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      Homélie du 28 juin 2020 : Encore une femme exceptionnelle !

Homélie du 28 juin 2020 : Encore une femme exceptionnelle !

Pendant le confinement, j’ai écrit 12 articles sur douze femmes audacieuses de la Bible ! Je vous en présente une treizième aujourd’hui : une femme exceptionnelle d’hospitalité, d’initiatives et de foi : la femme shounamite de la 1ère lecture.


Elle habite Shounam, une petite ville au milieu des oliveraies vertes et des champs de maïs en face du mont Thabor dans l’une des plaines les plus fertiles de la Galilée, entre Yizréel, la résidence d’été des rois, et le mot Carmel en Israël. C’est une femme d’importance, « une grande dame » dit le texte mais elle sait se « mettre en quatre » pour recevoir dans sa maison un homme de passage « en sa qualité d’homme de Dieu » !

Perspicace, elle reconnaît en cet homme de Dieu : un saint. C’est la seule fois de toute la bible où un prophète est appelé saint. Aussi, l’accueil est somptueux en raison de la présence de Dieu que représente ce prophète qui passe. Alors elle lui construit à l’étage « une chambre haute en dur » et pas seulement une cabane, mais une chambre qui devient comme un véritable sanctuaire. En effet, la lampe qu’elle y dépose s’appelle une MENORAH, ce chandelier à 7 branches, porte lumière de la présence de Dieu dans la « demeure » du désert (Ex 25,31) et plus tard dans le temple de Salomon ( 1 R 7,49) !

C’est cette femme qui a toutes les initiatives de l’hospitalité et de la foi. Et il est impossible de ne pas lire derrière ce texte la référence à une autre hospitalité célèbre : celle que donne Abraham à l’hôte de passage aux chênes de Mambré qui le supplie aussi d’être son hôte et qui lui donne du pain.

Comme pour Abraham, cette femme assure une hospitalité gratuite, sans arrière- pensée, sans calcul, une hospitalité généreuse, chaleureuse et prévenante. « L’hospitalité offerte à des voyageurs est une action plus grande que d’accueillir la présence même de Dieu » dit le Talmud ( bShabbat,127a).

L’hospitalité d’Abraham fut d’une seule journée celle de cette femme se veut continue, régulière et à la convenance du prophète !

Et lorsque Elisée lui demande comment il peut lui manifester sa gratitude pour cette hospitalité : « Dis-moi : que puis-je faire pour toi ? Dois-je parler au roi ou au chef des armées ? ». Cette femme a cette réponse surprenante : « J’habite au milieu de mon peuple » ! Elisée est prêt à user de son influence auprès des plus hauts responsables du pays pour la favoriser ou lui faire accorder quelques avantages. Mais elle a l’élégance de refuser : « Je n’ai besoin d’aucune faveur ni royale ni militaire, je préfère ma maison et mon village au palais du roi. Je suis heureuse là où je suis. »

C’est ELLE qui force le prophète à entrer dans sa maison pour lui donner le pain.
C’est ELLE qui discerne en cet homme de Dieu « un saint » !
C’est ELLE qui dit à son mari : « Construisons-lui une chambre haute avec murs » !
C’est ELLE, avec grandeur d’âme et fierté, qui refuse de marchander son hospitalité !

Le devoir d’hospitalité n’est pas une option dans le christianisme : il est une composante de notre foi : accueillir l’autre c’est accueillir Dieu lui-même ! L’Evangile est formel : accueillir « celui qui passe » en sa maison, en son cœur, en sa communauté c’est chaque fois y voir une « VISITE DE DIEU », une « VISITE D’ANGE », une « PRESENCE DU CHRIST » !
Quelle chambre haute bâtie en dur, pas une cabane, nous offrons à ceux qui « passent » ???

Réinsistant sur son offre de gratitude, Elisée finit par annoncer à la femme Shounamite la naissance d’un enfant : « l’an prochain, tu serreras un fils dans tes bras », comme à Abraham avait été annoncé la naissance d’un enfant.
Mais là encore la femme a une réponse surprenante : « Non, mon Seigneur, homme de Dieu, ne me dis pas de mensonge » ! Ne me donne pas de fausse joie ! Elle n’a rien demandé, rien provoqué, rien forcé ! L’enfant nait puis grandit.
Et puis, l’imprévisible, l’inconcevable temps de l’épreuve arrive. Le garçon qui est aux champs avec son père est pris de violents maux de tête : « Ma tête ! Ma tête ! » dit-il à son père qui le porte à sa mère. Mais l’enfant meurt dans les bras de sa mère. Elle dépose son fils mort sur le lit du prophète, ferme la porte et redescend et décide d’aller voir l’homme de Dieu. On imagine le séisme intérieur, son bouillonnement de questions, l’éruption de sa douleur. Et pourtant le récit n’exprime aucun cri de douleur à la manière très orientale, pas de pleurs, pas de cri, pas de révolte.
A son mari qui lui demande pourquoi elle va voir le prophète, elle répond : « Tout va bien » ! Ce « tout va bien » est un défi qu’elle entend régler entre elle et le prophète. La détermination de cette femme est de rencontrer le plus vite possible l’homme de Dieu. Elle veut des explications. Il faut pouvoir prononcer ce « tout va bien » quand tout va mal à l’intérieur, quand la douleur de la mort d’un enfant est immense, quand tout le rêve en un instant devient cauchemar…ce « tout va bien » elle le répète au serviteur d’Elisée venue à sa rencontre ! « Comment vas-tu ? Ton mari va-t-il bien ? l’enfant va-t-il bien » : trois questions qui reçoivent encore la même réponse : « Tout va bien ».

Elle n’a qu’une hâte : rencontrer l’homme de Dieu et lui faire entendre raison de ce qu’il lui a promis et qui vient de lui être enlevé. Et sa foi se fait audacieuse et interrogative : « Est-ce moi qui t’ai demandé un fils ? Non ! je t’avais même dit : ne me berce pas d’illusions ! ». Ainsi la Shounamite met le prophète en face de ses responsabilités. Et elle le force à prendre la route avec elle. 40 kms de marche entre le mont Carmel et Shounam ! Cette marche, il faut l’imaginer…A-t-elle été dans le silence, dans la révolte ? Cette marche rappelle aussi celle d’Abraham qui partit de grand matin pour aller sacrifier son fils. Une marche entre la vie et la mort. Espérant contre toute espérance, cette shounamite crut, comme Abraham. Et sa foi ne fut pas déçue, elle retrouva son fils. Elisée lui rendit ce fils que Dieu lui avait jadis donné, comme Abraham retrouva son fils.

C’est facile d’avoir la foi en Dieu quand tout va bien, quand tout nous sourit, quand nous n’avons pas de problèmes majeurs. La vraie foi, c’est comme les guides de haute montagne, on les reconnaît dans la tempête. Cette femme shounamite sera digne de figurer parmi les héros de la foi que l’auteur de la lettre aux hébreux va énumérer : « Abraham a eu foi en Dieu… Des femmes ont cru en Dieu. Alors elles ont retrouvé leurs morts » Heb 11,35

Parmi les 16 personnes dont les funérailles dans notre paroisse ont été célébrées en stricte intimité en raison du confinement, nous avons pu être témoins des actes de courage et de foi de bien de ces personnes qui perdu un être cher. Je peux dire que ma foi a été impressionnée par le cas de ce jeune Simon mort à 33 ans, qui, se sachant condamné d’un cancer s’est marié d’amour 8 mois avant de mourir. Lui, sa jeune femme, ses parents, ses frères et sœurs n’ont pas crié de douleur : ils en avaient le droit. Mais ils sont restés dignes, sereins et croyants ! Quelle leçon de courage et de foi ! Je peux le dire car ils n’ont pas pu être là ce soir.

Mais un dernier mot sur cette femme, exemple d’hospitalité, de foi et de responsabilité : en raison d’une famine, elle doit quitter son village et s’enfuir au pays des philistins pendant 7 ans. Pendant cette absence, on lui confisque ses terres. De retour, « elle se mit en campagne pour réclamer auprès du roi la restitution de sa maison et de ses terres » et elle obtint gain de cause. 2 R 8,1-6 !
Quelle femme exceptionnelle que cette Shounamite qui fait preuve d’indépendance, d’autonomie, d’esprit d’initiative, d’accueil et d’hospitalité généreuse et totalement gratuite, de détermination et de foi !

Marchons sur les traces de ces femmes de la Bible, audacieuses et exceptionnelles, merveilleuses dans leur fragilité comme dans leur force !

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