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      8 sept 2019 : « D’étranges repas ! »

8 sept 2019 : « D’étranges repas ! »

Les chapitres 14 et 15 de Luc sont entièrement centrés sur les étranges et dérangeants repas de Jésus avec deux séries de 3 paraboles de repas. Au banquet eschatologique anticipé dans l’eucharistie des chrétiens, les 3 premières paraboles du chapitre 14 disent que ce sont les derniers les premiers : les pauvres, les boiteux, les aveugles, les muets et les étrangers. Les trois dernières paraboles du chapitre 15 diront que ceux qui comptent en priorité ce sont les brebis perdues, les drachmes perdues, les fils perdus. Jésus vient instaurer une famille alternative qui ne peut que provoquer scandale et hostilité


« Aux amis, frères, parents, riches voisins » du chapitre 14,12, aux « pères et mères, femmes et enfants, frères et sœurs, » du texte d’aujourd’hui en 14,26, nous savons qui Jésus substitue comme sa propre famille : « tous les perdus » de la terre, « tous les derniers » de la société, « tous les étrangers » du monde !

Il y a de quoi être interloqué, interrogé, dérangé, provoqué, il y a de quoi y « réfléchir » à deux fois, « de s’asseoir » pour bien mesurer les enjeux d’une telle posture de Jésus et des communautés chrétiennes d’aujourd’hui !

Et nous voilà à notre texte du jour dont les deux paraboles centrales sont propres à Luc. Ces deux paraboles sont bien là pour illustrer et donner du corps aux deux exigences majeures qui encadrent ces paraboles mais qui ont été malheureusement souvent déconnectées de ces paraboles alors que l’auteur les relie fortement par des « Ainsi donc…Car… ».

Obnubilées par la croix de Jésus, toutes les traductions donnent : « Celui qui ne porte pas sa croix ne peut pas être mon disciple » ! Et nous voilà embarqués dans une conception très janséniste et quelque peu doloriste du disciple de Jésus qui est très loin de l’Evangile de Luc, l’Evangile non pas de la croix mais de la résurrection. Le verbe utilisé par Luc n’est pas « Phéro » « porter » mais « Bastadzo »= « soupeser , évaluer , équilibrer une charge ». (*)
La formule de Luc ne signifie pas « celui qui ne por
te pas sa croix », mais « celui qui n’évalue pas la charge, celui qui ne mesure pas les conséquences de mes paroles et de mes actes, ne peut pas être mon disciple ». Et alors la 1ère parabole s’enchaîne d’elle-même : « Celui qui n’évalue pas la charge qu’il doit porter, la responsabilité qu’il doit prendre ne peut pas être mon disciple, CAR, Qui d’entre vous, voulant construire une tour, s’étant d’abord assis, ne calcule la dépense pour savoir s’il a de quoi mener à bien son entreprise ?... » Ce qui est demandé du disciple, dans le contexte des repas qui est le nôtre, c’est de bien évaluer, apprécier, soupeser, les exigences de Jésus, exigences d’intégration et non d’exclusion, exigences de communion et non d’excommunication et, une fois cette évaluation faite, de les mettre en œuvre dans la communauté chrétienne.

De même la dernière exigence est aussi très étroitement reliée à la 2ème parabole. Si on ne le voit pas, on traduit aussi très mal, toujours dans le sens doloriste et impossible : « AINSI DONC, Celui qui ne renonce pas à tous ses biens ne peut pas être mon disciple ». Quel lien avec la parabole du roi qui s’assoit et délibère, cette traduction a-t-elle ? Aucun. Encore une fois, le verbe « apotasso » ne signifie pas « renoncer à quelque chose » mais « assigner une place à quelque chose », « s’acquitter d’une charge ». « Ainsi donc, celui qui ne s’acquitte pas de sa charge avec tous les moyens dont il dispose ne peut pas être mon disciple », comme le roi ne part en guerre que s’il est sûr de disposer de toutes les forces nécessaires. Ce qui est demandé du disciple de Jésus, c’est, une fois l’évaluation faite de la charge à accomplir, des exigences posées par Jésus de constituer une communauté de table alternative, d’y mettre toutes les forces nécessaires, tous les moyens dont on dispose, pour mener à terme la mission commencée par Jésus. La question posée tout au long de ces deux chapitres consacrés aux repas de Jésus est donc bien celle-ci : quel type de communauté de table et d’Eglise la communauté chrétienne veut-elle mettre en œuvre ?

Une communauté ouverte et inclusive ou une communauté fermée et exclusive ?
Ce fut bien sûr l’une des premières grandes questions que se posèrent les premiers chrétiens. Qui pouvons-nous ou devons-nous accepter à notre table eucharistique ? Et ce furent des débats rudes entre Pierre et Jacques par exemple pour inclure les païens dans l’Eglise ou entre Pierre et Paul.

La question demeure aujourd’hui : quel type de communauté chrétienne voulons-nous former ? Est-elle en conformité avec celle proposée et mise en œuvre par le Jésus décrit dans ces deux chapitres de Luc ?
Comme Jésus entrant chez le Pharisien, osons-nous brusquer et même choquer les habitudes traditionnelles en y cassant les codes de pureté et de séparation pour y instaurer une fraternité sans conditions, sans réserve, sans apriori, sans race ni sexe ?
Comme Jésus invitant largement « dans les villes et dans les lieux clos », dans tous les lieux d’errance et d’enfermement, osons-nous nous risquer et nous compromettre avec tous ceux et celles qui sont montrés du doigt, mis à l’écart, tenus à distance ?
Comme le berger, la femme et le père des trois paraboles de la miséricorde qui se bougent, sortent, recherchent tout ce qui est « perdu » pour le réintégrer dans la maison, mettons-nous tous les moyens, toutes nos possibilités, tous nos engagements pour partir à la recherche de tous les perdus, de ceux qui se sentent exclus de nos communautés ?

Ne perdons pas le sel de l’Evangile, termine St Luc, la force subversive de l’Evangile, la part de rébellion et de sédition de Jésus !

(*) C’est Simon de Cyrène qui « porte= Phéro » la croix de Jésus : Tiens, au moment où il s’agit de dire que Simon a dû « porter » ce qui deviendra la croix de Jésus, Luc n’utilise pas le verbe « bastadzo » mais justement « phéro » Lc 23,26 !).

(Pour une argumentation détaillée et technique de ces traductions, lire l’article d’André Sauge dans Revue de Théologie et de Philosophie 132 (2000) p.47-68 : « Traduire l’Evangile sans perdre sa saveur ? Réflexions critiques sur la traduction de Luc 14 ».)

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