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      Homélie du 27 juin 2021 : Une quatorzième femme audacieuse !

Homélie du 27 juin 2021 : Une quatorzième femme audacieuse !

Dès que les textes me le permettent, j’essaie de mettre en valeur et en lumière les femmes audacieuses de la Bible. Après en avoir déjà présenté 13, en voici une quatorzième aujourd’hui avec l’Evangile de Marc : une femme modèle d’audace et de foi !


Elle est d’autant plus mise en valeur par Marc qu’elle est située dans ce qu’on appelle un récit enchâssé où c’est l’histoire centrale qui donne sens à l’histoire qui l’encadre (1).
Ici la guérison de la fille d’un notable, Jaïre, président de Synagogue, encadre la guérison d’une femme anonyme et impure qui se trouve mise au milieu ! Qui des deux aura la foi la plus audacieuse ?
Et pour donner encore plus de relief et d’importance à cette histoire encadrée du milieu, de la femme anonyme et impure, Marc la place en plein milieu de tous les miracles de son Evangile : 8 miracles avant et 8 miracles après ! (2) C’est-à dire qu’au centre du centre de tous les miracles de cet Evangile de Marc c’est la mise en valeur centrale et exceptionnelle de cette femme anonyme et audacieuse !
Regardons d’abord la description de la maladie de cette femme : c’est la plus longue des descriptions d’une maladie dans cet Evangile. Et ce n’est pas, bien sûr, une notation pittoresque et ironique à l’adresse des médecins : elle vise à caractériser cette femme à la fois comme subissant l’une des formes les plus dures de l’exclusion et comme un exemple même de la figure du Christ souffrant !
La femme est décrite par une longue accumulation de sept participes (3) qui disent la pénibilité, la durée, l’aggravation et l’incurabilité de cette maladie qui en fait une exclue à vie. Elle « était » dans un « écoulement constant de sang depuis 12 ans » dit Marc. Cela exprime que la femme « n’a » pas une maladie, mais qu’elle « est » sa maladie. Elle n’est plus qu’un écoulement de sang qui la met dans une impureté permanente qui la ferme à toute vie sociale, religieuse et amoureuse. Elle pollue tout ce qu’elle touche : corps, vêtement, objet : son mari peut la répudier et prendre tous ses biens !
Mais malgré cette situation désespérée, elle ne se referme pas sur elle-même. Elle a l’énergie de se déplacer et de venir jusqu’à Jésus pour oser un geste qu’elle ne devrait pas faire : « Elle va dans la foule par derrière et touche le manteau de Jésus ».
Elle est « dans la foule », « par derrière » et pourtant elle sait qu’elle n’a pas le droit d’être là au milieu de tous et qu’elle les pollue tous, et encore moins de toucher Jésus, du fait de son impureté. Et sa transgression est particulièrement mise en valeur par la quadruple répétition du verbe : « TOUCHER » !
Cette femme ose le contact et Jésus accepte ce toucher ! Voilà Jésus qui non seulement ose le contact avec les plus exclus, les plus pestiférés, les plus impurs comme il touche le lépreux, comme il mange chez le lépreux, comme il touche la morte mais il accepte aussi de se laisser TOUCHER par l’impureté. Sa stratégie de la pureté n’est pas défensive et particulariste comme le système juif qui établit des barrières infranchissables et des interdits mais une pureté « offensive et universelle » qui va au-devant de tous les impurs et les rend purs.
Et voilà que se crée au même moment entre cette femme et Jésus comme une complicité, une parenté, au niveau du ressenti, de la connaissance intérieure qui se passe en eux :
« La femme sut en son corps qu’elle était guérie du fléau » 29
« Jésus sut en lui-même que la force était sortie de lui » 30 !
On oserait presque dire que cette femme précède Jésus : elle le surprend par son geste, lui « vole » presque sa guérison, le précède dans la conscience intérieure d’elle-même et lui « souffle » les mots qu’il va reprendre : « Si je touche son manteau, dit-elle et lui de dire « Qui m’a touché le manteau ? » :
Et à partir de ce moment là va s’établit un DIALOGUE entre cette femme et Jésus : le seul véritable dialogue de ce texte ; paroles de la femme et de Jésus qui se rencontrent face à face. « Et la femme, emplie de crainte et d’effroi, vint devant Jésus, tomba à ses pieds et lui dit toute la vérité ». Alors qu’elle s’était approchée « par derrière », la voilà « devant » Jésus pour le dialogue.
Seuls deux autres textes dans Marc parlent de ces deux mots clignotants « la crainte de l’effroi » : c’est devant la transfiguration de Jésus en 9, 6 et à l’annonce de la résurrection de Jésus en 16,8. Cette femme a pressenti en Jésus le mystère de son identité divine que son humanité révèle et cache à la fois et elle se prosterne pour l’adorer et lui dire « toute la vérité » de ce qu’elle a compris de ce Jésus, en réalité le SAUVEUR de l’humanité blessée à mort et le CREATEUR qui assèche toutes les souffrances. (5)
Alors vient la réponse de Jésus : « Ô Fille, c’est ta foi qui t’a sauvée. Va ton chemin dans la paix et sois bien portante » ;
De « femme » anonyme du début du récit, elle devient « FILLE » par Jésus. Jésus l’intègre dans sa famille. La voilà reconnue comme personne rajeunie capable d’une nouvelle vie et intégrée dans l’espace de foi et de relation avec Jésus.
Et Jésus de souligner que c’est la foi de la femme plutôt que sa propre puissance qui a été la source de sa guérison comme il soulignera que c’est « grâce à la parole de la femme cananéenne que son enfant est guérie » en 7, 29.
C’est La FOI et la PAROLE de ces femmes audacieuses dans Marc qui obligent en quelque sorte Jésus à les guérir !
Ce qui est aussi remarquable dans Marc c’est que ce sont des femmes qui deviennent comme des icônes de la figure du Christ, d’un Christ qui donne tout de sa vie, de son sang, sur la croix. Aucun homme disciple ou apôtre ne réussit à aller jusqu’au bout de ce DON, aucun homme sauf trois femmes.
Car derrière la description de la maladie de cette femme, Marc y surimprime toute la souffrance de Jésus. « Elle souffre beaucoup » 5,26 comme Jésus « souffre beaucoup » pour sa passion 8,31 : cette expression n’est utilisée que pour cette femme et pour Jésus. Sa maladie est décrite comme un « fléau » ou mieux au sens exact du terme une « flagellation » 5,29.34 comme Jésus est « flagellé » à la passion 10,34, encore une fois, ces mots ne sont utilisés que pour cette femme et Jésus. Enfin l’insistance sur le sang qui s’écoule comme une fontaine 5,29 n’est reprise que pour Jésus : « Ceci est mon sang versé pour vous » 14,24 ! Les souffrances de cette femme s’assimilent aux souffrances du Christ comme le salut et la guérison de cette femme s’assimilent à sa résurrection !
La pauvre veuve qui donne « TOUTE SA VIE » au chapitre 11 et la femme qui donne son parfum le plus précieux et le plus coûteux sur la tête de jésus au chapitre 14 sont les deux autres exemples iconiques du Christ qui donne toute sa vie !
Oui, c’est une femme impure, exclue, souffrante comme le Christ, qui donne le plus bel exemple d’une foi audacieuse, énergique, défiant tous les interdits et levant le voile de la divinité de Jésus cachée sous son humanité !

(1) on compte une dizaine d’exemples de récits encadrés « en sandwich » :
3,20-35 ; 4,1-20 ; 5,21-43 ; 6,7-31 ; 11,12-25 ; 8,22 à 10,52 ; 14,1-11 ; 14,17-31 ; 15, 40-47 ; pour ne commenter que deux exemples :
C’est le don de la vie de Jésus livré en 14, 22-25 (Histoire encadrée) qui éclaire la trahison de Judas 14,17-21et le reniement de Pierre (histoire qui encadre)
C’est la mort de Jean-Baptiste en 6,14-29 (Histoire encadrée) qui éclaire la mission des Apôtres 6,7-13 et 30-31 (histoire qui encadre). L’apôtre chez Marc est un martyr !

(2) 1°guérison d’un démoniaque 1,23-28
2° guérison de la belle mère 1,29-31
3° purification d’un lépreux 1,40-45
4° guérison d’un paralytique 2,1-12
5° guérison d’une main desséchée 3,1-6
6° tempête apaisée 4,35-41
7° guérison d’un démoniaque
8° guérison de la fille de Jaïre

1ère Jaïre et Jésus 5,21-24

9° la femme et Jésus 5,25-34

2ème Jaïre et Jésus 5,35-
10° 1ère multiplication des pains 6,31-44
11° la marche de Jésus sur la mer 6,45-52
12° guérison d’une fille possédée 7,24-30
13° guérison d’un sourd-muet 7,31-37
14° 2ème multiplication des pains 8,1-10
15° guérison d’un aveugle 8,22-26
16° guérison d’un enfant possédé 9,14-29
17° guérison d’un aveugle 10,46-52

(3) Les 7 participes sont :
1° et « étant » une femme
2° « souffrant » beaucoup
3° « ayant dépensé »
4° « empirant »
5° « allant » vers le pire
6° « écoutant » Jésus
7° « allant » derrière Jésus elle TOUCHA son vêtement

(4) La seule autre fois où cette expression revient c’est pour Bartimée : « Va ta foi t’a sauvé » ! 10,52
(5) Cette idée de création est aussi présente dans l’asséchement de la fontaine de sang de la femme en 5,29 : « la source de son sang se dessécha » : en Genèse 1,9-10 LXX : « et l’asséchement apparut » : Dieu crée la terre sèche comme lieu de fertilité, comme la guérison de cette femme restaure la fertilité de la femme ! et comme l’asséchement de la mer provoque la liberté des enfants d’Israël en Exode 14,21, l’asséchement de la source de sang de la femme provoque sa libération !

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