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      Jeudi Saint « Corps parfumé, corps dénudé ! »

Jeudi Saint « Corps parfumé, corps dénudé ! »

Nous connaissons tous l’originalité de l’Evangile de Jean d’avoir remplacé le récit de l’eucharistie par le lavement des pieds. Mais il y a une autre originalité encore plus étonnante opérée par cet Evangile de Jean. C’est d’avoir juxtaposé deux lavements des pieds l’un après l’autre en transformant une onction d’huile sur la tête de Jésus dans les autres Evangiles par une onction d’huile sur les pieds de Jésus.


La stricte juxtaposition du récit de l’onction des pieds de Jésus par une femme au chapitre 12 de St Jean et du récit du lavement des pieds des disciples par Jésus au chapitre suivant 13 n’est pas un hasard !

De plus ces deux récits sont aux endroits stratégiques de cet Evangile. L’onction des pieds de Jésus par une femme est la conclusion de toute la première partie de l’Evangile de Jean appelée le livre des SIGNES 1 à 12 ! et le lavement des pieds des disciples par Jésus est le début de la 2ème partie de l’Evangile de Jean appelée le livre de la GLOIRE 13 à 20 !

De plus l’onction des pieds de Jésus à Béthanie fait inclusion avec le repas des noces de Cana qui a ouvert l’Evangile. Du repas des noces de Cana (2) au repas nuptial de Béthanie (12), voilà Jésus désigné, révélé, comme l’EPOUX. Voilà l’amour de Dieu qui s’est rendu visible en son Fils Jésus incarnant la figure de l’Epoux, du Bien-aimé ! Et il y en a une qui a bien compris cela c’est Marie de Béthanie !
Alors « Marie, au cours du repas, prit une livre de parfum de grand prix, du pur extrait de nard et oignit les pieds de Jésus, puis essuya les pieds de Jésus avec ses cheveux et la maison entière embaumait » Jn 12, 3 (**)

Il est impossible de ne pas saisir la dimension amoureuse, sensuelle, passionnée d’un tel geste que Jésus ne refuse pas. Il se laisse toucher et oindre les pieds par les mains de Marie. Il se laisse toucher et caresser les pieds par les cheveux de Marie qui s’imprègnent de la même flagrance du parfum le plus pur qui embaume toute la maison !

Nous sommes en plein Cantique des Cantiques qui chante, par les parfums, l’amour de la Bien-aimée et de son Bien-aimé : « Mon bien-aimé est allongé sur sa couche et mon nard donne tout son parfum » Ct 1,12 (***)
La beauté, la sobriété et la solennité des gestes dans le silence où s’impliquent les deux corps de Marie et de Jésus révèlent que Dieu n’est qu’amour.
Comment Jésus ne s’est-il pas laissé impressionner, marquer et toucher par ce geste de Marie quand lui-même, à la scène suivante, au chapitre suivant, « il se lève, au cours du repas, dépose ses vêtements, prend un linge dont il se ceint, ensuite verse de l’eau dans un bassin et commence à laver les pieds des disciples et les essuie avec le linge dont il est ceint » Jn 13, 4-5

De même que Jésus a expérimenté, dans tout son être et tout son corps, combien les gestes de Marie exprimaient l’amour, à son tour, il veut accomplir ce geste à l’égard de ses disciples, appelés « amis » dans cet Evangile, pour leur exprimer tout son amour.

Les mêmes gestes sont refaits dans le même silence avec la même gravité, mais cette fois-ci c’est lui Jésus qui lave les pieds de ses disciples, dans un autre corps à corps : celui du Maître et de ses disciples.
Ce n’est pas un simple geste d’hospitalité comme on le dit parfois, car le lavement des pieds se faisait en entrant dans la maison et pas en plein milieu d’un repas comme le fait Jésus.

L’amour de Dieu ici, par le corps de Jésus, ira jusqu’à toucher, laver, essuyer les pieds de ses disciples en silence. C’est cela aimer jusqu’au bout !
Comme Marie de Béthanie exprimait tout son amour pour Jésus dans un corps à corps, Jésus exprime tout son amour pour ses disciples dans un corps à corps !
Mais il y a encore plus à comprendre, un plus de sens qu’il faut oser franchir, si nous situons cette scène dans la perspective de la passion comme nous y conduit l’auteur. Il n’y a qu’un seul autre texte dans tout l’Evangile de Jean où il est dit que Jésus « dépose ses vêtements » : c’est au Golgotha en 19,23 : « Lorsqu’il eurent crucifié Jésus, ils prirent ses vêtements » !

En un geste prophétique, voilà Jésus ici « déposant aussi ses vêtements » ( Le terme grec est au pluriel) et pas simplement « son manteau ». Le costume des gens de l’époque se composait de deux pièces : la tunique et le manteau. Jésus se défait de tous ses vêtements pour se ceindre d’une serviette. A-t-on mesuré l’impact de ce geste fait en silence mais plus parlant que n’importe quel discours ? Peut-être encore plus parlant et plus révélateur que le « Ceci est mon corps » de l’eucharistie en montrant le pain. Chez Jean, à la place de l’eucharistie, le corps de Jésus est là, montré, dénudé et ce corps touche aussi le corps de ses amis. Ce qui parle ici, dans le plus pur silence, c’est le corps de Jésus qui se lève, se dénude, prend un linge, verse de l’eau, lave puis essuie les pieds des disciples.

Comme geste prophétique, « le corps dénudé » de Jésus dérange et subvertit le bon ordre de l’organisation sociale, il dérange et subvertit le partage entre ceux qui ont le pouvoir et ceux qui ne l’ont pas, il dérange et subvertit une certaine configuration entre le bas et le haut, le Bas touché par le Haut se trouve comme sanctifié par le Haut ! Comme dit Jean Vanier, « le lavement des pieds est un geste d’amour » qui témoigne de l’égalité fondamentale de tous et toutes, dans un geste qui met à l’avant scène le corps de chacun, dans sa fragilité et sa beauté.

Comme le corps à corps de Jésus avec Marie et ses disciples devient le lieu même de la révélation de l’amour de Dieu, puisse notre corps à corps avec tous nos frères devenir l’expression de ce même amour et révéler notre désir d’une société qui abolit toutes les distinctions oppressantes de pouvoir, de présidence, de race, de sexe, de religion…

Entrons dans ce geste corporel de l’amour ! Après avoir lavé les pieds de certains, nous nous laverons les mains les uns des autres pour que vraiment nous soyons dans notre corps plutôt que dans notre tête pour dire que nous nous aimons et que nous voulons une Eglise et une société où chacun et chacune est reconnu dans ses fragilités comme dans ses beautés, dans ses hauts comme dans ses bas, dans son corps comme dans son esprit.

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