Paroisse de la Trinité Roubaix-Hem
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      Veillée Pascale 2018

Veillée Pascale 2018

Déroutante résurrection !

Nous n’imaginerons jamais ce qu’a dû provoquer la mort de Jésus sur une croix. Il faudra tout un Evangile, celui de Marc, pour tenter de comprendre le bouleversement, la stupeur, le scandale, la terreur provoqués par un tel évènement. Comment comprendre que Jésus, déclaré au premier verset de cet Evangile comme « Christ et Fils de Dieu » (double titulature solennelle et royale) soit le même qui est déclaré au dernier verset de cet Evangile
« Le Nazaréen, Le Crucifié » (double titulature obscure et infamante) ?


La mort choquante et honteuse de Jésus fut un lieu de torture, de cruauté, d’humiliation, « la mort la plus misérable de toutes » au dire de Flavius Josèphe, « le supplice le plus cruel et le plus terrible » au dire de Cicéron. Au niveau des faits bruts, son ensevelissement ne fut pas mieux. Les Romains avaient coutume de laisser les condamnés sur le gibet, abandonnés aux chiens sauvages pour jeter leurs restes dans une fosse commune. L’humiliation finale faisait partie du rite de la crucifixion. Mais pour les autorités juives, les corps accrochés sur les croix constituent pour la fête de la Pâque une impureté sur la terre et contaminent la ville sainte. Jésus doit donc être enseveli en hâte, avant le coucher du soleil avant le commencement du solennel sabbat de Pâque. Jésus, comme juif, fut donc descendu de la croix et enseveli sans cérémonie ni honneurs funèbres dans une tombe réservée aux criminels au lieu des crucifixions. Jésus n’est pas enseveli dans la tombe familiale, les rites de deuil ne sont pas accomplis : pas de lavement du corps, pas de lamentation, pas de deuil. Jésus est enseveli comme il meurt dans la honte et le déshonneur. (*)

Ce n’est que bien plus tard et progressivement que le lieu honteux du tombeau deviendra un espace sacré et digne d’honneur : on y placera des gardes, des anges, 30 kgs de myrrhe et d’aloès, des apparitions de Jésus et on ira même dans l’Evangile de Pierre jusqu’à décrire la sortie de Jésus du tombeau : « Les soldats virent trois hommes sortirent du tombeau, deux en soutenait un troisième et une croix les suivaient. La tête du troisième dépassait les cieux » !

L’Evangile de Marc sera le premier à relier la confession de foi en Jésus « Mort Crucifié, enseveli et ressuscité » au tombeau vide. Mais il garde à cet événement son caractère sobre, inquiétant et déroutant : pas d’ange, pas de garde, pas d’apparition de Jésus. Mais ces quelques petits 8 versets sont traversés par la peur et le silence. « Elles étaient frappées de stupeur »… » « Ne soyez pas frappées de stupeur »…Elles s’enfuirent du tombeau car tremblement et bouleversement les tenaient car elles avaient peur. » l’accumulation de tous ces verbes différents qui se renforcent les uns les autres : « être effrayé, trembler, être bouleversé, avoir peur » montre que ces femmes sont complétement déroutées, désorientées, perdues, déstructurées par cette annonce de la résurrection de Jésus tout comme les disciples hommes l’ont été par l’annonce de la passion et de la résurrection de Jésus : « Ils ne comprenaient pas cette parole…9,32 ; ils se demandaient ce que voulait dire « Ressusciter d’entre les morts » 9,10 ils étaient effrayés et avaient peur » 10,32.

Marc ne veut pas escamoter le bouleversement, la stupeur, le scandale, la terreur provoqués par l’événement de la mort et de la résurrection de Jésus. En cela il rejoint le témoignage de Paul quand il dit que « nous proclamons un Christ Crucifié, scandale pour les juifs et folie pour les grecs » 1 Cor 1,23 ; Oui, l’Evangile de Jésus, Christ et Fils de Dieu passe, pour Marc, par Nazareth et la Croix, par l’abaissement et l’humiliation, par la honte et le déshonneur.

Ce ne sera donc jamais un Evangile du triomphalisme et de la gloire, du pouvoir et du merveilleux. Alors même la résurrection se réduira à une simple phrase, à une simple annonce faite par un jeune homme : « Le Nazaréen, le Crucifié n’est pas ici : il est ressuscité : il vous précède en Galilée ; c’est là que vous le verrez ». La prise en compte par Marc du récit du tombeau vide ne vient que renforcer la confession chrétienne : « Jésus de Nazareth, le Crucifié, a été ressuscité par Dieu. La mort ne l’a pas retenu en son pouvoir » Ac 2,23-24

C’est donc une erreur de chercher le Crucifié dans un tombeau ; il n’est pas là ; il n’appartient pas au monde des morts. Il est plus vivant que jamais mais pas d’une résurrection éblouissante, écrasante qui forcerait l’adhésion ou la foi.

Ce que les femmes doivent transmettre aux disciples et à Pierre c’est que c’est dans leur vie quotidienne, dans notre vie quotidienne, que nous pouvons percevoir les traces du Ressuscité qui nous précède, pas plus que les traces ! « Il vous précède en Galilée : c’est là que vous le verrez » ! Il n’est pas question pour nous de mettre la main sur Jésus vivant, de le rencontrer comme avant, mais de découvrir les traces de son passage. « Il nous faut « retourner en Galilée » pour suivre ses pas : il faut vivre en soignant ceux qui souffrent, en accueillant les exclus, en pardonnant aux pécheurs, en défendant les femmes et en bénissant les enfants comme Jésus en Galilée.
Oui Jésus passe et vit quand des malades, par nos mains, notre toucher, notre tendresse retrouvent la santé comme lorsque Jésus, en Galilée, prend la main de l’enfant possédé, le fait lever et le met debout (Mc 9,27).

Jésus passe et vit quand des hommes et des femmes, par nos actions, nos revendications, sont libérés, se relèvent dans leur humanité comme lorsque Jésus, en Galilée, dit à l’homme paralysé : Lève-toi, prends ton brancard et va dans ta maison ( Mc 2,9-12)

Jésus passe et vit quand des hommes et des femmes marginaux, rejetés, étrangers sont accueillis et honorés par notre accueil, notre accompagnement, nos projets d’insertion comme lorsque Jésus, en Galilée, guérit un lépreux (Mc 1,41) ou mange chez des publicains ( Mc 2,15).

Voilà les traces, pour Marc, du passage du Ressuscité qui nous précède, pas plus que les traces, pas plus que les indices, pas plus que les empreintes !

C’est pourquoi j’aime beaucoup ce chant qui a bien compris le message de la résurrection tel que Marc nous le décrit avec discrétion et surtout engagement de notre part :

« Il nous précède en Galilée, Christ au milieu du monde !
Il nous précède en Galilée, Christ Ressuscité !

Dans la Galilée des pauvres et des petits,
nous irons porter des mots qui donnent vie ;
Dans la Galilée des hommes divisés,
nous inventerons des voies pour l’unité.
« Au nom de Jésus-Christ, Lève-toi et marche ! »
Marche, marche, marche avec ton Dieu, sa parole est forte à jamais !

En savoir plus

(*) voir l’excellente documentation sur les rites funéraires au temps de Jésus :
“Roll Back the Stone, Death and Burial in the World of Jésus” par Byron R. McCane 2003 Trinity Presse international
Et l’excellent article de Daniel A. Smith : « Look, the place where they put him » Mk 16,6 : The space of Jésus’tomb in early Christian memory » dans HTS 70(1) 2014 p.1-8

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