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      14/07 : toujours aller au-delà du service minimum !

14/07 : toujours aller au-delà du service minimum !

Cet épisode du Bon Samaritain intervient immédiatement après que Jésus a envoyé soixante douze disciples porter la paix dans les maisons et annoncer par villes et villages la bonne nouvelle du Royaume de Dieu (10,1-16)
Et de suite arrive la question d’un légiste : « Maître que dois-je faire pour recevoir en partage la vie éternelle ? »
C’est quoi la vie éternelle pour le Jésus de Luc ?
C’est quoi la mission pour le Jésus de Luc ?


Cela pourrait se résumer en un mot, celui qui est au centre de ce récit du Bon Samaritain : « MISERICORDE » : « Il le vit et fut pris de MISERICORDE » ! (*)
Dès l’ouverture de l’Evangile, Zacharie salue la venue de Jésus comme la conséquence de la bonté du cœur de Dieu : « Notre Dieu est plein de tendresse et de miséricorde : il fera briller sur nous une lumière d’en haut, semblable à celle du soleil levant » Lc 1, 78. Pour St Luc, Jésus est ce Fils du Père plein de miséricorde, de bonté, de bienveillance et de tendresse.

Mais jusqu’où doit s’étendre cette miséricorde ?
C’est la question du légiste : « Mais qui est mon prochain ? ». Poser ainsi la question c’est sous-entendre : « Qui ne l’est pas… » Et c’est considérer (voire souhaiter) que la Loi délimite le devoir d’aimer, délimite l’aire où le prochain nous attend. Dans cette perspective, la question équivaut à : « Qui dois-je secourir, afin de nouer une bonne relation avec Dieu ? Et, en même temps, « Qui suis-je dispensé d’aimer, ma relation avec Dieu étant sauve ? »

Quelles sont les frontières qui séparent le prochain d’une personne qui n’a pas qualité pour l’être ? Pour ce légiste, le prochain est-il seulement le compatriote israélite ou un prosélyte ? Est-il un soldat romain ? Jusqu’où le cercle doit-il s’étendre ?

Et c’est là qu’intervient notre parabole qui s’inspire d’ailleurs d’un épisode pas très bien connu de l’A.T. mais que Luc utilise à dessein. Dans la guerre fratricide entre le Royaume du Nord et le Royaume du Sud, Israël fait des prisonniers de guerre pour les emmener comme esclaves en Samarie. Le prophète Oded de Samarie dénonce cette opération et les samaritains décident alors de les libérer : « ils revêtirent ceux qui étaient nus, leur donnèrent des chaussures, leur donnèrent à manger, soignèrent les blessés avec de d’huile, chargèrent les éclopés sur des ânes et les menèrent à Jéricho auprès de leurs frères » 2 Chr 28,9-15. Voilà déjà un bel exemple de Samaritains qui prennent soin de prisonniers de guerre, d’ennemis, avec une profusion de bienveillance inouïe !

Inspiré de cet épisode, Luc crée notre parabole. Voilà un homme laissé à moitié mort, agressé par des bandits, sur la route qui descend de Jérusalem à Jéricho. Un prêtre et un lévite ne font pratiquement rien : un seul verbe : « il le voit et s’approche » et puis rien !

Permettez-moi de ne pas trop noircir l’image de ce prêtre et de ce lévite que des siècles de lecture ont accusé « de se détourner » du blessé, « de passer outre », « de passer de l’autre côté de la route », de s’en écarter sous prétexte de pureté légale, dans la peur de toucher un mort avant d’aller au temple de Jérusalem alors qu’en réalité tous les deux vont dans la direction opposée : ils descendent de Jérusalem à Jéricho ! Ils ne vont pas au temple !

C’est vrai que le verbe pour caractériser l’attitude du prêtre et du lévite est rare (**) : une fois dans tout le Nouveau Testament ici ! Et 2 fois dans la littérature grecque chez le poète Straton de Sardes et dans le livre de la Sagesse de la Bible.
Dans ces deux cas, il ne signifie jamais « passer outre », « se détourner de », ou « passer de l’autre côté du chemin » ! Dans les deux cas, il signifie au contraire « s’approcher », « venir à la rencontre de ».

« Alors que je passais devant un magasin de fleur, dit le poète, je vis un jeune homme qui tressait des couronnes, je m’arrêtais et j’engageai la conversation » ! Il ne s’agit pas « de passer outre » ou de « passer de l’autre côté de la rue » mais bien au contraire de s’approcher du magasin de fleur !

Mais l’autre passage est encore plus explicite et il se trouve dans la Bible grecque que Saint Luc connaît bien : Les Israélites ont été victimes de serpents venimeux mais Dieu vient à leur secours : « Ta miséricorde, dit le texte, vint à leur rencontre et les a guéris » Sag 16,10. Aucune ambiguïté ni hésitation possible : le verbe signifie bien « s’approcher de pour guérir » ! C’est Dieu qui s’approche des Israélites pour les guérir. Dans notre parabole, le prêtre et le lévite « voient le blessé et s’approchent » ! Mais c’est tout ! Ils ne font que le strict minimum : un seul verbe pour caractériser leur attitude. Alors que le Samaritain, cet étranger, va multiplier à l’infini les attitudes et les gestes de miséricorde : 7 attitudes et gestes : « il est pris aux entrailles ; il s’approche ; il soigne les plaies ; il verse de l’huile ; il le charge sur sa monture ; le conduit à l’auberge et prend soin de lui » !

Et c’est un samaritain, un étranger, qui va devenir le modèle de la surabondance, de l’excès et de l’extravagance de la miséricorde et de la bonté telles que Jésus les veut. Pour le Jésus de Luc, il s’agit toujours d’aller au-delà du service minimum du service à rendre à nos frères en difficulté. Le prochain ne connaît aucune frontière : ni de race, ni de religion ni de pays. Le prochain n’admet aucun service minimum mais requiert une attention, une miséricorde, une aide infinie sans limite de temps, de dépense, de générosité !

Nous sommes parfois fatigués de « servir », fatigués et épuisés de toujours recommencer à nous approcher de notre prochain, alors, Seigneur, donne-nous cette énergie, cette surabondance de miséricorde pour toujours faire le maximum et non le minimum du service, comme Jésus le bon Samaritain !

(*) Ce mot est au plein centre du récit : en grec 68 mots le précédent et 67 le suivent !

(**) antiparerechomai est en réalité composé d’un verbe et de deux préverbes :
erchomai veut toujours dire : « aller, venir »
para : marque la proximité : « à côté de »
anti : « en face de »
« La combinaison la plus logique des trois termes conduit alors à « s’approcher de quelqu’un pour se placer face à lui » !
Cf ETR 2008/3 p413-418 de Patrice Galup « Trois remarques sur la parabole dite du bon Samaritain »

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