Paroisse de la Trinité Roubaix-Hem
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      Histoire du « Je vous salue Marie » et nouvelle traduction

Histoire du « Je vous salue Marie » et nouvelle traduction

Curé de paroisse et bibliste (j’ai fait l’Institut Biblique de Rome en 1983), je suis toujours agacé (et je ne suis pas le seul !) quand arrive le mois de mai avec la récitation du chapelet avant la messe et que les paroissiens récitent le « JE VOUS SALUE MARIE » dans une cacophonie étonnante : chacun y arrive avec sa traduction : la classique « Je vous salue, Marie, pleine de grâce… », une qui commence à devenir grande « Réjouis-toi, Marie, pleine de grâce… », une autre : « Réjouis-toi, Marie, toute aimée de Dieu… » et encore d’autres ! !


POURQUOI l’Eglise francophone ne s’est-elle pas mise d’accord pour une nouvelle traduction comme elle a su le faire pour le « NOTRE PERE » qui est maintenant passé dans les mentalités, traduction qui serait effectuée selon les mêmes critères ?
IL est temps de s’y mettre pour inscrire dans les mentalités cette nouvelle version et que le consensus se fasse pour une récitation commune dans l’harmonie ! ! !

Pourquoi ne pas reprendre les mêmes critères d’une nouvelle traduction que ceux du Notre Père :
• retour au tutoiement comme dans les langues originales de l’Hébreu et du Grec,
• retour à une traduction plus proche de l’original grec et non de la version latine,
• traduction en langage simple et compréhensible (surtout par les enfants)

Sur la base de ces critères, je rejoins une traduction qui se répand et qui se justifie bien de façon exégétique pour les passages qui posent problème :

• « Je vous salue » deviendrait : « REJOUIS-TOI » : en grec « Kaire » qui n’est pas qu’un simple salut matinal mais un vœu de joie eschatologique, déjà adressé à Jérusalem en Sophonie 3,14 où le même verbe est utilisé « Réjouis-toi, fille de Sion…le Seigneur est en toi » ; Marie devient la nouvelle Eve et la nouvelle Jérusalem qui enfante le salut promis ! En elle toute la joie de Dieu vient habiter !

• « Pleine de grâce » deviendrait : « TOUTE AIMEE DE DIEU » : en grec « Kecharitoméné » qui « évoque nettement la faveur accordée par Dieu et non la grâce sanctifiante accordée à l’être humain » Cf Bovon dans son grand commentaire sur St Luc. De plus, ce verbe est à la voix passive qui, dans le grec, indique souvent une périphrase pour désigner Dieu comme sujet, donc le rétablir dans la traduction est fidèle à l’intention de l’auteur. Le grand philologue Zerwick dans sa célèbre analyse grammaticale du N.T . en grec traduit ce verbe par « dearly loved » « Aimée tendrement » « bien-aimée de Dieu » ! ! ! Le mot grec « Charis » à la source du verbe signifie la bienveillance, la faveur, la bonté, l’amour de Dieu : ça les enfants comprennent ces mots mais qu’est-ce que les enfants( les adultes) comprennent de ce mot de « Grâce » ! ! ! donc, il faudrait traduire par : « Toute aimée de Dieu » ou « Bien-aimée de Dieu » ! ! !

• « Tu es bénie entre toutes les femmes » doit rester ainsi puisque « entre les femmes » dans le grec est un sémitisme et équivaut à un superlatif : « la plus bénie de toutes les femmes » Cf Bovon. Cette expression est dite de Yaël et de Judith, héroïnes de l’histoire d’Israël ! Marie est située dans la lignée de ces femmes qui ont donné le salut à leur peuple !

• « le fruit de vos entrailles » : tout le monde est d’accord ici pour éviter ce mot français « d’entrailles » qui est trivial et qui fait penser plus aux tripes et le remplacer par cette belle expression : « TON ENFANT »
ce qui donnerait :

« Réjouis-toi, Marie,
toute aimée de Dieu,
le Seigneur est avec toi.
Tu es bénie entre toutes les femmes
et Jésus, ton enfant, est béni. »

1° le Cri de la LOUANGE et de la BENEDICTION

Composé à partir de deux phrases de l’Evangile de Luc : « Réjouis-toi, Marie, toute aimée de Dieu. Le Seigneur est avec toi » Lc 1,28 « Tu es bénie entre toutes les femmes et Jésus, ton enfant est béni » Lc 1,42 « Bénie entre les femmes » renvoie à toutes les femmes qui ont été des combattantes pour la libération d’Israël : Yaël, Esther, Judith… « Béni le fruit de ton ventre » renvoie à Gn 1,28 et Gn 3,2 où Jésus devient le « fruit » voulu par Dieu à l’humanité. Marie devient aussi la nouvelle EVE qui donne le fruit de l’arbre de vie tant attendu ! La première attestation est un « Graffito » « Réjouis-toi Marie » sur un mur de la grotte de l’annonciation à Nazareth datant du 3ème siècle. Dès le 2ème siècle le Protévangile de Jacques rapproche les 2 citations en 11,1, puis Tertullien, Eusèbe de Césarée, la liturgie de St Jacques en Orient au 4ème siècle. En Occident, la 1ère partie de l’Ave Maria est introduite aux 6/7è siècle, puis devient une prière usuelle au Moyen-Age. C’est à Paris que la salutation est prescrite pour la 1ère fois : en 1198, l’Evêque exhorte à la récitation de l’Ave Maria avec le Pater et le Credo.

2° le Cri de la DEMANDE

Elle fut introduite beaucoup plus tard : un bréviaire de 1350 porte pour la 1ère fois : « Sancta Maria, ora pro nobis peccatoribus, nunc et in hora mortis, Amen ». Dans un bréviaire édité à Paris en 1509, il est prescrit qu’au commencement de l’office, après le Pater Noster, on dira l’Ave Maria en y ajoutant : "Sancta Maria, Mater Dei, ora pro nobis peccatoribus, nunc et in hora mortis nostrae. Amen" ("Sainte Marie, Mère de Dieu, priez pour nous pauvres pécheurs, maintenant et à l’heure de notre mort. Amen"). On remarquera que même dans ces expressions latines, on n’amplifie pas la situation pécheresse de l’homme en y ajoutant « Pauvres pécheurs » ! ! ! Ce sont les bréviaires du 16ème siècle qui donnent la formule complète encore en usage aujourd’hui. Et c’est le Pape Pie V en 1568 qui l’introduit dans le bréviaire romain. Inutile de préciser que ces ajouts n’ont pas la saveur biblique et bienveillante de la première partie et nous entraîne plutôt dans une prière mortifère et pénitentielle (« pauvres » ; « pécheurs » ; « mort »). Essayons de redonner à cette 2ème partie une coloration plus biblique, rayonnante et œcuménique ! Concernant le titre donné à Marie, reprenons celui que le pape François a mis en évidence lors de son homélie le 12 décembre 2019 pour la messe en l’honneur de Marie de Guadalupe :
« La piété chrétienne à travers les âges a toujours cherché à la louer par de nouveaux titres : c’étaient des titres filiaux, des titres de l’amour du peuple de Dieu, mais ils ne touchaient pas du tout son être de femme-disciple.
Saint Bernard disait que lorsque nous parlons de Marie, la louange, les titres de louange ne suffisent jamais, mais ils ne touchent pas du tout son humble condition de disciple. Disciple.
Fidèle à son Maître, qui est son Fils, l’unique Rédempteur, elle n’a jamais voulu prendre pour elle quelque chose de son Fils. Elle ne s’est jamais présentée comme co-rédemptrice. Non, disciple.
Et il y a un saint père qui dit partout que le fait d’être disciple est plus digne que la maternité. Ce sont des questions de théologiens, mais elle est une disciple. Elle n’a jamais rien pris pour elle à son Fils, elle l’a servi parce qu’elle est mère, elle donne la vie, dans la plénitude des temps, comme nous l’avons entendu, à ce Fils né d’une femme. »
( « Il est plus grand pour Marie d’avoir été la disciple du Christ que d’avoir été la mère de Jésus » St Augustin Sermon 72/A,7 (354-430) Le Concile d’Ephèse aura lieu en 431 qui déclarera Marie Mère de Dieu !

« Sainte Marie, disciple du Seigneur,
accompagne tous tes frères et sœurs en humanité
et illumine-les de la lumière de Jésus ton enfant,
tous les jours de leur vie et jusque dans l’éternité. AMEN »

« Réjouis-toi, Marie,
toute aimée de Dieu,
le Seigneur est avec toi.
Tu es bénie entre toutes les femmes
et Jésus, ton enfant, est béni.
« Sainte Marie, disciple du Seigneur,
accompagne tous tes frères et sœurs en humanité
et illumine-les de la lumière de Jésus ton enfant,
tous les jours de leur vie et jusque dans l’éternité. AMEN »

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