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      Homélie du 19 février 2017 : l’extraordinaire de la Douceur

Homélie du 19 février 2017 : l’extraordinaire de la Douceur

Continuons à gravir la montagne des Béatitudes avec, aujourd’hui, des exigences de plus en plus radicales, de plus en plus rudes, de plus en plus déconcertantes !
Il ne s’agit plus seulement de ne pas se mettre en colère, de se réconcilier et d’être bienveillant comme dimanche dernier. Il s’agit de grimper sur les chemins de l’EXTRAORDINAIRE et de l’EXCES de la béatitude de la douceur !


Et c’en est trop, diront certains aujourd’hui ! Un débat s’est même installé dans le journal La Croix la semaine dernière sur notre Evangile d’aujourd’hui. Un auteur disait : « les propos de Jésus : « J’étais un étranger et vous m’avez accueilli », « Si on te frappe sur la joue droite, tends l’autre joue » : ces principes évangéliques ne fondent pas une politique, quoi qu’en dise le Pape. Ces propos ne sont en aucune façon un moyen de répondre à la violence islamiste quand elle menace la société dans son ensemble » ! Et un autre auteur lui répond par une chronique intitulée : « Les deux tombes et la joue gauche » manifestant un désaccord profond avec cette manière de penser. Et dans un débat politique tout récent, j’entendais ce retour à la vengeance, au rétablissement de la peine de mort.

Alors regardons de près la politique de Jésus en ce qui concerne la vengeance :
« On vous a dit : œil pour œil et dent pour dent : Eh bien, moi, Jésus, je vous dis : ne ripostez pas au méchant » !

La loi du talion « Œil pour oeil, dent pour dent, vie pour vie » était déjà une manière de canaliser la violence, en évitant des représailles disproportionnées et sauvages comme le veut Lamek, dans la Genèse, quand il dit : « Si l’on vient à s’en prendre à moi, ce n’est pas sept fois que je me vengerai comme Caïn mais soixante-dix-sept fois ! » Gn 4,23-24 !

Eh bien Jésus contrecarre non seulement la vengeance barbare de Lamek mais même la vengeance raisonnée de la loi du talion : « Moi je vous dis de ne pas rendre coup pour coup, de n’exercer aucun acte de vengeance, de rétorsion, de représailles, de riposte » (*). Jésus abroge purement et simplement la loi du talion, ce qui est sans précédent dans l’Antiquité. Il s’agit pour Jésus de substituer à cette règle de la réciprocité et de proportionnalité la règle de la non-réponse à l’agression. Il s’agit d’encaisser les agressions que nous subissons par une attitude active, déroutante, qui brise la spirale de la violence.

Il faut inventer, dit Jésus, des réponses non violentes qui interpellent, désarçonnent, désarment ceux qui nous agressent, nous attaquent, nous font du tort. Et de donner trois exemples qui ne sont pas à prendre au pied de la lettre mais qui donnent la direction dans notre manière d’encaisser la violence qui nous est faite. Il s’agit de répondre non pas par de la soumission ou par de la vengeance, mais par un geste positif, créatif, provoquant qui va interloquer, déstabiliser l’adversaire et l’ennemi et peut-être le remettre, lui, sur le chemin de la fraternité.

« Si quelqu’un veut te faire un procès et prendre ta tunique, laisse-lui encore ton manteau » ! Présente-toi nu au tribunal et tu verras bien qui des deux, de toi le débiteur ou de ton créditeur, sera le plus déstabilisé !
« Si quelqu’un te frappe sur la joue droite, tends-lui l’autre joue » !

Rendre une gifle insultante serait suicidaire. Se soumettre n’est pas digne d’un homme. Tendre l’autre joue est une réponse créative qui vole à l’agresseur son pouvoir d’humilier ! Il ne s’agit pas d’un acte de faiblesse mais d’un geste de provocation par la situation inattendue qu’il suscite. Le masochisme serait de présenter la même joue à celui qui frappe pour qu’il recommence. La sainteté et l’héroïsme évangélique c’est de présenter une autre joue à celui qui frappe pour qu’il s’éveille à la fraternité. C’est une éthique de l’excès, de la démesure, du sans limite, de l’extraordinaire de la douceur.
Les cercles du silence en France sont un bel exemple inventif de réponse non violente contre les atteintes à l’humanité des Sans Papiers. Tous les derniers mardis du mois à 18h30 une vingtaine de personnes se tiennent en silence en cercle pour une heure de protestation silencieuse face à la Mairie de Roubaix. C’est le silence des forts et des persévérants qui dérange, qui interpelle, qui questionne !

Mais il faut grimper encore plus haut sur la montagne des béatitudes !
« Aimez vos ennemis et priez pour ceux qui vous persécutent » !
Alors là c’est de la folie ! C’est la folie de l’Evangile ou pour parler comme St Paul, c’est « la folie de la Croix » !

Jamais, avant Jésus, cet amour de tout ennemi quel qu’il soit, juif ou romain ou grec n’a été exprimé d’une manière aussi radicale et absolue. Et ici aussi cet amour n’est pas une affaire d’émotion ou de sentiments. Il se traduit en paroles et gestes concrets, en prière et en geste de paix ! Impossible ! Si des hommes l’ont fait et le font ! D’abord Jésus lui-même : le martyr de la non-violence et de l’amour des ennemis. Et à sa suite, je vais prendre deux exemples : un pasteur : Dietrich Bonhoeffer mort pendu par le régime nazi en camp de concentration pour avoir prêché et vécu une non-violence évangélique active et qui écrivait : « Aimez vos ennemis…il n’est pas suffisant de ne pas rendre coup pour coup ; il nous faut être attaché à notre ennemi d’un amour sincère… ce qui est chrétien, c’est l’amour sans partage pour l’ennemi…c’est l’amour de Jésus-Christ qui marche vers la croix. »
Et plus près de nous : un moine : Christian de Chergé, mort décapité en Algérie et qui écrivait 2 ans avant sa mort : « Et toi aussi, l’ami de la dernière minute, qui n’aura pas su ce que tu faisais. Oui, pour toi aussi je le veux ce MERCI, et cet "À-DIEU" envisagé de toi. Et qu’il nous soit donné de nous retrouver, larrons heureux, en paradis, s’il plaît à Dieu, notre Père à tous deux.
AMEN ! Inch’Allah ! "

Ce même Christian de Chergé écrivait : « Quelle prière faire pour un terroriste ? Ai-je le droit de demander : « Désarme-le » si je ne commence pas par demander : « Désarme-moi » et « désarme-nous en communauté » !
Et je termine par l’auteur de la chronique dont je vous parlais en introduction et qui disait « Je crois que rien n’est aussi stupide, aussi contre-productif, que l’acte de vengeance. Je me souviens d’un film : « Si tu veux te venger, disait l’un des personnages, commence par creuser deux tombes. L’une pour celui que tu vas punir et l’autre pour toi » ! Notre pulsion de vengeance est d’une bêtise insondable et creuse nos tombes. »
Qui n’a pas un jour voulu rendre la monnaie de sa pièce à quelqu’un qui nous a fait du mal ? Qui n’a pas un jour cherché à se venger d’un sale coup d’un collègue ? Qui n’a pas voulu passer pour un ballot pour ne pas rendre coup pour coup ?

Que la prière du frère Christian qui était devenue celle de toute sa communauté devienne la nôtre : « Jésus, guéris-moi de la violence tapie en moi ! »

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