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      Homélie du 6 mai 2018 : Aimer au cœur des conflits

Homélie du 6 mai 2018 : Aimer au cœur des conflits

Les discours d’adieu de Jésus après la scène dans l’Evangile de Jean répondent essentiellement à deux questions : Comment vivre et comprendre le départ de Jésus (Jn14) puis comment vivre en église dans la communauté chrétienne après Pâques (Jn15) ?
Chaque Evangile a sa conception de l’Eglise et du vivre ensemble : celle de Jean est très originale et même étonnante.


Les images ou métaphores utilisées par les uns et les autres en disent long de leur conception de l’Eglise. Parler, par exemple comme Paul, de l’Eglise comme d’une « construction qui a pour fondation les apôtres et les prophètes et dont Jésus est la pierre de voûte » (Ep2,20) souligne fortement les rapports institutionnels et d’autorité entre les parties et l’image de la pierre est assez rugueuse et glaciale ! Parler au contraire de l’Eglise comme d’une VIGNE va induire une ecclésiologie d’ADHESION, de RELATION, d’INTIMITE, d’EGALITE. Jésus, dans cette métaphore, n’est pas seulement le cep, selon une traduction malheureuse, mais « IL EST TOUTE LA VIGNE », c’est-à-dire la somme des sarments en même temps que le principe vital qui fonde leur existence et assure leur unité. Les disciples sont ici inclus en Jésus, à l’exemple des sarments réunis en un seul pied de vigne.
Et l’auteur va tirer les conséquences de cette métaphore sur la vie de l’église dans sa communauté et dans le monde en deux volets antithétiques : l’un traite d’AMOUR (15,9-17) et l’autre de HAINE (15, 18-27).
Par 12 fois, dans ces versets 9 à 17, il sera question d’amour. Partant de l’amour du Père vers le Fils, puis de l’amour du Fils vers les disciples, l’auteur en vient à déduire l’amour des disciples entre eux et à poser le principe de l’amitié entre Jésus et ses disciples. En raison même de cette métaphore de la vigne où Jésus est toute la vigne sans en être ni la tête ni le cep, dans une forme d’inclusion mutuelle : « Demeurez en moi, comme moi en vous », les disciples ne peuvent qu’être des « AMIS » de Jésus. La relation de Jésus à ses disciples ne plus être une relation de maître à esclave, de seigneur à serviteur, mais d’ami à ami, c’est-à-dire relation de partage, d’intimité, d’égalité, de tendresse.
Le Jésus de Jean veut faire de chacun de ses disciples un ami, un confident à qui il partage ce qu’il a de meilleur, tout ce qu’il a reçu du Père. Notre vie de foi est une vie de relation amicale avec Jésus, comme fut celle de Jean-Baptiste, « l’ami qui se réjouit à écouter les paroles de Jésus », Jn3,29, comme le disciple « Bien-aimé » qui boit les paroles de Jésus, comme Lazare « l’ami de Jésus » , comme Marie de Magdala, la disciple aimante de Jésus. Sommes-nous les amis de Jésus avec autant d’amour, d’intensité, d’adhésion, d’attachement ?
En plus, cette métaphore de la vigne induit, non seulement notre amitié avec Jésus, mais notre amitié entre nous, chrétiens : ce « Aimez-vous les uns les autres » est d’une réciprocité forte et intense. Nous ne sommes, entre nous chrétiens, pour l’Evangile de Jean, que des « amis » et des « frères » Jn 20,17 !
Il n’y a pas d’Apôtre dans l’Evangile de Jean. On n’y parle jamais du groupe des « Douze Apôtres ». Dans l’Evangile de Jean, c’est l’égale dignité des disciples, c’est l’égale dignité des baptisés, amis et frères !
Mais attention, ce premier commentaire de la métaphore sur l’amour ne doit pas faire oublier le 2ème qui s’oppose au premier comme le noir s’oppose au blanc. Car dans ce 2ème commentaire, il n’y est question que de HAINE par 7 fois (15,18-27). L’amour des disciples entre eux et avec Jésus, leur amitié et leur fraternité, devra d’autant être plus fort, intense et solide qu’ils seront affrontés à la haine du monde. C’est l’expérience que vit cette communauté de la fin du premier siècle. Exclus des synagogues, les chrétiens de cet Evangile se trouvent chassés de leur communauté d’origine, sociale et religieuse. Et en plus, ils deviennent la haine des incroyants qui refusent l’Evangile et Jésus. Ils deviennent une minorité mal comprise, mal tolérée. Les chrétiens vivent dans l’insécurité, dans la précarité, dans l’hostilité, privés de tout droit et de toute protection officielle. L’ombre de la croix se répand sur les croyants.
La haine va devenir la face ténébreuse de l’amour. « Si le monde vous hait, dira Jésus, sachez qu’il m’a haï le premier » 15,18
Pour l’auteur il ne s’agit pas de cacher les difficultés mais d’essayer de les expliquer et de donner des raisons quand même d’espérer. Cette hostilité et cette haine du monde proviennent d’abord pour l’auteur d’une méconnaissance, d’une ignorance du message de Jésus : « Ils agissent ainsi car ils ne connaissent ni le Père, ni moi ; » 15,21 et 16,3. Une juste appréhension de la révélation de Dieu en Jésus devrait pouvoir lever cette haine et cette hostilité. Ne sommes-nous pas parfois responsables de cette méconnaissance de Jésus par l’image déformée, négative que nous en donnons, ou que l’Eglise en a donnée ? Tous les mauvais clichés qui circulent sur l’Eglise et les chrétiens par qui ont-ils été fabriqués ?
« Celui qui me hait, continue Jésus, hait aussi mon Père » 15, 23. Regardons bien le texte, l’auteur aurait pu entrer dans une logique revancharde du genre :
« Celui qui me hait, je le haïrai et mon Père le haïra ! ». Non, même là où est reconnue la haine, il y aura toujours l’offre d’une conversion possible : « Si certains ont observé ma parole, ils observeront aussi la vôtre » 15,20. Jamais rien n’est définitivement perdu. Nous devons continuer à témoigner envers et contre tout de la parole de Jésus. La perspective d’un accueil positif de la parole de l’Eglise est toujours possible quelle que soit la difficulté du moment.
Nous sommes aussi dans un moment difficile de témoignage dans un contexte difficile de sécularisation, d’indifférence ou de rejet de l’Evangile et des chrétiens. Demeurons dans l’amour, l’amitié et la fraternité, nous dit Jésus, sans désespérer du monde, même quand tout va mal : « Courage, dit Jésus, j’ai vaincu le monde » 16,33 !

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