Paroisse de la Trinité Roubaix-Hem
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      Tout donner comme ...les femmes

Tout donner comme ...les femmes

« TOUT DONNER » voilà le titre que l’équipe liturgique a justement proposé pour ce dimanche pour résumer les textes de la Parole de Dieu.
La dernière phrase de Jésus de la partie centrale de l’Evangile de Marc se terminait par ces mots : « Je ne suis pas venu pour être servi mais pour servir et donner ma vie pour la liberté de tous » Mc 10,45


Et puis Jésus quitte Jéricho pour monter à Jérusalem, y affronter les autorités religieuses dans le Temple, souffrir sa passion et mourir sur une croix comme le dernier des esclaves. Les disciples hommes ont déjà abandonné Jésus sur ce chemin de la passion comme ils l’abandonneront tous définitivement à Gethsémani (14,50). Pierre, les Douze, Jacques et Jean, tous ont refusé ce chemin de la passion pour rester sur le chemin de la gloire, du pouvoir et de l’ambition.

Mais au cœur de cette marche vers la mort, à deux moments clé du récit du séjour de Jésus à Jérusalem, l’Evangile de Marc va faire émerger deux figures, exemples et icônes du Christ lui-même. Ce que les disciples hommes ont refusé de comprendre et de faire : deux FEMMES vont l’accomplir jusqu’au bout, deux femmes que le Jésus de Marc va donner en exemple aux disciples hommes.

Pour souligner leur importance, il va d’abord les placer à deux endroits stratégiques de son récit du séjour de Jésus à Jérusalem.

A la fin de sa troisième et dernière entrée dans le Temple de Jérusalem, Jésus arrête notre regard sur une première femme : une VEUVE qui, elle, donnera tout ! 12,41-44
Et au tout début du récit de la passion, Jésus osera cette phrase mémorable à l’égard de cette autre femme qui donnera tout aussi pour Jésus : « En, vérité je vous le déclare, partout où sera proclamé l’Evangile dans le monde entier, on racontera ce que cette femme a fait en MEMOIRE d’elle » ! 14,9

Pour Marc, tout son Evangile se concentre sur ces deux femmes, images et icônes du Christ lui-même, d’un Christ qui a tout donné de sa vie pour la liberté du monde ! C’est en mémoire de ces deux femmes que l’Eglise doit vivre et répandre le parfum de l’Evangile !

Mais revenons à la première de ces femmes et soyons d’abord attentifs à la solennité du moment et à l’interprétation qu’en donne Jésus.

Jésus va et vient dans le Temple, il entre et il en sort par trois fois, il y marche sans arrêt (11,27). Et soudain, il s’arrête et il « s’assoit » dans le temple en face de la salle du trésor. C’est une scène de jugement et d’enseignement. Un débat entre rabbins portait sur la question de savoir si David et ses successeurs avaient le droit de s’assoir dans le Temple. La réponse fut catégorique : NON : on ne s’assoit pas dans le Temple ! (*) C’est un geste inusuel et choquant qui à la fois condamne et disqualifie le Temple, ses autorités et ses pratiques commerciales.

Pour le Jésus de Marc, le Temple n’est plus qu’un figuier stérile voué à la destruction pour être remplacé par une communauté de foi, de prière et de pardon. (11,20-25).
Voilà donc d’abord la scène de jugement. Marc est dur pour les synagogues, le Temple et ses autorités religieuses « qui dévorent le bien des veuves ». Et Marc de dénoncer l’ostentation de ces religieux, leur amour de l’argent, leur perversion du pouvoir, leur désintérêt des pauvres et des femmes. Le Pape François a actualisé ces accusations en parlant des 15 maladies qui menacent l’Eglise : « Alzheimer spirituel, tête d’enterrement, rivalités, zizanie, exhibitionnisme mondain…j’en passe et des meilleures ! »

Imaginons Jésus « assis » dans la salle Paul VI du Vatican lors du dernier synode romain sur la famille, « observant attentivement » tous ces Pères synodaux : 270 hommes célibataires et 11 femmes mariées rendues muettes lors des votes. Que dirait, devant cette scène, le Jésus de Marc qui admire la foi, la parole et les actions des femmes tout au long de son Evangile ? (**)

Mais tirons maintenant l’enseignement que Jésus va donner devant le contraste saisissant de la scène devant la salle du trésor : d’un côté « Beaucoup de riches donnent beaucoup et offrent ce qui déborde de leur superflu » et de l’autre : « Une seule femme, veuve, pauvre qui donne de son manque deux petites piécettes » ! (***)

Comment cela se passait-il ? Dans la salle du trésor, il y avait 13 grands réceptacles en forme de trompette pour accueillir les offrandes : 6 pour les offrandes libres et 7 pour des besoins spécifiques du temple. Le but de chaque don était communiqué par le donateur à un prêtre à haute voix qui remettait la somme dans le réceptacle adéquat. Si l’offrande n’était pas suffisante, elle était refusée. Jésus « observe longtemps et attentivement » les foules et les nombreux riches qui mettent de leur superflu et de leur surplus, et cette seule pauvre veuve qui donne la somme la plus infinitésimale petite : deux piécettes de quoi acheter seulement 100 grammes de pain.

Alors il « convoque », « il appelle » ses disciples comme il l’a déjà fait en 7 passages qui fonctionnent selon le même schéma (****) : Jésus appelle un groupe pour leur annoncer de façon solennelle un enseignement nouveau, inattendu et paradoxal. Ce sera son dernier enseignement dans le lieu saint ! Il met d’abord en valeur cette femme par le double usage de l’article et le triple usage du démonstratif : « Amen, je vous le dis : cette veuve, celle-ci, celle qui est pauvre, son don surpasse les dons de TOUS car celle-ci a donné de son manque TOUT CE QU’ELLE AVAIT, TOUTE SA VIE à elle » !

Jésus souligne son double DON : « TOUT ce qu’elle avait » et « TOUTE sa vie » !
Plus qu’un modèle de générosité ou de piété, cette femme devient la parabole, l’icône même du Christ qui a donné tout ce qu’il avait, toute sa vie pour la liberté de tous. L’acte de cette femme préfigure et annonce que l’offrande totale d’une seule personne peut avoir une valeur infinie pour le monde comme le don total du seul Jésus sur la croix. L’acte de cette femme annonce aussi la nouvelle et paradoxale logique de l’Evangile : les derniers sont les premiers, les plus insignifiants sont les plus importants, les disciples femmes sont sûrement plus exemplaires que les disciples hommes.

Cette femme comme celle qui oint la tête de Jésus au dernier repas nous apprend que « Tout ce qui n’est pas donné est perdu » !

Pour terminer, je rajoute seulement deux mots au titre donné à cet Evangile par les équipes liturgiques : « TOUT DONNER…COMME LES FEMMES » !!!!

En savoir plus

(*) devant le caractère inusuel de Jésus « assis » dans le Temple, des manuscrits mettent Jésus « Debout » !!!

(**)
La femme aux pertes de sang : modèle de foi en 5,24-36
La femme syrophénicienne : modèle de parole en 7,24-30
La femme veuve en 12,41-44 : modèle de don total
La femme qui oint Jésus en 14,3-9 : modèle de don total

Ce qui a fait dire à une femme participant au Synode invitée seulement à partir de la 2ème semaine
« Pour moi, le synode a été une chance et une épreuve. Une chance d’être dans un espace d’universalité si grande et une épreuve aussi car il y avait si peu de femmes…Je pense que le Synode gagnerait vraiment à entendre la voix des femmes, experte en plusieurs domaines… » Sœur Carmen (une religieuse !)

(***) cette femme est présentée sous 4 aspects qui la marginalisent et l’oppriment :
Elle est SEULE : solitude
Elle est FEMME : cf la condition de la femme à cette époque (le mot Femme apparaît bien dans le codex le plus ancien Sinaiticus : A
Elle est VEUVE : cf la condition précaire des veuves
Elle est PAUVRE

(****)
Jésus « appelle » un groupe de personnes pour leur « dire » une parole paradoxale en 3,23 ; 7,14 ; 8,1 ; 8,34 ; 9,35 ; 10,42 ; 12,43

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