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      Homélie du 7/10/ 2018 : L’humain, homme et femme

Homélie du 7/10/ 2018 : L’humain, homme et femme

Comme dimanche dernier, je ne vais commenter que la célèbre lecture du livre de la Genèse tant ce texte a prêté à sourire et à légitimer l’infériorité de la femme par rapport à l’homme car la femme serait créée après l’homme et viendrait de la côte de l’homme !!!


Ce texte est en réalité un mythe (un récit légendaire à but théologique) qui entend répondre à cette question essentielle : qu’est-ce qui constitue l’humanité ? Quelles sont les relations vitales indispensables à l’être humain ?

Il a commencé par répondre que l’être humain se définit par sa relation à la terre : il est un être d’argile et de poussière : la mort est inhérente à sa condition humaine. Mais il est aussi un être de souffle divin. Il participe au divin par la parole, par sa mission de gardien de la terre et de serviteur de la Parole de Dieu : (Gn 2,4b-17)
Mais s’il a besoin, pour vivre, d’être en relation avec la terre et avec Dieu, l’être humain ne saurait vivre sans RELATIONS vitales. Il a besoin d’être en relation avec des « semblables » ! et nous arrivons à notre texte avec cette première affirmation :
« Il n’est pas BON que l’être humain soit à sa SOLITUDE  » ! Gn 2,18a

Après 6 cris d’admiration de Dieu en Genèse 1, « Dieu vit que cela était bon et même très Bon  », répété 6 fois pour la création, voilà un 7ème cri de Dieu : il y a quelque chose qui n’est pas BON ! et ce qui n’est pas bon pour l’être humain c’est la SOLITUDE.
Qohelet, sage de la Bible, citant ce texte, ira encore plus loin : «  Malheur à celui qui est SEUL ! A deux on est mieux que seul ! » Qo 4,10 ». Pour Qohéleth comme pour la Genèse, l’être humain est d’emblée convivial, solidaire, fraternel. La finalité de l’être humain, c’est la joie d’être AVEC les autres, de se porter mutuellement assistance, d’être ensemble face à tous les problèmes de la vie.

Ne laissons personne « dans sa solitude », c’est un danger mortel ! A l’ère des communications, combien de personnes se sentent seules, isolées, abandonnées ?

Alors Dieu dit : « Faisons-lui un secours comme un vis-vis  ». Que les mots français sont faibles pour traduire l’intensité et la force de la formule hébraïque !
Le secours (*), l’aide dont il est ici question, décrit toujours dans la Bible une intervention indispensable pour sauver quelqu’un d’un danger mortel et qui est toujours quasiment le fait de Dieu. L’aide qui adviendra à l’être humain n’est pas une aide-ménagère, une femme à la cuisine c’est une RELATION de VIE qui sort l’être humain de la mort qui le guette s’il reste seul !

Cette relation sera « Comme son vis-vis » ! c’est-à-dire comme quelqu’un qui est en face, qui fait face, avec même une nuance de confrontation et d’affrontement. Cette relation de vie, qui a quelque chose de Divin, qui va constituer l’être humain c’est un face-à-face, dans la dualité, l’altérité, la confrontation. Et cette expression induit même le fait de « raconter, rapporter, communiquer. L’autre, en face de moi, est alors destiné à être un « correspondant », un « répondant », un « communiquant » !
Voilà le « secours » que Dieu donne à l’être humain pour qu’il soit définitivement « humain » !
Nos relations sont-elles à ce niveau d’exigence que Dieu veut. Des relations de face à face dans le respect de l’altérité de l’autre, dans la nécessaire confrontation de l’un à l’autre, dans le dialogue de l’un avec l’autre ?

Et nous arrivons à l’anesthésie et à la fameuse côte ! « Dieu fit tomber une torpeur sur l’être humain qui s’endormit ; il prit une de ses côtes et referma la chair à sa place ». Notons que depuis le début, l’auteur de notre texte parle toujours de l’être humain, de l’humanité : il n’y est pas question de l’homme-mâle duquel serait tirée une côte !

Et en plus, jamais le mot hébreu « Tsela » n’a signifié « côte » La fameuse « côte » d’Adam n’a jamais existé, sinon pour ridiculiser la femme et l’inférioriser par rapport à l’homme.
Le mot, dans la Bible, désigne toujours et obstinément un « côté », le côté de l’arche d’alliance, le côté du Temple (**) !
Pas l’ombre d’un os donc mais l’affirmation que l’être humain ne devient pleinement humain que lorsque deux êtres forment comme les deux côtés d’un même être, sans fusion, ni confusion, chacun gardant sa personnalité, son individualité.

Et en allant encore plus loin, compte tenu du mot souvent utilisé pour le côté du Temple, l’auteur semble suggérer aussi que ces deux êtres humains sont comme les deux côtés du temple, les deux faces, les deux facettes de la présence de Dieu !

Et ce n’est qu’à partir de ce moment là que le récit va parler de l’homme et de la femme. « Sur quoi, l’homme abandonnera son père et sa mère et s’attachera à sa femme et ils deviendront une chair unique » Gn 2,24

Il s’agit pour l’homme et la femme de devenir chacun une personne unique, singulière, irréductible l’une à l’autre dans le cadre d’une relation d’alliance, d’affection et d’amour ( c’est le sens du mot « s’attacher » (***) dans la bible).

Voilà ce à quoi nous renvoie Jésus quand il nous demande que toutes nos relations, à fortiori les relations de l’homme et de la femme, se vivent au soleil du projet de Dieu en Genèse !
Des relations de vie qui sortent les hommes et les femmes des solitudes qui peuvent conduire à la mort !
Des relations de vie qui font exister les autres comme des vis-vis dans la différence, le dialogue et la confrontation !
Des relations de vie qui disent la complémentarité des uns et des autres, qui laissent émerger les différentes facettes, les différents côtés des uns et des autres !
Des relations de vie qui renoncent à la mainmise de l‘un sur l’autre pour faire place à l’alliance, à l’affection et à l’amour.
Des relations de vie qui visent à réaliser l’unité, l’unicité de l’un et de l’autre en habitant chacun et chacune ses différences et en assumant chacun et chacune ses limites, ses faiblesses et ses fragilités !

En savoir plus

(*) « ezer » = Ex18,4 ; Ps 33,18-20 ; Os 13,9

(**) « tsela » = le côté de l’arche en Ex 25,12 et du tabernacle en Ex 26,20 ; le côté du temple en Ez 41,5 et 1R 6,5

(***) « davaq » = alliance avec Dieu en Dt 11,22 ; affection en Rt 1,14 ; amour en Gn 34,3

A lire l’excellent livre d’André Wénin : D’Adam à Abraham ou les errances de l’humain Cerf 2007

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