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      Homélie du JEUDI SAINT 2017

Homélie du JEUDI SAINT 2017

« Aimer jusqu’à achèvement » !

On n’a jamais trop bien vu, qu’en réalité le dernier repas de Jésus dans St Jean est composé de 2 scènes et non pas simplement de la scène du lavement des pieds. Or c’est l’ensemble du récit qui fait sens !


1ère scène : Jésus « debout » se met à laver les pieds de tous ses disciples, y compris de Juda !
2ème scène : Jésus « assis » se met à donner à manger le pain à Judas !
Et ces 2 scènes sont encadrées par une double mention de Judas :
« Au cours du repas, le Diable mit au cœur de Judas Iscariote, fils de Simon, la pensée de le livrer » Jn 13,2
« Quant à Judas, il prit le morceau de pain donné par Jésus et aussitôt, il sortit. Il faisait nuit » Jn 13,30 Le repas est alors terminé pour St Jean !
De plus Judas est mentionné 8 fois dans ce texte mais par contre cet Evangile de Jean ne dira rien de son suicide !

Et ces 2 scènes sont également encadrées par une double mention de l’amour de Jésus : au verset 1 :
« Jésus, sachant que son heure était venue, l’heure de passer de ce monde à son Père, lui, qui avait aimé les siens qui sont dans le monde, les aima jusqu’à l’accomplissement » Jn 13,1
Et au verset 34 : « Comme je vous ai aimés, vous aussi aimez-vous les uns les autres ». Le repas est alors terminé pour St Jean !

C’est l’ensemble de cette structure qui donne donc sens à cet « Aimer jusqu’à l’extrême, jusqu’à l’accomplissement » ? à cet « aimer comme Jésus ».
Pour aller jusqu’à l’extrême, pour s’achever, l’amour de Jésus devra aimer ce Judas dont la trahison va le conduire à la mort. Notons aussi tout de suite que l’auteur de l’Evangile fait bien la part des choses : C’est le Diable qui met dans le cœur de Judas la pensée de trahir Jésus. Il y a un mal, une force du mal qui excède, qui dépasse le pécheur ! Le véritable auteur de la trahison et de la mort de Jésus, c’est le Diable, le Diviseur de la communion ! Jésus saura toujours faire la part entre la miséricorde absolue à l’égard du pécheur et l’absence de complaisance à l’égard du péché et de son instigateur : le diable, le Prince de ce monde qu’il est venu « jeter dehors » « mettre par terre » comme Jean le dit Jn 12,31 !

Eh bien ce Judas, ce pécheur et ce traître, Jésus va poser à son égard deux gestes d’infinie miséricorde, deux gestes d’amour infini ! ! !

D’abord ce geste éloquent, sans parole, du lavement des pieds. En clair : Jésus lave les pieds de TOUS ses disciples. TOUS sont baignés alors qu’un seul trahit. Tous sont impliqués dans l’errance d’un seul d’entre eux. Mais tous bénéficient de la grâce réservée au traître. Jésus aurait pu l’exclure et de son geste d’amour et de son repas d’alliance. Jésus ne se fera pas l’ami du Diable, du diviseur de la communion. Il se fera l’ami de la communion même avec celui qui se met en dehors de la communion ! L’élu, « celui qui a été choisi par Jésus » reste élu de l’intérieur de sa défection ! Quel amour de Jésus que de croire jusque dans l’infidélité de son élu ! Il reste la brebis perdue pour laquelle le Pasteur fait plus que pour les autres qui ne se perdent pas. L’amour de Jésus s’exerce en faveur de tous par un surcroît de délicatesse à l’égard de Judas qui ne peut pas se sentir visé tout seul : « Qui peut se dire pur tout entier » ? De cette trahison qui les touche tous, les disciples sont tous lavés, purifiés, baigné. L’amour de Jésus, le Maître et le Seigneur, va jusque-là : il reste le Dieu fidèle à son alliance dans l’infidélité même de ses élus ! Fidèle à son amour jusqu’au bout, il lave les pieds de Judas, son disciple, le traître, mais celui qui a été « élu » et « choisi » par Jésus qui dit « je connais ceux que j’ai élus » Jn 13,18 et à qui Jésus ne retire pas son alliance, sa communion !

Et puis il y a ce 2ème geste qu’on oublie souvent puisque la lecture arrête le texte avant : or par 4 fois il y sera dit que Jésus donne le morceau de pain à Judas et à lui seul ! ( en Orient ce mot utilisé 4 fois par St Jean « psômion » « bouchée » désigne le pain consacré pour l’eucharistie). Et d’ailleurs, tous les mots renvoient à l’eucharistie : « Celui qui mange le pain avec moi » 13, 18 ; « Jésus, ayant trempé la bouchée, la prend, et la donne à Judas… » « Manger le pain, le prendre et le donner » : voilà trois verbes caractéristiques de l’eucharistie !

Voilà donc comment l’amour de Jésus à l’adresse du disciple qui le trahit atteint son achèvement : dans ce geste de donner le pain, l’eucharistie à Judas ! ! ! Ce don de la bouchée de pain trempé de Jésus à Judas est un geste d’alliance, un geste de prédilection du père de famille juive à l’égard de l’hôte de marque, un geste de respect du Maître du repas en faveur de l’invité ! Jean reprend ici, mot pour mot, le geste d’alliance et d’amour que fait Booz à l’égard de Ruth dans le livre du même nom : « Au moment du repas, Booz dit à Ruth : « Approche-toi, mange ce pain et trempe ta bouchée dans le vinaigre » Rt 2,14

Ce don du pain au seul Judas est un geste d’amour, dans l’amour et pour montrer jusqu’où peut aller l’amour de Jésus : jusqu’à l’extrême !
En donnant l’eucharistie au seul Judas, « Jésus donne le gage de son amour inconditionnel au disciple le plus indigne » !

Dans le lavement des pieds, tous sont lavés, purifiés, bien qu’un seul ne soit pas pur ! Ici, un seul est aimé, Judas, pour que tous prennent conscience que l’amour de Jésus va jusque dans les abîmes du péché et de la trahison !

Et Jésus de tirer pour nous les conséquences de ces deux gestes posés :
« Comme j’ai fait pour vous, dans le lavement des pieds, faites-le vous aussi » Jn 13, 15
« Comme je vous ai aimés, dans le geste du don du pain, vous devez vous aussi vous aimez les uns les autres » Jn 13, 34
Ce « comme » du lavement des pieds, de la purification et du pardon donné à celui qui trahit et ce « comme » du don du pain, de l’amour absolu même en faveur de qui n’aime pas en retour, nous trace notre chemin de chrétien en ce 1er jour du triduum pascal.
Malgré le mal et la mort qui vont s’abattre sur Jésus, Jésus va « aimer les siens jusqu’à l’extrême » : rien en lui ne va répondre à la haine par la haine, à la trahison par l’infidélité, à la violence par la violence.

A ce déchaînement du mal contre Jésus, Jésus répond par le pardon offert à genoux devant Judas et par le geste de la communion et de l’alliance offert à Judas malgré sa trahison. Voilà à quel amour extrême nous nous engageons comme chrétiens et amis de Jésus en ce jeudi saint. Aimer comme Jésus…d’un pardon et d’une alliance indéfectible…même ceux qui trahissent, livrent, et défigurent l’amour et l’amitié qu’est Jésus ! N’exclure personne, y compris de l’eucharistie, même ceux qui en sont indignes ou ceux qu’on estime indignes !

Et Jean de conclure : « C’est à cet amour que tous vous reconnaîtront comme mes disciples » Jn 13, 35

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