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Homélie veillée de Noël 2016 : Noël : une histoire d’Ane et de bœuf !

Au commencement de l’Eglise et de la foi chrétienne était l’annonce de la mort et de la résurrection de Jésus de Nazareth. Pas un mot de Paul sur la naissance et l’enfance de Jésus !


Les années passant, par les catéchèses données aux nouveaux baptisés, par la confrontation avec le monde environnant, dans le souci de répondre à des questions pastorales, les chrétiens se mettent à réfléchir en profondeur à cette question : QUI EST CE JESUS en qui nous croyons. Qui est-il au plus profond de lui-même ? Pour qui est-il venu ? Qu’apporte-il d’extraordinaire au monde ? Et ils composent les Evangiles. Et ils composent et ils inventent les récits de la naissance et de l’enfance de Jésus.
Et derrière ces récits merveilleux, légendaires et mythiques, ils disent des paroles fortes de foi sur Jésus, non seulement mort et vivant mais sur Jésus Fils de Dieu, sur Jésus, Fils de David, sur Jésus, Nouveau Moïse, Nouveau Samuel, Nouveau Joseph, sur Jésus Sauveur et Lumière des nations et Gloire d’Israël.
Et les années passant, l’Eglise va enrichir encore ces récits de la naissance et de l’enfance de Jésus en les enjolivant de détails légendaires mais « détails » disant eux-aussi des vérités théologiques fortes.
Et c’est ainsi qu’au cours du temps sont apparus dans la crèche, aux côtés de la mangeoire de Jésus : un âne et un bœuf !
Ainsi en est-il déjà dans l’Evangile du Pseudo Matthieu (§14) du 6ème siècle où il est dit « Marie mit son enfant dans la mangeoire et le bœuf et l’âne l’adorèrent ». Mais cette représentation de la nativité avec un âne et un bœuf est déjà inscrite sur un sarcophage romain datant de l’année 343. Mais c’est bien sûr St François d’Assise qui a voulu qu’un bœuf et un âne soient présents dans la grotte de Greccio dans la nuit de Noël. Et depuis lors, le bœuf et l’âne ont leur place dans toutes les crèches !
Ces chrétiens du 4ème siècle, 6ème siècle et 12ème siècle ont introduit ces animaux près de la mangeoire pour approfondir des vérités théologiques sur le sens de cet événement si important dans l’histoire du monde : la naissance de Jésus « l’Emmanuel » « Dieu dans notre histoire ».
Le bœuf et l’âne ne sont pas simplement des produits de l’imagination de ces chrétiens ni de beaux éléments de décor dans une crèche. Ils renvoient à la foi de l’Eglise dans l’unité de l’Ancien et du Nouveau Testament. Cet événement de la naissance de Jésus vient mener à terme, à leur accomplissement les puissantes symboliques de l’âne et du bœuf tels qu’elles sont écrites dans la première alliance.
La naissance de Jésus c’est la réalisation de la prophétie de Balaam sur Israël dans le livre des Nombres dans la Bible. Voilà un âne qui voit plus clair que son maître et qui ne veut pas que son maître Balaam maudisse Israël. Ce mage Balaam, un mage païen et ennemi d’Israël, au lieu de maudire Israël, va être amené par son âne à BENIR Israël et à annoncer la levée, un jour, d’une étoile, d’un astre qui va illuminer le monde. (Nb 22à 24)
Aussi l’âne est là à la crèche pour dire que cet enfant qui vient de naître, ce Jésus de Nazareth, c’est l’homme-Dieu des bénédictions et non des condamnations, l’homme-Dieu de la fécondité et de la croissance et non celui des anathèmes et de la mort.
L’enfant de la crèche deviendra dans St Luc l’homme-Dieu vivant et ressuscité qui « bénit » ses disciples Luc 24,51 ! L’enfant de la crèche apporte la bénédiction de Dieu sur le monde ! Soyons, en cette nuit de Noël, des hommes et des femmes de bénédiction comme Jésus !
Mais les chrétiens du 4ème siècle, 6ème siècle et 12ème siècle ont compris aussi que cet enfant qui vient de naître est l’accomplissement de toutes les prophéties du peuple d’Israël (*) et notamment celle qui parle d’un Messie-Roi qui entrera dans Jérusalem « doux et humble et monté sur un âne » Za 9,9. C’est le portrait d’un roi idéal. Mais contrairement aux idées les plus répandues, ce ne sera pas un roi puissant et équipé militairement. Sa monture est celle des gens ordinaires, celle qu’on utilise en temps de paix. C’est donc sur un âne que Jésus entrera dans Jérusalem. C’est donc entouré d’un âne qu’il naîtra couché dans une mangeoire.
Aussi l’âne est là à la crèche pour dire que cet enfant qui vient de naître, ce Jésus de Nazareth, c’est l’homme-Dieu de la douceur et non de la violence, l’homme-Dieu de la paix et non de la guerre. Soyons, en cette nuit de Noël, des hommes et des femmes de douceur et de paix comme Jésus !
Les chrétiens du 4ème siècle, 6ème siècle et 12ème siècle ont enfin compris que cet enfant qui vient de naître vient aussi chambouler, casser, renverser, subvertir certaines des représentations sur Dieu qui courent encore dans nos esprits et dans le monde. Les lois du pur et de l’impur, des ségrégations et des séparations, les lois du sacré et de profane : toutes ces lois qui engendrent de la violence, de l’exclusion, de l’apartheid, sont périmées avec l’arrivée de cet Enfant-Dieu. Il est là couché dans une mangeoire, « entouré d’un âne et d’un bœuf » ! C’est un mélange hybride, interdit selon la loi du deutéronome : « Tu ne mettras pas ensemble un bœuf et un âne, comme tu ne t’habilleras pas avec une étoffe hybride de laine et de lin » Dt 22,10-11 Car l’âne est un animal impur et le bœuf un animal pur. Les mettre ensemble c’est un mélange interdit par la loi ! Comme il est inimaginable de penser qu’une personne puisse être à la fois Homme et Dieu : c’est un mélange interdit par la loi !
Aussi l’âne et le bœuf sont là à la crèche pour dire que cet enfant qui vient de naître, ce Jésus de Nazareth, c’est l’homme-Dieu qui vient abolir toutes les frontières, les ségrégations et les discriminations, c’est l’Homme-Dieu qui vient casser tous les murs de la haine. Soyons, en cette nuit de Noël, des hommes et des femmes d’ouverture fraternelle comme Jésus.

En savoir plus

(*) en plus de cette prophétie de Zacharie, deux autres textes seront interprétés par l’Eglise comme une annonce messianique de la naissance de Jésus entre un âne et un bœuf :
1° celui du prophète Isaïe qui annonce :
« Un bœuf connaît son propriétaire et un âne la mangeoire chez son maître : mais Israël ne connaît pas, mon peuple ne comprend pas » Is 1,3
Mais à la crèche le bœuf (Israël) et l’âne (Nations païennes) reconnaissent Dieu en Jésus !
2° celui du prophète Habaquq dans la version grecque des LXX qui dit :
« Seigneur, j’ai entendu ton message…
Au milieu de deux vivants, tu seras connu,
A l’approche des années, tu seras reconnu,
Au moment favorable, tu seras proclamé » Hab 3,2
Voilà une triple révélation de Dieu qui sera interprétée comme l’annonce de la manifestation du Christ.
L’expression « entre deux vivants » a été interprétée par les pères de l’église en différents sens : « entre les deux chérubins » du temple, « entre Moïse et Elie », « entre les deux larrons », et enfin « entre les deux animaux » zvvn en grec signifiant : « tout être vivant, homme ou animal » ! Les deux vivants deviennent les deux animaux (l’âne et le bœuf) entre lesquels est né Jésus !

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1 réaction


28 décembre 2016 02:05, par Maurice LEURENT

Merci Michel de m’aider,une fois encore, à donner du SENS aux "belles histoires" donc je suis imprégné depuis l’enfance.
Tu me permets de mieux comprendre l’importance et la force des messages dissimulés derrière ces récits merveilleux difficiles à croire aujourd’hui.
Oui la parole nous enseigne vraiment, elle est toujours véridique.

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