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      13 /9/2020 : : Saga 4 de l’homme de Pierre : la force du pardon

13 /9/2020 : : Saga 4 de l’homme de Pierre : la force du pardon

Nous avions laissé au 30 août l’apôtre Pierre en discussion avec Jésus sur la liberté des fils du Royaume. Le revoilà qui réapparaît pour la 6ème fois (1) dans cette longue section consacrée à la formation des disciples et à la naissance de l’Eglise. Cette présence de Pierre est d’autant plus surprenante et singulière qu’elle est absente de son parallèle dans l’Evangile de Luc sur le pardon (Luc 17,4). C’est donc intentionnellement que Matthieu l’introduit ici pour en faire l’exemple type du croyant bénéficiaire du pardon de Jésus et pour montrer que l’Eglise ne peut être qu’une communauté de frères vivant du pardon : ce pardon étant posé comme un point d’orgue en finale de ce discours sur l’Eglise, comme pour dire que l’Eglise ne peut se vivre et se définir que sous le signe du Pardon.
Mais attention, pas un pardon étriqué, en demie mesure ou sous condition, mais un pardon radical et absolu !


Pierre semble déjà être allé jusqu’au summum du pardon : cela fait sept fois que cette personne lui fait du mal, des coups tordus et il décide d’arrêter de lui pardonner, de ne plus avoir de relation pour toujours. Et nous connaissons tous et toutes la réponse de Jésus : « Je ne te dis pas jusqu’à sept fois mais jusqu’à soixante-dix fois sept fois ou selon d’autres manuscrits : jusqu’à soixante-dix-sept fois sept fois » !
Cette réponse s’inspire du chant sauvage et vengeur du livre de la Genèse 4,24 où Lamek chante à sa femme : « Oui Caïn sera vengé sept fois, mais Lamek sera vengé soixante-dix-sept fois ». Autrement dit, à l’escalade illimitée de la violence, Jésus oppose l’escalade illimité du pardon. Encore une fois ici, Pierre se fait recadrer par Jésus : ce n’est que la 3ème fois !!!
Vivre en Eglise, c’est multiplier le chiffre de Caïn par celui de Lamek mais pour pardonner sans limite et sans condition, et non pas pour se venger. Cet enseignement de Jésus reprend et prolonge ce que Jésus avait déjà dit dans le premier discours sur la montagne : « Si quelqu’un te gifle sur la joue droite, tends-lui aussi l’autre » Mt 5,39, Partout et toujours, il s’agit de casser la spirale de la violence par la non-violence, le pardon et la miséricorde. Et ça, ce n’est pas une politique de poules mouillées, de poltrons ou de faiblards, c’est une politique de force, de courage et de résistance. Le rabbin Philippe Hadad fait remarquer astucieusement qu’en hébreu le mot « FORCE » (Oz) (2) a comme valeur numérique le chiffre « 77 » ! Voilà ce que Jésus nous demande, dit-il, d’utiliser notre FORCE au service non de la vengeance mais du pardon. Quel est en définitive l’homme fort ? non pas celui qui est capable d’utiliser sa force pour écraser son frère mais d’utiliser sa force pour dominer sa violence et offrir son pardon.
Sommes-nous des faibles qui nous laissons aller sur le chemin de la violence ou des femmes et des hommes forts qui mettons toutes nos énergies à pardonner ?
Mais l’enseignement de Jésus ne s’arrête pas à cette règle qui pourrait n’être qu’un agir humain et humaniste mais, comme toujours, il va remonter à la source de cet agir pour les chrétiens de son Eglise. Car le pardon n’est pas tant une question morale qu’une question de foi. Notre pardon s’enracine dans le pardon infini de Dieu notre Père. Nous sommes tous et toutes comme ce serviteur à qui le maître a remis une dette colossale : dix mille talents, l’équivalent du salaire de soixante millions d’années d’un ouvrier agricole. C’est une somme proprement astronomique difficile à se représenter. Et pourtant, sans raison, sans explication, sinon celle de la miséricorde, le roi va lui remettre cette dette abyssale. Ce roi accomplit un geste inattendu de miséricorde, exprimé par un verbe exclusivement réservé à Jésus en 9,36 ; 14,14 ; 15,32 ; 20,34. Le serviteur bénéficie de la grâce divine, du don divin.
Jésus, ici encore, arrive à renverser la perspective et la question de Pierre qui en était à se demander combien de fois il doit pardonner. Là n’est pas la question essentielle, dit Jésus. Pour pardonner, il faut d’abord se savoir pardonner par Dieu notre Père. De donateur du pardon, Pierre doit d’abord se savoir et se reconnaître un Gratifié du pardon du Père. Pierre doit se déplacer du rôle de créditeur de son frère à celui de débiteur de Dieu son Père. Et alors, il devient possible de pardonner à notre tour.
Le même enracinement théologal, en Dieu, de notre devoir d’aimer nos ennemis est donné aussi dans le premier discours sur la montagne : « Aimez vos ennemis afin d’être vraiment les fils de votre Père, car, lui, fait lever son soleil sur les méchants comme sur les bons » Mt 5,44-45. Encore une fois, le motif qui fonde l’amour chrétien des ennemis n’est pas une simple question de morale ou d’éthique mais l’imitation du comportement de Dieu qui, comme Père, aiment tous les êtres humains, bons comme méchants ! De même, le motif qui exige le pardon du frère ne peut être que le pardon que chacun d’entre nous reçoit totalement gratuitement de Dieu.
As-tu bien compris cela ? c’est la question que Jésus pose en définitif à Pierre.
As-tu bien compris que l’Eglise n’est à vivre qu’au soleil du pardon et que s’il y a des problèmes, des litiges, des disputes dans la communauté chrétienne, ils ne peuvent se régler qu’à la lumière du pardon infini de Dieu, du pardon infini de Jésus !
Et pour bien montrer que cette façon de vivre l’Eglise est capitale, essentielle, et cruciale, Matthieu n’a pas d’autre moyen pour terminer sa parabole, et toutes ses paraboles (3) que d’utiliser l’imagerie judiciaire du feu et de la colère propre à son temps, qui est inaudible et inacceptable aujourd’hui, mais qui comporte une exhortation forte à la responsabilité que nous devons traduire aujourd’hui de cette manière.
Mon enseignement sur l’Eglise est terminé, le discours est fini, dit Matthieu. Mais je tiens à redire une dernière fois, de façon forte et solennelle, avec gravité et sérieux :
Eglise : sois consciente de la grâce divine qui t’a été donnée par Jésus et tires-en toutes les conséquences dans la vie de la communauté ! Cette grâce divine du pardon circule-t-elle vraiment de frère en frère ?
Et toi, Pierre, le premier des Apôtres, n’oublie pas que tu as été un jour le serviteur ingrat qui m’a renié et que tu as été pardonné de l’impardonnable ?
Oui, ce pardon à donner n’est pas une chose à prendre à la légère : il est constitutif de l’être même de l’Eglise ; Alors ne lésine pas sur cette question, ne la traite pas comme une affaire secondaire : elle est cruciale, vitale et essentielle pour la crédibilité de l’Eglise !

(1)  : 14,28 ; 15,15 ; 16,16 ;17,4.24 ; 18,21
(2)  : Oz ( z i ) est composé de la lettre Ain dont la valeur numérique est 70 et de la lettre Zain dont la valeur numérique est 7 = 77
(3) Lire B.E. Reid, « Violent Endings in Matthew’s Parables and Christian Nonviolence » dans C.B.Q 66, 2004, p.237-255

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