Paroisse de la Trinité Roubaix-Hem
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      28/02 : « Dieu a bon dos ! »

28/02 : « Dieu a bon dos ! »

Alors que j’avais cet Evangile dans la tête, où l’on devine la question qui habite les interlocuteurs de Jésus : « Mais qu’ont-ils donc fait ces Galiléens pour qu’un tel malheur leur arrive ? » laissant entendre qu’il y a un rapport entre les malheurs qui nous tombent dessus et notre manière d’agir et que les épreuves pourraient bien être une punition de Dieu, c’est incroyable, j’ai rencontré cette semaine 3 personnes qui m’ont posé la même question 2000 ans après !


« Qu’ai-je donc fait pour mériter cela ? » me demandait un jeune papa en profonde dépression allant jusqu’à chercher dans son enfance des fautes qui justifieraient une telle punition de Dieu !

« Qu’ai-je donc fait pour avoir un enfant handicapé ? » me disait aussi cette maman qui n’avait plus la force de porter l’handicap de son enfant !

« Mais qu’ai-je donc fait pour mériter cela moi qui ai toujours servi et aidé les autres ? » me demandait en pleurant une autre maman qui en un mois de temps en décembre voit son mari renversé par une voiture, un enfant lui annoncer son divorce et un autre lui révéler une affaire épouvantable ?

Comment nous sortir de toutes ces culpabilités que, malheureusement, des discours religieux ont encouragé ? Vous connaissez peut-être ce texte d’Albert Camus dans la peste où le prédicateur dit : « Mes frères, vous êtes dans le malheur ; mes frères, vous l’avez mérité ! Trop longtemps, ce monde a composé avec le mal…Eh bien, cela ne pouvait durer…Privés de la lumière de Dieu, nous voici pour longtemps dans les ténèbres de la peste ».

Qui, dans le passé, n’a pas entendu cette phrase assassine et toxique : « Si tu n’es pas sage, le Bon Dieu va te punir ! »
Alors, il est important de regarder de très près la réponse de Jésus à cette question du mal et de la mort car c’est une « réponse » qu’il donne : « Jésus leur répondit ».

Et cette réponse se développe en trois temps.

1° c’est d’abord un REFUS net et clair de Jésus d’entrer dans cette logique de penser que le malheur, la mort et la souffrance sont la conséquence du péché de l’homme, une punition de Dieu, une intervention de Dieu : « Eh bien, NON, je vous le dis, pas du tout » un NON frappé deux fois !
Il faut en finir avec l’idée tenace d’un Dieu intervenant et dirigeant le cours de l’histoire et les destins individuels. Il faut se débarrasser de l’illusion que Dieu est l’auteur de tout ce qui se passe dans le monde. Si Dieu télécommandait les événements du monde, il faudrait admettre que sa gestion est pour le moins surprenante, capricieuse, sadique et révoltante, intervenant ici et par ailleurs, guérissant un cancer ou une dépression ici et par ailleurs… Après Auschwitz, un rabbin avouait : « Ce n’est pas sans tristesse et sans amertume que je me suis vu contraint de rejeter la croyance en un Dieu maître de l’histoire » !

Dieu n’intervient pas dans nos petites histoires, récompensant ou punissant nos actes. Dieu n’intervient pas sur nos petits ou grands malheurs mais il est Celui qui a lancé la VIE, c’est-à-dire le dynamisme qui habite tout ce qui est, tout ce qui est vie et va vers la vie. « IL EST » comme disait Dieu à Moïse de façon absolue et radicale. Il EST celui qui nous accompagne sur notre chemin de joie et de souffrance mais il n’en détermine pas le cours. Il est Celui qui nous oriente toujours vers la vie par de-là la souffrance et la mort. Il est Celui qui nous conduira de la mort à la vie par la résurrection de son Fils. Et la prière de demande me direz-vous ? Dieu ne va pas répondre en modifiant le cours des choses. Non, il nous donnera l’Esprit, l’Esprit de Vie et de force, pour que nous soyons capables d’assumer et de gérer avec la force de la vie ce « cours des choses », en homme et femme libres sans jamais douter de la vie et de la résurrection.

Voilà la première réponse de Jésus ! Mais il en donne une deuxième. Il exige de ne pas enlever aux événements tragiques leur puissance de choc et d’interpellation pour ceux qui en sont les témoins. Comme le dit très bien François Bovon en analysant ce texte : « Eux, les gens, ils parlaient des autres, des Galiléens et des habitants de Jérusalem. Lui, Jésus, les renvoie à eux-mêmes » ! Eux, les gens parlaient de politique et de religion. Lui, Jésus, parle à la conscience de chacun. « Si, VOUS, vous ne vous convertissez pas, TOUS vous vous perdrez aussi » !

Au lieu de poser la responsabilité de Dieu ou des autres, Jésus pose la leur, la nôtre en questionnant notre existence. « Et toi, dans ce monde qui te frappe en plein visage, où se situe ta vie ? Quel sens lui donnes-tu ? Comment tu conduis ta vie ? ». Les événements, l’actualité doivent toujours nous tenir en éveil. Ils ne peuvent pas que nous effleurer. Ils doivent nous remuer, nous convertir, nous traverser, nous interroger sur notre manière de vivre, de penser et d’agir et nous obliger à prendre des décisions dans le sens de la vie.

Obstinément, par deux fois, Jésus revient sur cette nécessité pour tous, c’est-à-dire chacun et chacune, pour tous à se convertir, à se retourner, à raisonner autrement, à changer de direction toujours vers la vie. Saint Luc traduira cette conversion par cette question incessante qui traverse son Evangile : « Que devons-nous faire ? ». La question est posée 7 fois ! ( Lc 3,10.12.14 ; 10,25 ;16,3 ;18,18 ; Ac 2,37)
Et pour le Jésus de Luc, il n’est jamais trop tard pour entrer en questionnement sur nous-mêmes, pour entrer en discernement sur le « temps présent », pour entrer en conversion, « pour produire, comme dit St Luc, les fruits de la conversion » Lc3,8 qui vont tous dans le sens de la vie et non de la mort !
Et ces fruits de la conversion, St Luc les développe de façon réaliste et concrète :
C’est le partage avec les pauvres, et pas simplement de notre superflu mais de notre nécessaire ; c’est la justice dans le travail professionnel : le refus de l’enrichissement personnel démesuré et immoral ; c’est la pratique de la non-violence et de l’amour des ennemis ; c’est le pardon infini et surabondant…

En vivant ainsi nous pouvons changer le cours de l’histoire et la mener vers plus de vie, plus d’humanité, plus de fraternité et en cela nous rejoignons le projet créateur de Dieu qui est Vie et Résurrection. Et il n’est jamais trop tard pour vivre !

C’est la finale de ce texte avec cette parabole (qui est la 3ème réponse de Jésus) sur l’infinie patience de Dieu et de Jésus, propre à St Luc : celle du jardinier qui « intercède » pour son figuier. Jésus donne à chacun « une année de grâce », le temps que chacun porte des fruits de conversion « à l’avenir  »}

. Jésus le dit et le fait. C’est au dernier moment, à la dernière minute, que, lorsqu’un bandit se tournera vers Jésus, il lui dira : « Aujourd’hui, tu seras avec moi dans le paradis » Lc 23,43. Jusqu’à notre dernier souffle, Jésus nous donnera toujours la grâce de la conversion, la grâce du pardon, la grâce de la vie !

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