Paroisse de la Trinité Roubaix-Hem
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      C’est quoi l’exégèse ?

C’est quoi l’exégèse ?

Ce slogan d’Hilaire de Poitiers peut être une bonne illustration de ce qu’est l’exégèse : « Lisons ce qui est écrit et comprenons ce que nous avons lu ».

Il ne suffit pas de lire un texte biblique, il faut le comprendre, l’interpréter, le déchiffrer !
C’est l’objet de l’exégèse et de l’herméneutique qui est déjà en travail dans les Evangiles.


1. C’est quoi l’exégèse ?

1.1 pour l’Exégèse

Jn 1,18 : « Personne n’a jamais vu Dieu, le Fils unique, qui est tourné vers le sein du Père, celui-là (en) a fait exégèse » (Ex-egeomai)
Le fils est l’exégète du Père, la source qui inspire tout commentaire de la Parole de Dieu. (Ex-egeomai veut dire : « Conduire hors de , d’un lieu vers un autre » d’où « Expliquer, interpréter, sortir de sens du texte, extraire de la signification du texte ». Pour son parler et son agir, Jésus est « l’interprétation de Dieu » dans le monde : il « raconte Dieu et explique Dieu »
- > Jésus est celui qui nous conduit vers le Père : il est le chemin vers le Père
- > Jésus est l’exégète et l’exégète du Père

1.2 Pour l’Herméneutique

Luc 24,27 « Commençant à partir de Moise et de tous les prophètes, Jésus leur interpréta dans toutes les écritures ce qui le concernait »
Ici c’est le verbe « Erméneo » qui est utilisé qui signifie « Interpréter de long en large ». Jésus interprète de long en large des Ecritures. En Luc nous n’avons pas le contenu de cette interprétation mais elle est bien présente dans les discours de Pierre et de Paul dans les Actes des Apôtres.

1.3 Dei Verbum

« Il faut que l’interprète cherche les sens que l’auteur en des circonstances déterminées, dans les conditions de son temps et l’état de sa culture, employant les genres littéraires alors en usage, entendait exprimer et a, de fait, exprimé » n°12
L’exégèse est donc l’art d’écouter, de questionner avec attention, avec intelligence, avec esprit critique, le texte biblique, c’est l’art de l’interpréter et de le déchiffrer en ayant recours aux méthodes des sciences humaines et littéraires qui se veulent les plus rigoureuses possibles. Les règles herméneutiques d’interprétation se complètent au fil des siècles.

2 Les méthodes exégétiques

Cette lecture-interprétation doit tenir compte de tous les aspects de la condition humaine :
L’homme est un être historique (lecture historico-critique)
Un être qui parle (lecture linguistique, sémiotique)
Un être psychologique (lecture psychanalytique)
Un être sexué (lecture féministe)
Un être croyant ‘lecture croyante et spirituelle)
Chaque aspect de cet homme induit donc une lecture particulière Prenons quelques exemples.

2.1 Lecture historico-critique

L’homme en tant qu’ être historique va induire une lecture historico-critique. Elle consiste à faire par exemple l’archéologie d’un texte, déterminer ses strates littéraires, ses enracinements historiques.
Ainsi l’exégèse arrivera à déterminer les différentes étapes qui conduiront au récit actuel de la Cène, de l’eucharistie :
D’un « repas de bénédiction » avec fraction du pain avec une seule parole « eucharistique » sur le pain : « Prenez ; Ceci est mon corps » en Mc 14,22 sans aucune allusion à une notion sacrificielle qui viendra plus tard quand on ajoutera « livré pour nous » en Lc 22,19 et 1 Cor11,24 nous passerons ensuite à un « repas eucharistique » qui, sur alignement de la parole sur le pain, arrivera à la parole sur le sang, pour les communautés grecques qui peuvent boire et manger le sang.
La strate la plus ancienne qui remonte à Jésus qui prend le pain, le bénit et le partage signe que Jésus est la Parole de Dieu, la Sagesse de Dieu, la Torah de dieu. Quand nous mangeons de ce pain, la Parole de Dieu qu’est Jésus vient demeurer en nous.
La seconde interprétation, héritée des pratiques liturgiques des communautés chrétiennes grecques : « Ceci est mon sang versé pour la multitude en rémission des péchés », fait de l’eucharistie un sacrifice pour le salut de l’humanité !

2.2 Lecture linguistique

l’homme, un être qui parle, va induire une lecture sémiotique, linguistique, structurelle, narrative.
Dans cette lecture du texte, on va être attentif à la construction du texte, à l’architecture du texte, aux articulations du texte, aux mots utilisés, aux tensions du texte. « J’ai écrit pour toi, cher Théophile, un récit ordonné » dit Luc en 1,3
Chaque évangile a sa structure, sa cohérence interne.
Si Marc est l’évangile de Jésus « crucifié », il sera logique qu’il va construire son Evangile autour de la Passion de Jésus et avoir en son centre les 3 annonces de la passion en 8,31, 9,31 et 10,33 encadrés par des controverses en Galilée et des controverses à Jérusalem avec déjà une décision de mise à mort en Mc 3,1 « Les Pharisiens tinrent conseil avec les Hérodiens contre Jésus pour le faire mourir ».
Si Matthieu est l’Evangile de Jésus « enseignant », il sera logique qu’il va construire son évangile autour des enseignements de Jésus. Son évangile est donc structuré autour des 5 grands et longs discours 5 à 7 ;10 ;13 ;18 ;2 à 25. et des 7 montagnes :
Montagnes de la tentation 4,8
Montagne de l’enseignement 5,1
Montagne de la prière 14,23
Montagne du pain 15,29
Montagne de la transfiguration 17,1
Montagne de l’enseignement 24,3
Montagne de la mission 28,36

2.3 Lecture féministe

L’’homme, un être sexué, va inclure aujourd’hui une lecture féministe de la Bible
Cette lecture va faire attention à débusquer, derrière l’écriture largement et massivement masculine, patriarcale et androcentrique, une lecture féministe des textes sacrés.
Cf le livre « une Bible des femmes » en 2018, qui cherche à déconstruire les interprétations patriarcales et partielle des textes bibliques au sujet des femmes, à réhabiliter des femmes occultées et à traquer les traductions tendancieuses défavorables aux femmes.
Comme cette traduction en Romains16,7 : « Saluez Andronicus et Junia, apôtres éminents » : cette Junia que, pendant des siècles, on a « masculinisée » en Junias. Cf le livre deEldon Jay Epp : « Junia, une femme apôtre ressuscitée par l’exégèse » !

Toutes ces lectures et interprétations sont appelées à donner de la Bible, une lecture intelligente, critique, audible, compréhensible pour les hommes et les femmes de 2020. Cette exégèse critique qui s’appuie sur des outils scientifiques doit aussi s’appuyer sur une exégèse croyante qui voit en Christ comme dit St Paul « La fin de la Loi » Romain 10,4
Tout, dans la Bible, doit être pensé et interprété en fonction du Christ et pour cela il convient aussi de distinguer ce qui est le noyau de l’Evangile ( le Kérygme dans la mort et la résurrection du Christ) de ce qui est périphérique de l’Evangile, de ce qui présente une relativité culturelle et qui nécessite une transposition culturelle ( par exemple la tenue des femmes et des hommes dans les assemblées chrétiennes en 1 Cor 11 est une réalité accessoire et culturelle par rapport à la réalité fondamentale et essentielle de l’égalité de l’homme et de la femme posée par la même Paul en Gal 3,28). Ce qui est « secondaire et obscur » doit s’interpréter à la lumière de ce qui est « essentiel et fondateur ».

3. Les missions de l’exégèse

Elles répondent à une triple mission

Un devoir de vigilance contre la tentation du fondamentalisme qui consiste à prendre au pied de la lettre le texte biblique, à sortir des textes de leur contexte, pour leur faire dire n’importe quoi ! L’exégèse est l’antidote intellectuel au fondamentalisme.
Un devoir d’interpellation et de réformes des Eglises. Face aux siècles d’Eglise, de dogmes, d’institutions, de hiérarchie, d’appareil doctrinal, de discipline de plus en plus tatillonne, il faut sans cesse revenir aux fondamentaux : les expériences fondatrices des premiers temps de l’Eglise, revenir à la source vive des origines.
Quel abîme, par exemple, entre la façon dont on nous demande de célébrer l’Eucharistie aujourd’hui en terme de rubriques, de sacrifices, en insistant sur ce qui est réservé au prêtre et les textes du N.T. qui parlent de la même Eucharistie. On y découvre un autre monde : aucun d’entre eux ne s’intéresse à la question de savoir qui peut la présider, aucun ne parle de sacerdoce, aucun ne pose la question de la présence réelle, mais ils parlent tous de repas, de relations fraternelles, de don de soi, de service, de solidarité.
Comment rendre un sens et la vitalité de l’Eucharistie sans revenir au témoignage fondateur des Ecritures ? Aucune vraie réforme d’Eglise ne peut se faire sans une enquête approfondie sur ce que Jésus et ses disciples ont vécu, sur ce qui était pour eux le plus vital.

Un devoir d’encourager tous les chrétiens à devenir eux-mêmes lecteurs/interprètes de la Bible, à annoncer l’inouï de l’Evangile.

Au-delà de toutes les méthodes exégétiques, le but de l’exégèse est de donner le désir de lire , de comprendre, et d’interpréter la Bible pour la rendre audible à nos contemporains comme l’ont fait 2 paroissiens de ma paroisse cette année, qui, sans étude théologique, sans grade universitaire, mais en s’intéressant à la Bible, en lisant des livres, en écoutant mes homélies, ont écrit chacun un livre ; « Job ou le désir de Dieu » ; « Mais au fait, où est né Jésus ? »
Et moi-même : « Promenade au jardin des femmes dans la Bible ».

« Le travail historien n’asphyxie pas la foi, il participe à son intelligence et à sa structuration. »

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