Paroisse de la Trinité Roubaix-Hem
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      Résurrection de Jésus : résurrection de Femmes !

Résurrection de Jésus : résurrection de Femmes !

Homélie du 30 avril 2017

L’écoute attentive d’un paroissien du récit de la passion selon St Jean, ce vendredi saint, lui a fait me poser une question : « Michel, ai-je bien entendu ? « A la croix de Jésus se tenaient sa mère et la sœur de sa mère, Marie, femme de Cléophas et Marie de Magdala » Jn 19,25. « Y a-t-il un lien entre ce texte de Jean et celui de Luc dans les disciples d’Emmaüs ?
Il faut d’abord dire qu’il y a en effet de profondes affinités entre l’Evangile de Luc et celui de Jean, sur la question des samaritains, des femmes, de l’Esprit…
Mais tous deux vont créer aussi des récits d’apparitions de Jésus en écho aux récits de la création en Genèse


Pour Jean, comme dans tout son Evangile, la résurrection de Jésus c’est aussi la résurrection de la FEMME, bien malmenée dans la finale du chapitre 3 de la Genèse où, après avoir pris le fruit de l’arbre, elle enfante dans la douleur et où l’homme la domine.
Or, à trois reprises, Jean parle du JARDIN à la mort et à la résurrection de Jésus en écho au jardin de la genèse. Et que se passe-t-il dans le jardin du Golgotha ? Dans la même phrase il est dit :
« D’un côté, quatre soldats crucifièrent Jésus, lui prirent ses vêtements et se les partagèrent en quatre parts, une pour chacun…d’un autre côté, se tenaient DEBOUT auprès de la Croix de Jésus, sa mère et la sœur de sa mère, Marie, femme de Cléophas et Marie de Magdala » Jn 19,23-25 D’un côté quatre hommes soldats, symboles de la violence, de l’hostilité, et de la mort : « Ils crucifient, ils prennent et se partagent les dépouilles » !
D’un autre côté, quatre femmes qui se tiennent DEBOUT au plus près de la Croix de Jésus ! Elles ne sont pas « loin » de la croix ou « à distance » comme dans Marc ou Matthieu, non, elles sont au plus près de la croix, dans une proximité d’amour et elles sont DEBOUT, dans l’attitude de la résurrection et de la vie.

Ces quatre femmes sont l’icône de l’Eglise dans toute son identité féminine :

  • la mère de Jésus c’est pôle maternel de l’Eglise,
  • la sœur c’est le pôle fraternel de l’Eglise,
  • la femme c’est le pôle nuptial de l’Eglise,
  • Marie de Magdala, c’est le pôle amoureux et apostolique de l’Eglise.

De ces quatre femmes, Jean va encore en souligner deux : la première et la dernière. La mère de Jésus devient « LA FEMME » à qui Jésus parle en premier en disant : « FEMME, voici ton fils » ! Voilà la femme de la Genèse restaurée dans toute sa dignité qui enfante une humanité nouvelle de fils et de frères. « Et à partir de cette heure-là, le disciple la reçut dans ce qu’il a de plus intime » ! La femme n’est plus dominée par l’homme. Elle est reçue comme un don à qui l’homme lui fait partager ce qu’il de plus précieux.

Mais ce n’est pas tout, dans le jardin de la résurrection, Dieu en Jésus se remet à parler à la femme, non pour la condamner comme en Genèse, mais pour lui parler d’amour : « FEMME, pourquoi pleures-tu ?...Qui cherches-tu ? Maryam…Rabbouni ! » C’est le retournement du jardin d’Eden ! « Maryam…Rabbouni… » On se dit les mots d’amour dans sa langue maternelle.
La résurrection de Jésus c’est aussi la résurrection de la femme, le retournement de l’Eden, la reconnaissance de l’amour entre nous et Jésus !

Alors oui, il y a un lien étroit entre cet Evangile de Jean et l’Evangile de Luc !
Alors oui, la résurrection de Jésus en Luc sera aussi la résurrection de la femme, je dirai plus, la résurrection du couple HOMME/FEMME. Luc est le seul à ouvrir son Evangile de l’enfance de Jésus en nous mettant en présence de trois couples : deux couples âgés : Zacharie et Elisabeth et Siméon et Anne et un couple jeune : Joseph et Marie. C’est avec ce dernier couple Joseph et Marie que va se terminer les récits de l’enfance avec leur pèlerinage à Jérusalem, récit qui est en relation directe avec le récit des pèlerins d’Emmaüs.
Agé de 12 ans, Jésus se rend en pèlerinage à Jérusalem avec ses parents, Marie et Joseph. Et le voilà dans le Temple à écouter, interroger et répondre avec intelligence aux questions des docteurs de la loi tandis que ses parents sont dans l’angoisse quand ils découvrent son absence.
Et voilà nos deux pèlerins en marche vers Emmaüs avec un Jésus adulte et vivant qui répond à leurs questions, leur interprètent et leur ouvrent les écritures alors qu’ils sont dans l’angoisse à l’idée de la mort et de l’absence de Jésus.
Aux deux couples, Jésus va donner le sens de son histoire et de celle du monde :
A Joseph et à Marie : « Ne saviez-vous pas qu’il me faut être chez mon Père ? » Lc 2,49
A Cléophas et à Marie : « Ne fallait-il pas que le Christ souffrit cela pour entrer dans sa gloire » Lc 24, 32
Aux deux couples qui s’interrogent sur la vie et la mort, Jésus leur interprètent sa vie et sa mort.

Car il s’agit bien d’un couple qui marche vers Emmaüs et non deux hommes comme le veut notre subconscient et une longue histoire de l’interprétation et de la peinture car le chemin d’Emmaüs est aussi un chemin d’Eden, un renversement du jardin d’Eden.
Au jardin d’Eden, quand la femme « prend » le fruit de l’arbre et le donne à l’homme, le texte dit : « Alors leurs yeux à tous deux s’ouvrirent et ils reconnurent qu’ils étaient nus » Gn 3,7. Et à l’auberge d’Emmaüs, quand Jésus donne le pain fractionné à l’homme et à la femme, Luc dit : « Alors leurs yeux à tous deux s’ouvrirent et ils LE reconnurent » Lc 24,31

Au repas de la Genèse s’oppose le repas d’Emmaüs. Au repas de la Genèse où la femme et l’homme veulent devenir comme des dieux en s’accaparant, en prenant le fruit de l’arbre de la connaissance du bien et du mal et où leurs yeux, alors, s’ouvrent pour se découvrir vulnérables et mortels, se donne à voir un autre repas celui d’Emmaüs : ici le couple ne prend plus le pain c’est Jésus qui « prend le pain, prononce la bénédiction, le rompt et le leur donne ». Alors leurs yeux à tous deux s’ouvrirent et ils LE reconnurent ». Homme et Femme viennent de manger le pain de vie, celui qui donne la vie éternelle. Un monde nouveau s’engendre à la table d’Emmaüs : c’est la résurrection du couple Homme/Femme.

« Et aussitôt il se levèrent pour retourner à Jérusalem ». Oh non, le verbe utilisé veut dire « Ressusciter » : « Et aussitôt ils ressuscitèrent !!! »

Voilà comment, « le premier jour de la semaine », Luc 24,1 et Jean 20,1, dans Luc et Jean, la résurrection de Jésus s’écrit en écho du jardin d’Eden, en renversement du jardin d’Eden :
Certes la résurrection de Jésus c’est la victoire de la lumière sur les ténèbres, la victoire de la vie sur la mort mais c’est aussi la résurrection de la Femme, la résurrection du couple Homme/Femme :
C’est la victoire de l’amour des femmes sur la violence des hommes avec le récit des 4 soldats et des 4 femmes à la Croix de Jésus !
A la suite de ces femmes nous tiendrons-nous toujours au plus près de la Croix de Jésus dans l’amour ?
A la suite de ces quatre femmes, l’Eglise saura-t-elle faire resplendir son côté maternel et fraternel, nuptial et amoureux ?
C’est la victoire aussi de l’hospitalité donnée par ce couple à Emmaüs à Jésus et la victoire de la vie donnée par Jésus dans le pain fractionnée comme sa vie brisée et livrée !
Comme ce couple d’Emmaüs saurons-nous poser des signes d’hospitalité et devenir pain de vie pour le monde ?
Alors maintenant vous avez la réponse à la question de Philippe : « Y a-t-il un lien entre le texte de Jean et celui de Luc dans les disciples d’Emmaüs ? ». Bien sûr que oui !
« Au pied de la croix, parmi les 4 femmes, il y avait Marie, FEMME de CLEOPHAS ». Voilà la femme de Cléophas. Elle s’appelait Marie et c’est elle qui « s’entretenait et discutait avec son mari » sur le chemin d’Emmaüs. C’est l’une de ces femmes qui « s’étant rendue de grand matin au tombeau a eu une vison d’anges qui déclarent Jésus Vivant » mais qui se demande ce que cela veut dire et qui en discute sérieusement avec son mari.
C’est Marie, avec Cléophas son mari, qui force Jésus à demeurer avec eux comme Lydie force Paul à entrer chez elle pour y demeurer en Ac 16,15 (seuls occurrences du verbe « forcer » dans le N.T. !).

Alors leurs yeux à tous deux s’ouvrirent et ils LE reconnurent ». Et ils ressuscitèrent, brûlés par la parole de Jésus et nourris du Pain de Vie, de l’arbre de Vie

En savoir plus

(voir l’icône d’Emmaüs peinte par une moniale de l’Abbaye d’Abu Gosh en Israël)
Le 2ème évêque de Jérusalem sera Siméon, « fils de Cléophas et de Marie ».
Seul, de tout le N.T, Luc utilise la forme féminine grecque pour « disciple » pour désigner une femme-disciple en Ac 9,36 !!!

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