactement ce que dit le verset 23b :
« an tinon kratéte kekrathéntai »
On fait comme si le verset 23b était un parallélisme antithétique au verset 23a qui repose sur l’hypothèse que Jn 20,13 serait un parallèle à Mt 18,18 :
« Tout ce que vous lierez sur la terre sera lié au ciel
tout ce que vous délierez sur la terre sera délié au ciel » Mt 18,18 :
ici effectivement il s’agit d’un parallélisme stricte antithétique où le verbe « délier » est l’exact opposé à « lier » dans un contexte de discipline d’Eglise.
Ce n’est absolument pas le cas dans Jean 20,13 !
Jamais dans le grec classique ou le grec de la Koiné (celui du N.T.) le verbe « kratein » du verste 23b n’est l’opposé du verbe « aphiémi » du verset 23a.
Même l’exégète catholique Feuillet disait : « Le sens dans lequel « kratein » comme « retenir » en relation avec les péchés est utilisé ici est TOUT A FAIT INHABITUEL » !
« Kratein » n’a jamais le sens de « retenir les péchés » d’autant plus que le mot « péché » dans le verset n’existe pas !!!
Dans le grec classique « KRATEO » signifie toujours : « Dominer, être le maître de, s’emparer de, vaincre, saisir »
Kratein dans le N.T. signifie toujours « tenir ferme », » « saisir la main de quelqu’un » Mt 9,25 ; Mc 1,31 ; et dans l’Apocalypse de l’école Johannique : il signifie toujours « s’attacher à » ; « Tenir ferme » :
« Tiens ferme ce que tu as » Ap 3,11
« Tenez ferme jusqu’à ce que je vienne » Ap 2,25
Dans notre passage de Jean, il s’agit en réalité non d’un parallélisme antithétique mais synonymique qui prolonge le verset 23a .
Une remarque supplémentaire sur le temps des verbes est à apporter sur les deux versets :
Dans le verset 23a, le premier verbe est au subjonctif aoriste tandis que dans le verset 23b le premier verbe est au subjonctif présent.
Le subjonctif aoriste « implique qu’en un instant le pardon est donné » tandis que le subjonctif présent implique que l’action se poursuit dans la durée.
Dernière remarque avant de traduire : tout le problème demeure pour savoir quel est le complément d’objet direct qui est sous-entendu dans le 2ème verset :
Est-ce celui qui est exprimé dans le verset précédent « péchés » ou faut-il en sous entendre un autre ?
D’où, pour l’instant deux traductions possibles : celle de Seitz ou celle de Schneiders

W.F. Seitz défend la thèse d’un parallélisme, non pas antithétique entre les deux versets, mais synonymique et synthétique, dans le sens où le verset 23b compléterait l’idée exprimée dans le verset 23a, mais lui garde comme complément d’objet : « les péchés » du verset précédent et garde le sens premier et fort du verbe « Krateo » qui veut d’abord dire : « Conquérir, triompher, vaincre, surmonter, être fort, dominer, saisir avec force » et traduit :
« Tout homme à qui vous pardonnez les péchés, ils lui sont pardonnés. (En un instant)
Tout homme qui surmonte ses péchés, ils sont surmontés. (Dans la durée) »
Le verset 23a insisterait plus sur l’initiative divine : Dieu seul a le pouvoir de pardonner les péchés en un instant ; le verset 23b insisterait plus sur l’initiative humaine : l’homme doit prendre sa part dans la lutte contre les péchés dans la durée.

Cette traduction a l’appui aussi du grand spécialiste de St Jean Yves-Marie Blanchard dans son commentaire du texte de ce jour dans « Feu Nouveau » mai 2020 (63/4) p.43
« La proposition antithétique est habituellement comprise comme « rétention » des péchés, selon les faces contrastées d’une discipline ecclésiale comportant aussi bien l’excommunication que la réintégration des pécheurs. Or le verbe « krateo » ici employé signifie moins « maintenir » que « maîtriser, dominer, contenir ». Dès lors, la perspective ne serait plus tant l’instauration d’une discipline pénitentielle interne à l’Eglise que la prise en compte des conséquences de l’envoi du Fils dans le monde : pardonner les péchés et s’efforcer de contenir le péché, de le dominer, lorsque le mal s’avère indomptable. Dans ce sens, on pourrait invoquer le texte de Genèse 4,7 où il est dit : « Le péché est accroupi à ta porte. Il est à l’affût, mais toi tu dois le dominer » !
Lire aussi de Yves-Marie Blanchard : « L’Eglise mystère et institution selon le quatrième Evangile » 2013

Sandra M. Schneiders opte aussi pour le parallélisme, non pas antithétique, mais synonymique et synthétique mais voit comme complément d’objet direct non pas « les péchés » mais « les pardonnés ».
Il ne s’agit pas de « retenir les péchés », mais de « tenir fermes » dans la communion de l’Eglise ceux qui ont été pardonnés, de tout faire pour maintenir dans l’unité de l’Eglise ceux qui ont reçu le pardon de Dieu, pour rester fidèles à la mission de Jésus. Et voici sa traduction :
« Tout homme à qui vous pardonnez les péchés, ils lui sont pardonnés. (En un instant)
« Ceux que vous maintenez fermes (les pardonnés), ils tiennent fermes (Dans la durée) ».
Après le pardon des péchés, le chrétien doit être tenu ferme dans la communion de l’Eglise selon le désir de Jésus exprimé dans ces autres versets :
« La volonté de celui qui m’a envoyé c’est que je ne perde aucun de ceux qu’il m’a donné… » 6, 39
« Mes brebis écoutent ma voix…et personne ne pourra les arracher de ma main » 10, 28 « Père saint garde-les en ton nom pour qu’ils soient un comme nous sommes un… » 17,12
C’est continuer la propre mission de Jésus que de pardonner les péchés et de tenir fermes dans la communion de l’Eglise ceux que la communauté a reçus !

Dernière remarque : dans la 1ère lettre de Jean, le verbe « pardonner » n’est utilisé que deux fois et jamais avec un corollaire antithétique de rétention ou de refus de pardonner !
« Je vous écris, petits enfants : les péchés vous sont pardonnés par son nom » en 1 Jn 2,12 et 1,9

Lire argumentation complète dans : « The Raising of the New temple : John 20,19-23 and Johannine ecclesioly » N.T.S. (2006) 337-355 Sandra M. Schneiders

Et aussi Jan Lambrecht : « A note on John 20,23b » dans EThL 83/1 (2007) 165-168

Dans le N.T. le pardon n’est jamais donné par une autorité apostolique !
1° après le pardon donné par Jésus au paralysé, Mt ajoute : « Les foules rendirent gloire à Dieu qui a donné une telle autorité aux êtres humains » !!!
2° « Confessez-vous vos péchés les uns aux autres » Jac 5,16

(les deux textes de Mt qui utilisent les verbes « lier et délier » ne sont pas reliés aux péchés (absent du texte) mais au fait de valider telle ou telle interprétation de la Parole de Dieu Mt 16, ou d’intégrer ou d’exclure quelqu’un de al communauté ( Mt 18)

(**) Jean Zumstein L’Evangile selon St Jean (13-21) Labor et Fides 2007 p. 287

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