Paroisse de la Trinité Roubaix-Hem
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Homélie du 22 janvier 2017 : « Je suis du Christ…Vous êtes du Christ ! »

Remercions les chrétiens de la ville de Corinthe de ne pas avoir été des chrétiens exemplaires, d’avoir donné du fil à retordre à St Paul, le créateur de cette communauté, de lui avoir causé beaucoup de soucis. Car les réponses qu’il va donner à chacune de leurs questions nous ont valu les plus beaux textes théologiques de St Paul


Sans les disputes et divisions dans cette communauté, nous n’aurions jamais eu son texte sur la folie de la Croix !
Sans les beuveries au cours des repas eucharistiques, nous n’aurions jamais eu sa transmission du repas de la Cène !
Sans les désordres vestimentaires entre Hommes et Femmes et les perturbations des dons en langues dans le culte, nous n’aurions jamais eu son hymne à l’amour !
Pour chacun des 7 sujets abordés dans cette lettre, Paul s’y prend toujours de la même manière : d’abord il expose le problème concret et pratique, puis il prend du recul, de la distance, il élève le débat au niveau théologique, et ensuite seulement il résout le problème concret.
Au cœur de cette semaine de prière pour l’unité des chrétiens, regardons comment Paul s’y prend pour amener les Corinthiens (et donc nous aussi) sur les chemins de l’unité quand la communauté chrétienne est divisée.
Que se passait-il à Corinthe ? Les chrétiens vivaient leur vie communautaire et fraternelle sur le même mode que la vie sociale des romains : ce qu’on appelle le clientélisme. Des gens en quête de protection (appelés « clients ») se mettaient au service de gens influents et aristocrates (appelés « patriciens » ou « Patrons ») pour recevoir aide et protection. Des relations très personnelles et très hiérarchisées s’établissaient entre clients et patrons. Plus un patron avait de clients, mieux il était considéré. Et plus les clients vantaient leur patron et mieux ils étaient vus. « Jalousies », « discordes », « rivalités », conflits d’influence, caractérisaient ces groupuscules, ces factions.
Eh bien les chrétiens de Corinthe fonctionnaient de la même manière. L’unité de la communauté est menacée de divisions car les chrétiens forment des partis, des factions, des groupuscules qui se réclament de tel ou tel Apôtre influent. Certains prennent position et soutiennent Paul, le fondateur de la communauté de Corinthe. D’autres préfèrent s’en référer à Apollos, plus intelligent dans les Ecritures. D’autres enfin ne pensent que par Céphas, Pierre, le premier des Apôtres ! C’est la surchauffe dans la communauté, l’attachement excessif à la personne de tel ou tel apôtre, une survalorisation de la personne et de l’aura des apôtres, qui entraînent même des attitudes de rejet des uns et des autres, des risques de « divisions » et de « schisme ». C’est une communauté qui, comme dit St Paul, est « bouffie et enflé d’orgueil » « en prenant le parti de l’un contre l’autre » 1 Cor 4,6
Voilà l’état des lieux ! Comment Paul va s’y prendre pour résoudre cette crise ?
En faisant appel à ce que j’appellerai un argument massue ! un argument théologique et christologique.
En remettant chaque chrétien de Corinthe devant l’originalité de sa foi au Christ.
C’est la contemplation de l’agir de Dieu dans le Christ qui permettra aux Corinthiens de retrouver l’attitude qui assure l’unité de la communauté.
« Est-ce Paul qui a été CRUCIFIE ? » Bien sûr que non c’est le Christ !
La seule référence chrétienne, la seule autorité chrétienne, la seule appartenance, à laquelle les chrétiens doivent se fier, c’est le Christ Crucifié. Tout être considéré à la lumière de la Parole de la Croix, de la croix du Christ et du Christ Crucifié. Nous ne pouvons pas calquer la vie communautaire et fraternelle selon le modèle des hommes. Par notre baptême, nous appartenons au Christ et à personne d’autre. En ce sens la formule orthodoxe du baptême est plus juste que celle du rite latin : non pas « JE te baptise au nom…mais Tu es baptisé serviteur de Dieu au nom… ». l’accent n’est plus mis sur le ministre du baptême mais sur l’auteur du Baptême. Oui par notre baptême nous appartenons au Christ ! Nous avons partie liée avec le Christ et pas n’importe quel Christ : un Christ crucifié, scandale pour les Juifs et folie pour les Grecs.
Notre orgueil alors n’est plus de nous mettre à la solde, à la clique, au fan-club, d’Apôtres, tout excellents, influents et brillants qu’ils soient, mais de mettre notre orgueil et notre foi seulement en Jésus-Christ Crucifié, c’est-à-dire en ce qu’il y a de plus vil, de plus méprisable, de plus dégradant pour un romain ou un juif.
Le premier chemin de l’unité entre chrétiens c’est cette contemplation du Christ Crucifié, torturé, nu sur la croix. Le premier chemin de l’unité c’est de « Revêtir le Christ », de « saisir le Christ » c’est d’ « être en Christ ».
« Moi, dit Paul, je suis du Christ » 1 Cor 1,12 et « Vous, vous êtes du Christ et el Christ est de Dieu » 1 Cor 3,23
Chrétien, je ne me réclame ni de Luther, ni de Calvin, ni du Pape François, mais « Je suis du Christ, je vis du Christ, Je suis un crucifié avec le Christ » !
Et découlant de cette contemplation du Christ Crucifié, de cet attachement exclusif et radical au Christ, un second chemin de l’unité se met en place. Il concerne les responsables des Eglises, et tous ceux et celles qui prennent des responsabilités et des engagements dans leurs Eglises. A l’ombre de la croix, ces hommes et ces femmes ne peuvent plus être des super-Apôtres, des hommes et des femmes d’influence qui en imposent aux autres, les commandent de toute leur autorité et de toute leur superbe.
« Qui est Apollos ? Qui est Paul ? Qui est Céphas ? » finit par s’écrier Paul lui-même. Pour les définir, Paul avait tous les registres de fonction possibles à sa disposition, tous les titres les plus honorifiques les uns que les autres : préfet, prêtre, pontife… Il est allé chercher les titres les moins honorifiques pour ne garder dans cette lettre aux Corinthiens que trois dénominations les moins attendues et les plus dépréciatives pour l’époque.
« Qui est Apollos ? Qui est Paul ? Qui est Céphas ? » : « Des ESCLAVES du Christ » 1 Cor 7,22. Rm 1,1 ; « Des DIACRES du Christ » 1 Cor 3,5 ; « Des Serviteurs du Christ » 1 Cor 4,1
Au lieu d’aller chercher les dénominations dans les hautes sphères des fonctions administratives juives ou romaines, Paul s’en va les chercher au plus bas de terre : chez les esclaves et les subalternes. L’expression utilisée en 1 Cor 4,1 pour le mot « serviteur » c’est le rameur de l’étage inférieur d’une galère !!!! Voilà ce que nous sommes, nous tous les chrétiens de toutes nos Eglises, rien que des esclaves du Christ, des galériens du Christ, des poussiéreux du Christ, car vous savez que le mot diacre veut dire « celui qui marche à travers la poussière » !
C’est en acceptant d’emprunter ce second chemin du service que nous avancerons vers l’unité des chrétiens.

Le pape François a répondu à une question concernant sa grande popularité et ceux qui le définissent comme une « star » : « Tu sais quel était le titre qu’utilisaient les papes et qu’il faut utiliser ? Serviteur des serviteurs de Dieu. C’est un peu différent de la « star ». Les étoiles sont belles à regarder, j’aime bien regarder le ciel serein en été… Mais le pape doit être – doit être ! – le serviteur des serviteurs de Dieu.

Soyons tous et toutes serviteurs des serviteurs de Dieu à l’écoute bienveillante de toutes les richesses et diversités de nos Eglises !

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