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      Homélie du 23/9/18 : devenir serviteur des petits !

Homélie du 23/9/18 : devenir serviteur des petits !

Avec le texte de ce jour, nous voilà en plein milieu, au cœur du cœur de l’Evangile de Marc ! (*)
Cette partie centrale de l’Evangile est entièrement sertie dans trois grandes annonces développées de la Passion de Jésus, que l’on voit s’approcher lentement de Jérusalem, trois annonces complétées par deux autres en échos : ça en fait cinq !!! (**)


Mais plus ces annonces de la passion de Jésus sont claires, circonstanciées, répétées par Jésus, et moins les disciples les acceptent ! Toutes ces annonces sont suivies d’incompréhension des disciples en commençant par Pierre comme nous l’avons vu dimanche dernier. Et maintenant, ce n’est plus seulement le premier des Douze qui est à côté de la plaque mais c’est l’ensemble des Douze disciples.

Alors que Jésus vient de redire que sa Passion définissait d’abord son messianisme, voici donc que les disciples rivalisent entre eux, ambitieux, avides de pouvoir, de gloire, de prééminence, de grandeur, de cléricalisme dirait aujourd’hui le Pape François : « Ils discutaient entre eux pour savoir qui est le plus grand » !

«  Alors Jésus appelle les Douze » ! Non c’est bien plus fort que ça dans le texte grec : Jésus «  crie d’une voix forte : « Phoneo  » » : c’est une convocation forte pour rectifier et corriger ce que les Douze ont mal compris de sa mission. Deux paroles vont encadrer un geste inédit, paradoxal et provoquant.

« Si quelqu’un veut être premier, il sera de TOUS le dernier et de TOUS le serviteur » !

Jésus ne peut pas être plus clair pour bousculer notre pyramide de références : le premier, dans le Royaume instauré par Jésus, sera le dernier et le serviteur de tous : être le dernier et le serviteur revient à « être quelqu’un qui n’a ni rang, ni autorité, ni privilège » - un statut qui n’est convoité par personne mais qui sera le statut de Jésus lui-même : mort comme le dernier de tous et le serviteur de tous ! (***)

Et au cas où les disciples n’auraient pas encore compris enfin ce que Jésus souhaite vraiment, il va poser ce geste inédit, paradoxal et provoquant de « prendre un enfant, de le placer au milieu des Douze et de le prendre dans ses bras » : l’enfant devient le signe et la parabole du Royaume au beau milieu de l’ Evangile de Marc !

C’est une énorme provocation !

Parmi tous ceux qui le suivent, Jésus aurait pu choisir des personnes qui auraient déjà étonnées et dérangées : un lépreux, une prostituée, un romain ! Mais non, Jésus va aller encore plus loin dans la provocation. Alors bien sûr pour la comprendre, il faut savoir qui étaient les enfants à cette époque et nous débarrasser de l’enfant romantique que nous avons aujourd’hui dans nos têtes : de l’enfant symbole de disponibilité, d’émerveillement, d’humilité, de cet esprit d’enfance qu’il faudrait adopter. Ce n’est pas cet enfant là que Jésus met au milieu des Douze : c’est l’enfant bien réel de son époque : c’est du point de vue juridique et social que Jésus le montre en exemple. Qui étaient les enfants à cette époque ?

En une formule lapidaire mais limpide, un historien écrit : « Etre enfant, à cette époque, c’est n’être rien  » ( J.D. Crossan).

Les enfants étaient physiquement petits, sous-développés intellectuellement, immatures et vulnérables, au plus bas de l’échelle sociale, assimilés à l’esclave (le mot grec « Pais » peut signifier à la fois « enfant » et « esclave), sans droits. Nulle part dans la littérature juive, des enfants sont mis en avant comme modèles pour des adultes. Comment des enfants ignorants et non-pratiquants de la Torah pourraient-ils devenir une illustration de la grandeur religieuse ? Et, dans l’environnement gréco-romain, une comparaison avec des enfants serait hautement insultante.

Et bien Jésus le fait ! Celui qui veut devenir le premier dans la communauté chrétienne doit devenir le dernier de tous comme un enfant, comme un enfant qui n’est rien, qui ne compte pas, qui est sans importance, sans secours, sans droits, faible et vulnérable qui, à l’époque, pouvait être abandonné et tué pour n’importe quel motif.

Mais Jésus va encore plus loin dans la provocation en interprétant son geste : « Celui qui accueille, reçoit et sert un seul de ces enfants c’est MOI qu’il accueille, reçoit et sert !  » Jésus s’assimile à l’enfant qui est nul, sans importance, vulnérable et qui finira comme certains enfants abandonné de tous, malmené, battu et tué. Nous voilà au coeur de l’Evangile de Marc : l’Evangile déroutant du Christ Crucifié identifié aux enfants, aux derniers, aux esclaves !

Et l’Eglise de Marc n’a qu’un devoir, qu’une exigence : accueillir en son centre, mettre en son centre, tous ceux qui sont nuls et sans importance en se disant qu’en faisant cela ils mettent Jésus au milieu, en leur centre, et même mieux, ils mettent Dieu lui-même au milieu d’eux : « En recevant le moins important, l’Eglise reçoit le plus important ! » (Von Wahlde).

Quelle claque pour l’Eglise et pour ses dirigeants que représentent les Douze qui ont un mal de chien à vivre leur responsabilité comme un service des plus petits !
Dernière provocation enfin dans le geste de Jésus : non seulement il met l’enfant qui compte pour rien au milieu des Douze mais « il le prend dans ses bras » comme une femme !

Un verbe grec extrêmement rare qui n’est utilisé que deux fois dans tout le Nouveau testament et les deux fois dans Marc ici et en 10,16. Ce geste n’est pas une effusion d’amour ou d’affection ( ce qui serait contraire à tout l’Evangile de Marc) mais un geste d’adoption et de salut : Jésus, ici, adopte les enfants : les nuls, les riens, les sans dents, les derniers de cordées pour leur donner en héritage le Royaume avant que lui-même ne meure et pour les donner en signe du Royaume à ses disciples ! (****)

Si nous voulons être les disciples du Royaume voulu par Jésus dans l’Evangile de Marc, nous n’avons qu’une seule chose urgente et essentielle à faire : mettre au milieu de nous, accueillir et servir tous les derniers et les nuls de la société en devenant chacun et chacune les « DERNIERS et les SERVITEURS » de TOUS.

Ce n’est qu’ainsi, pour l’Evangile de Marc, que nous deviendrons « grands » et que nous « accueillerons Jésus et Dieu » !

En savoir plus

(*) la section centrale de l’Evangile de Marc (8,22 à 10,52) est délimitée par la grande inclusion des 2 récits de guérison d’un aveugle :
Aveugle de Betsaïde 8,22-26 ( au Nord)
1ère annonce de la Passion 8,31-38 incompréhension de Pierre : discours rectificatif de Jésus
2ème annonce de la Passion 9,31 : incompréhension des Douze : discours rectificatif de Jésus
Notre texte : l’Enfant-Parabole 9,33-37
3ème annonce de la Passion : 10,33 : incompréhension de Jacques et Jean : discours rectificatif de Jésus
Aveugle de Jéricho 10,46-52 (au Sud)

(**) : développées en 8,31-34 ; 9,30-31 ; 10,33-34 avec deux échos en 9,12 et 10,45 !

(***) : le seul autre passage où il sera question de quelqu’un qui est le dernier c’est dans la parabole des vignerons homicides où il est dit : « Il avait encore une personne, un fils bien-aimé ; il l’envoya, DERNIER, auprès d’eux…mais ils le tuèrent et le jetèrent hors de la vigne » Mc 12, 6 et quant au verbe « servir », il est dit de Jésus en 10,45 : « Je ne suis pas venu pour être servi mais pour servir et donner ma vie en libération pour tous » !

(****) : en 10,16 : « Jésus prend les enfants dans ses bras, les bénit en imposant les mains sur eux » : ici Jésus « touche » les enfants non pour les guérir mais pour les « Bénir » !
Comme en Genèse 48,10-20 où Jacob bénit Ephraïm et Manasseh (enfants de Joseph) qui deviennent ainsi ses enfants par adoption : « Ainsi Joseph apporta ses enfants près de Jacob. Jacob les aima et les étreignit…Jacob tendit la main droite et la posa sur la tête d’Ephraïm qui était le cadet et sa main gauche sur la tête de Manassé, l’ainé…Il les bénit ce jour là… », ainsi Jésus adopte les enfants pour leur donner en héritage le Royaume de Dieu !
Comme aussi Jacob bénit le cadet au détriment de l’ainé, malgré les objections de Joseph, Jésus bénit les plus petits au détriment des plus grands !
Dans la littérature grecque de la même époque, 2 textes utilisent le même verbe rare qu’on retrouve chez Marc : ( « enagkalizomai » = « prendre dans ses bras » qui n’est pas « embrasser ») :
* Plutarque dans les « Moralia » décrit une fête romaine où les femmes « prennent dans les bras » les enfants de leurs sœurs en souvenir de Leucothea qui a adopté l’enfant de sa sœur quand sa sœur est morte.
* Diodore de Sicile parle de Cybèle, une femme, qui guérissait beaucoup d’enfants « qu’elle se plaisait à prendre dans ses bras ».
Ici encore, le verbe en relation avec les enfants suggère l’adoption et le salut des enfants par le geste de les « prendre dans les bras » !
Ici c’est Jésus, un homme, prenant dans ses bras un enfant pour le faire héritier du Royaume et le donner en signe du Royaume à des hommes ! Marc n’a pas peur de présenter Jésus sous les traits d’une femme adoptant et sauvant les enfants, tous ceux qui ne sont rien dans la société et la religion !

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