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      Mythes imaginés, vérité à décoder !

Mythes imaginés, vérité à décoder !

Nous avons besoin des mythes, mais il nous faut les situer correctement dans leur rôle d’appel à l’imagination !


Par leurs récits, les mythes décèlent et dévoilent le sens de l’existence des hommes. Seul l’’imaginaire peut faire pressentir l’impensable, l’inaccessible, le transcendant, dans la mesure où il relie l’invisible au vécu le plus ordinaire, afin que le monde de tous les jours devienne transparent. Les héros des mythes ont existé, même s’ils n’ont pas réalisé tout ce que les rhéteurs leurs attribuent généreusement. Œdipe, Moïse ou Boudha ne sont pas des personnages inventés de toutes pièces, mais ils ont impressionné leurs contemporains au point que ceux-ci leur ont attribué ce que l’on ne prête qu’aux riches, le superflu de l’Histoire : des faits prodigieux de toute sorte, des paroles libératrices, dépassant l’expérience de tous les jours.

C’est dans ce mélange de réalité et de fiction que résident à la fois l’utilité et l’ambiguïté du mythe : alors que certains n’y verront qu’une fiction dénuée d’intérêt, pour d’autres il représente à la fois un témoignage et un message subconscient. Les mythes sont donc indispensables dans la stricte mesure où ils sont compris comme tels. Ils deviennent funestes si on les détériore en prétendus comptes-rendus de la réalité. L’Ascension ainsi n’est pas assimilable au reportage d’une lévitation de Jésus.

Beaucoup d’homélies jouent sur les deux tableaux : elles se réfèrent à un passage des Écritures, souvent pris au pied de la lettre, comme si c’était la réalité objective ou une parole réellement prononcée, pour en tirer quelque règle de morale. Même les paraboles passent dans cette moulinette, alors qu’elles sont explicitement des contes, susceptibles de maintes interprétations. Elles ouvrent un champ infini de réflexions sur la complexité de la vie humaine, que le prédicateur s’efforce souvent de ramener à l’édification, alors que ce genre littéraire est par nature décapant, libertaire et abrasif, comme le sont la parabole des Ouvriers de la onzième heure, celle des Talents ou celle des Dix Vierges.

La fabrication des mythes se poursuit de nos jours. Le Seigneur des anneaux de Tolkien en est le plus récent exemple, qui est bien plus qu’une épopée faite de batailles et d’épreuves initiatiques. Dans une mythologie anglo-saxonne, c’est la transposition du combat entre le bien et le mal, avec l’accession finale du héros dans un monde de lumière. C’est aussi la sublimation de ce que l’auteur percevait de l’actualité de 1940, le conflit entre l’Angleterre et l’Allemagne nazie. Cette dernière vivait d’une autre mythologie funeste incarnée par la Tétralogie de Wagner.

Faut-il bannir la prédication habituelle fondée sur la mythologie hébraïque et chrétienne, prise au pied de la lettre ? Faut-il exiger que l’auditoire dominical soit abreuvé des derniers résultats de la méthode historico-critique, dont certains fidèles seront inévitablement scandalisés ? Mais peut-on continuer à utiliser les Évangiles comme si c’étaient des biographies objectives de Jésus de Nazareth ? Faut-il cesser de raconter la Bible à des adultes comme on la raconterait à des enfants ? Peut-on tout à fait se passer de la mythologie chrétienne, la traiter comme une fable puérile dénuée d’intérêt ?

Ce serait surestimer la possibilité d’une telle mutation pastorale dans le court terme et se priver d’un atout. Une portion de la population vit toujours dans l’univers animiste des siècles précédents. Elle perçoit les phénomènes physiques comme des manifestations d’une volonté divine, qui peut modifier les événements sous forme de miracles. Les mythes ne conservent leur pertinence qu’en s’insérant dans ce que l’homme perçoit, à tort ou à raison, de la Nature. Pour beaucoup de gens, le Ciel est toujours dans le ciel, l’enfer dans les entrailles de la Terre, Adam et Ève ont mangé une pomme qui leur était interdite, la Mer Rouge s’est asséchée sous le bâton de Moïse, Jésus a marché sur les eaux. Il est hasardeux de les contredire.

Une autre partie de la population se situe dans le siècle présent. Elle pense que tout événement naturel obéit à des lois, qui sont exprimées dans des formules mathématiques inventées par le cerveau humain. C’est le monde mental du rationalisme. Les découvertes de la science informent de plus en plus la conscience d’un grand nombre et bornent son imaginaire, alors qu’elles n’existaient pas voici deux millénaires. Cette population ne peut pas prendre au pied de la lettre la Genèse biblique, qui date de vingt-cinq siècles et qui charrie des conceptions encore plus archaïques : le péché originel source de la culpabilité universelle des hommes, le recours à un bouc émissaire pour être racheté par son sacrifice, l’existence d’un peuple élu bénéficiaire d’une Alliance particulière.

À la fois corps de connaissances et manière de comprendre le monde, la science a émergé lentement, confusément, en ne se heurtant à des obscurités que pour mieux se retrouver. Au regard du scientifique, la Bible constitue un grand récit mythologique qui apporte des lumières sur ce que fut une lente révélation d’abord au peuple hébraïque, puis à la chrétienté. Elle contient aussi des traces de ce que fut l’histoire du Moyen-Orient pendant un millénaire. Mais on ne peut en extraire une phrase et en déduire un comportement obligé dans le siècle présent. « Que l’homme ne sépare pas ce que Dieu a uni » ne peut fonder l’insolubilité du mariage. « Tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon Église » ne peut justifier que l’évêque de Rome ait une primauté sur toute l’Église catholique, qui serait seule authentique. C’est la tentation constante de coraniser la Bible, de surinterpréter des fragments d’un texte, qui est transmis dans une version traduite et donc forcément trahie et qui n’est pas une parole divine.

Si l’on se réfère aux travaux de théologiens contemporains comme Joseph Moingt, Hans Kung, Maurice Bellet, John Paul Meier ou Daniel Marguerat, maints articles de foi sont considérés par eux comme autant de mythes qu’il faut expliquer comme tels. À titre d’exemple, la séquence logique : péché originel, Immaculée Conception, Naissance virginale, Sacrifice expiatoire de la Croix, Ascension, Assomption, Lourdes, Fatima, Medjugordjé. Sur une interprétation particulière du troisième chapitre de la Genèse s’est construite une suite de mythes qui dérivent de plus en plus vers le magique, le spectaculaire, la volonté de repérer une manifestation de l’Au-delà dans l’actualité, une preuve tangible et irréfutable de l’existence de Dieu.

Il ne faut cependant pas abolir la mythologie, mais la situer correctement dans son rôle d’appel à l’imagination. Il faut fêter et célébrer Noël, mais préciser clairement que l’Évangile de l’enfance selon Luc est une fiction littéraire, le premier de tous les contes de Noël qui ont suivi. Le sens véritable de cette solennité, transposition de la fête romaine du Sol Invictus, est la renaissance de la lumière au solstice d’hiver, symbole physique de ce que la naissance de Jésus réalise spirituellement pour les chrétiens. Si ce sens originel n’est pas explicité, Noël est condamné à se dégrader sous nos yeux, régressant vers les Saturnales dans la seule débauche de cadeaux. Il faut que Bethléem soit véridique mais au sens d’une création artistique, plus forte qu’un banal certificat de naissance.

Ce qui est vrai des mythes littéraires l’est aussi de tous les arts, musique, peinture, sculpture, théâtre. Rien ne dépasse les deux Passions de Jean Sébastien Bach comme prise de conscience de ce qui s’est passé en l’an 30 à Jérusalem. Les Dialogues des Carmélites ne prétendent pas être un document historique qu’elles dépassent infiniment. La Sixtine est infiniment supérieure à un étalage de photographies, qu’il aurait été impossible de prendre en réalité parce qu’il n’y avait rien à photographier.

Jacques Neirynck

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