Paroisse de la Trinité Roubaix-Hem
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      3 mars : « bon comme le Christ : Chrestos comme Christos ! »

3 mars : « bon comme le Christ : Chrestos comme Christos ! »

Revisitons encore ce discours des béatitudes dans la version lucanienne très différente de celle de Matthieu. Luc omet d’importants passages du discours sur la montagne pour obtenir un discours bien plus ramassé et vigoureux (30 versets dans Luc au lieu des 111 dans Matthieu !).
Discours spécifiquement centré sur l’amour des ennemis et le pardon des frères, dans un contexte d’excès et de démesure d’amour, de surabondance et de folie de pardon !


Et de façon subtile, Luc va introduire au centre de son discours toutes les justifications théologiques qui doivent motiver ces excès et ces folies d’amour et de pardon.

Luc va introduire par exemple le mot « Grâce » dans son discours là où Mt parle de « récompense » ! « Aimez nos ennemis et pas seulement ceux qui nous aiment » nous fait entrer pour Luc, non pas dans le monde de la récompense comme dans Mt, mais dans le monde de la grâce de Dieu. Il y a de la grâce, répète-t-il trois fois (6, 32.33.34) à aimer nos ennemis. Luc est le seul des trois évangiles synoptiques à tant parler de la « grâce » (35 fois pour 0 dans Mc et Mt !). Le mot connote d’idée de gratuité, de pardon, de joie, de beauté, de bien-être. Plus originel que le péché, il y a la grâce, la bonté créatrice de Dieu qui ne se reprend jamais. Quand nous aimons nos ennemis, nous entrons dans ce monde de la « gracieuseté » de Dieu, dans ce monde de la gratuité de Dieu, dans le monde de la beauté de Dieu, nous rendons témoignage, comme dit St Paul, « à l’Evangile de la grâce de Dieu » Ac 20,24.

Mais Luc va encore ajouter une autre motivation à l’amour des ennemis et au pardon du frère. Là où Mt dit : « Aimez vos ennemis et vous serez les fils de votre Père qui fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons » Mt 5,44-45, Luc dit : « Aimez vos ennemis et vous serez les Fils du Très haut, car il est BON, lui, pour les ingrats et les méchants ». Lc6,35

Luc utilise ici, pour parler de Dieu, un adjectif extrêmement fréquent dans la prière de la Bible grecque : Dieu est chrèstos ! Dieu est bon ! « Voyez et appréciez combien le Seigneur est bon ! » Ps 34,8 Et ici Dieu est extrêmement bon car sa bonté s’étend précisément sur « les ingrats et les méchants » sans parler des bons comme dans Mt ! Sa bonté atteint tous les hommes sans distinction avec même le paradoxe que cette bonté se tourne vers « les ingrats », littéralement « ceux qui sont sans rendre grâce » « a-charistous) ! Quel surcroît de grâce et de bonté de la part de Dieu !

Quand arriverons-nous à nous hausser à cette hauteur de la grâce et de la bonté désintéressée et gratuite de Dieu ? Récemment, quelqu’un me disait s’étonner du manque de reconnaissance et de merci de tout ce qu’une association avait fait pour l’insertion de personnes en difficulté. C’est certainement frustrant pour ceux et celles qui ont travaillé dur et de bon cœur, mais nous avons à travailler, dit Luc, comme Dieu dont la bonté n’est pas conditionnée par la reconnaissance de l’homme. St Paul dira : « Dieu nous a montré la richesse de sa grâce dans sa bonté pour nous en Jésus-Christ. Nous sommes sauvés par sa grâce et nous n’y sommes pour rien : c’est un don de Dieu » Ep 2,7-8
Et St Pierre ajoutera en jouant sur les mots : « Grandissez pour le salut vous qui avez goûtez combien le Seigneur est bon car il est bon (chrèstos) celui qui est Christ (Christos) » 2,4 !

L’amour de nos ennemis et le pardon de nos frères nous hissent au niveau de la bonté de Jésus !

Enfin, Luc va opérer une troisième modification au texte de Mt. Là où Mt donne comme justification de l’amour des ennemis et du pardon du frère le code de sainteté du Lévitique, un code de loi : « Soyez saints comme votre Père du ciel est saint » Mt 5,48, Luc introduit la célèbre « formule matricielle et maternelle de la miséricorde de Dieu ». « Soyez miséricordieux comme votre Père est miséricordieux » Lc 6,36. Pour Luc « le heureux » des béatitudes rime avec le « miséricordieux » ! Et cette miséricorde de Dieu qui est le cœur qui vibre à toute souffrance va jusqu’au pardon infini de Dieu.

Quand arriverons-nous à nous hausser à cette hauteur de la miséricorde et du pardon de Dieu ?

Et avec la même dose d’extravagance, de démesure, d’excès que pour l’amour des ennemis, cette miséricorde va s’étendre aux frères en 4 impératifs absolus, sans commentaire, sans condition : « ne jugez pas…ne condamnez pas…pardonnez…donnez » et en deux interrogations : « Qu’as-tu à regarder la paille qui est dans l’oeil de ton frère ? Comment peux-tu dire à ton frère : frère, laisse-moi ôter la paille qui est dans ton œil, alors que toi-même tu ne vois pas la poutre qui est dans ton œil ? »

Le jugement et la critique du frère ne peut se faire qu’en regard de la grâce, de la bonté et de la miséricorde de Dieu. Comme fils de Dieu, nous ne pouvons pas avoir de critique méchante, négative, agressive, qui blesse, qui détruit, qui rabaisse. De par notre nature, nous sommes rapides au jugement expéditif et définitif, aux apriori défavorables, à chercher la petite bête qui enfoncera le frère, mettons-nous à la hauteur de la bienveillance de Dieu en Jésus. « De sa bouche, disait Luc, ne sortaient que des paroles pleines de grâce » Lc 4, 22

Pour reprendre, d’une autre manière, l’image suggestive de la paille et de la poutre, avez-vous remarqué que lorsque nous pointons un doigt accusateur et agressif, notre index, en direction du frère, les trois autres doigts sont pointés sur nous ! Avant de juger mon frère, je dois me juger moi-même. Et je ne peux m’empêcher de conclure par l’Evangile que nous entendrons au 5ème dimanche de carême et dont nous avons fait notre réflexion de carême sur le pardon.

Des gardiens de la loi veulent « accuser » Jésus et « condamner » une femme adultère à la lapidation. Que va faire Jésus ? « Jésus, s’étant penché vers le bas écrivait avec le doigt sur la terre » Geste pas banal car il est signalé deux fois ! Jn 8,6.8. Il aurait pu pointer l’index jupitérien et sur la femme et sur les juges en signe de condamnation et d’accusation. Au lieu de cela, il le dirige « vers le bas » deux fois, écrit sur la terre la loi nouvelle du pardon et prononce ces deux paroles, l’une aux accusateurs : « Que celui qui est sans péché lui jette la première pierre (qu’il enlève d’abord la poutre de son œil !) », puis une autre à la femme : « Femme, personne ne t’a condamnée ? moi, non plus, je ne te condamne pas. Va et ne pèche plus » ! Jésus, grâce, bonté et miséricorde vient d’écrire la loi nouvelle du pardon ! A nous de poursuivre cette écriture !

(Cet épisode de la femme adultère est une interpolation tardive dans l’Evangile de Jean. Il ne figure pas dans les manuscrits les plus anciens. Certains manuscrits le placent même dans l’Evangile de Luc après lc 21,38 ou 24,53.)

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