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      Homélie Ascension 2021 : la Pâque des incroyants !

Homélie Ascension 2021 : la Pâque des incroyants !

L’Evangile de Marc s’achevait sur la peur, le silence et la fuite des femmes au tombeau vide en Mc 16,8.
Un siècle plus tard, devant cette fin d’Evangile abrupte, déroutante et dérangeante, un chrétien ajoute une longue finale 16,9-20 dont nous venons de lire seulement les derniers versets.


A première vue, cette finale ajoutée ressemble à un happy end, puisqu’elle complète le récit du tombeau vide par trois récits d’apparition du Ressuscité, à Marie de Magdala en premier 16,9-11, puis à deux disciples sur le chemin 16,12-13 et aux Onze lors d’un repas et par un récit d’Ascension. Ces apparitions du Ressuscité remplacent donc le vide par du plein, l’absence par la rencontre et le silence par un long discours de Jésus. Voilà donc la foi bien établie et prouvée et nous voilà bien rassurés et sécurisés ! Tout est pour le meilleur dans le meilleur des mondes !

Mais cette première impression est superficielle et comporte, ce que j’appelle une phrase assassine, qui, tirée de son contexte et de l’ensemble du message évangélique, est inacceptable, inaudible aujourd’hui et dangereuse : « Celui qui ne croira pas sera condamné » 16,16 sans autre forme de procès !
Faut-il exclure du salut et de la vie éternelle tous ceux qui ne croient pas au Christ et qui ne sont pas baptisés et les envoyer dans les abîmes des enfers ? Dans tous les commentaires que j’ai vus, personne ne se risque à commenter ce verset !!!

Alors allons-y, tordons le cou à toutes les lectures fondamentalistes qui font tant de mal à la compréhension des textes bibliques et à la foi chrétienne et essayons de saisir l’enjeu de ce verset 16.
Il arrive en conclusion de toute une démonstration sur la foi : les mots « croire, ne pas croire, incroyance » sont le refrain de cet épilogue, revenant 7 fois en neuf versets de 16,9 à 16,17 !

Trois fois, il sera question de Jésus qui s’est montré vivant à des personnes et trois fois en crescendo sera soulignée la non-foi et l’incroyance de ceux qui entendent cette bonne nouvelle !!!

C’est d’abord une apparition de Jésus à Marie de Magdala qui s’empresse d’aller annoncer cette bonne nouvelle à « ceux qui étaient avec » Jésus et qui s’affligent et pleurent. « Etre avec Jésus » qualifie les Apôtres dans Marc. Eh bien ces hommes « ne croient absolument pas » cette femme peu crédible comme femme !
Puis ce sont cette fois-ci deux disciples qui annoncent aux autres que Jésus s’est manifesté à eux et malgré ces deux témoins qui devraient suffire pour attester une réalité, les autres disciples « ne croient pas ».
Marie de Magdala et les deux disciples ont annoncé, et les autres n’ont pas cru. La coupe est pleine, alors le Ressuscité « se manifeste » aux ONZE mais pour d’abord dénoncer leur incroyance et la sclérose de leur cœur ! : « Il les blâma pour leur incroyance et la sclérose de leur cœur parce qu’ils n’avaient pas cru ceux qui l’avaient vu resuscité » !

Ces reproches de Jésus rappellent « les dix questions en colère » de Jésus dans le bateau après la multiplication des pains Mc 8,17-21 où il blâme ses disciples : « Vous ne comprenez pas ? vous avez la sclérose du cœur » et l’étonnement de Jésus devant « l’incroyance » de ses concitoyens : « Il s’étonnait de leur incroyance » Mc 6,6.

Autrement dit, cette finale ajoutée reprend un élément structurant de l’Evangile de Marc : la difficulté de croire et le refus de comprendre de la part des disciples les plus proches de Jésus sa vraie personnalité.
Les disciples tiennent en quelque sorte symboliquement la place du chrétien (la nôtre !) qui peut se méprendre sur le sens de la personne et de la mission de Jésus, tant qu’il n’intègre pas totalement sa mort sur la croix dans sa pensée et dans sa foi. Et l’auteur de cette finale longue d’ajouter qu’il n’est pas plus facile de comprendre sa résurrection que de comprendre sa mort. Même la résurrection est loin d’être automatique ! Même en présence de trois apparitions et de trois annonces c’est l’incroyance des disciples qui est mise en valeur !
Mais chose étonnante, c’est pourtant à ces incroyants de disciples que Jésus va confier sa mission de l’Evangile ! Voyez-vous : l’incroyance sera aussi toujours au cœur de la foi. Mais Jésus n’a pas peur de confier sa mission à des gens qui ne croient pas, à des gens qui mettent du temps pour croire, qui sont durs d’oreilles et sclérosés de cœur ! Et voyez-vous, Jésus, ici, est loin de « condamner » ceux qui ne croient pas contrairement à ce que dit ce fameux verset 16 : « Celui qui ne croira pas sera condamné ».
Au lieu de condamner ces disciples qui ne croient pas, c’est à eux que Jésus confie sa mission d’annoncer l’Evangile dans le monde entier et à toute la création !

Le seul, dans tout l’Evangile de Marc, à être condamné c’est Jésus lui-même ( cf les 2 seuls autres occurrences du verbe « condamner » dans Marc : 10,33 et 14,64 !).

D’ailleurs Jésus n’a jamais condamné quelqu’un : au contraire, quand il est en face de la femme adultère il lui dira : « Femme, personne ne t’a condamnée ? Moi non plus je ne te condamne pas » Jn 8,11
Et St Paul ajoutera : « Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous ? Personne !... Qui condamnera ? Personne ! Jésus-Christ est mort pour nous tous (« pour le monde entier » 1 Jn 2,2) et il est ressuscité et il intercède pour nous ! Qui nous séparera de l’amour du Christ ? Rien ni personne ! » Rm 8,34
Voilà la profession de foi des chrétiens qui surplombe tout jugement et toute condamnation : tous les humains sont sauvés et pardonnés par pure grâce de Dieu et par l’infini amour de Jésus ! A nous d’y croire de toute notre force, de toute notre intelligence et de tout notre cœur !
Et ce verset 16 ne peut être interprété que comme un appel, une provocation, une urgence à la responsabilité dans l’acte de croire.

Comme tous les textes de jugement qui fonctionnent sur la bipolarité en opposition binaire : (les sauvés et les damnés ; les bénis et les maudits ; les bons et les méchants, les heureux et les malheureux…), ces textes de jugement ont essentiellement une visée existentielle et exhortative pour inciter les croyants à mettre en œuvre les exigences du Royaume de Jésus et à provoquer une réaction de décision en faveur du service, du partage ou de la foi.

Traduisons donc en langage positif et exhortatif ce que ce verset dit en langage négatif dans le genre littéraire du jugement de l’époque.

« Je viens de vous montrer que la foi en la résurrection ne va pas de soi, dit l’auteur de cette finale ajoutée. Elle doit surmonter les obstacles du doute, des questions et même de l’incroyance. Alors boostez votre foi, stimulez votre foi, réveillez votre foi et alors vous serez capables de poser les signes de salut de l’Evangile et le « Seigneur travaillera en synergie avec vous » !

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