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      20 août 2017 : une femme fait craquer Jésus !

20 août 2017 : une femme fait craquer Jésus !

Matthieu c’est un Evangile écrit pour des juifs devenus chrétiens à Antioche sur l’Oronte en Turquie actuelle en pleine terre païenne ! Cette rencontre de Jésus avec la Cananéenne entend répondre à cette question : faut-il ouvrir ou non toutes les richesses de l’Evangile aux grecs et aux romains, aux étrangers et même à ses pires ennemis que furent les Cananéens que Josué voulaient dépouiller et anéantir (Jos 17,18) ?


Avant d’être un débat difficile pour la première Eglise, ce récit montre que Jésus lui-même a mis du temps pour comprendre que sa mission ne se limitait pas aux seuls fils d’Israël, au peuple dont il était issu. On peut vraiment dire que c’est une femme, une cananéenne de surcroît, qui va montrer à Jésus toute l’amplitude de sa mission.

Regardons de près ce dialogue serré, audacieux et insolent même entre Jésus et la Cananéenne !

Pour bien comprendre cette rencontre, n’oublions pas les ordres de mission donnés par Jésus à ses disciples dans ce même Evangile : « Les Douze, Jésus les envoya en mission avec les instructions suivantes : ne prenez pas le chemin des païens et n’entrez pas dans une ville de Samaritains, mais allez plutôt vers les brebis perdues de la maison d’Israël » Mt 10,5-6 ! Jésus, comme né en terre d’Israël, les premiers chrétiens, comme héritiers des traditions juives, étaient bien convaincus que le Royaume de Dieu devait être annoncé en priorité aux Juifs et même exclusivement aux juifs. Pour Jésus comme pour Paul, n’allons pas croire que l’ouverture aux païens et aux étrangers allait de soi ! Il existe même encore une autre phrase de Jésus, dans cet Evangile de Matthieu, qu’on n’aime pas trop citée car elle reflète chez lui le même état d’esprit d’étroitesse à l’égard des païens : « Ne donnez pas aux chiens, dit Jésus, ce qui est sacré, ne jetez pas vos perles aux cochons, de peur qu’ils ne les piétinent. » Mt 7,6 ! Les chiens comme les cochons représentent les païens à qui ne convient pas de donner toutes les richesses du patrimoine juif.

Mais alors qui va faire comprendre à Jésus que le Pain et le Salut du Royaume de Dieu sont aussi destinés à ces chiens et à ces cochons de païens ?

C’est cette femme, « une cananéenne », une impure, une maudite !

Mais c’est une finaude ! Pour s’adresser la première fois à Jésus, elle lui décerne les titres les plus honorifiques « Seigneur, Fils de David ». Elle parle comme les psaumes et elle parle comme une chrétienne en criant : « Kyrié Eléison » : Seigneur, prends pitié de moi ! ». Mais Jésus ne lui répond pas un mot.

C’est à trois REFUS de Jésus que ce dialogue nous fait assister :
-  premier refus par l’insolence ou la violence du silence à la prière de la femme : « Pas un mot à la femme » ! Il ne daigne pas lui répondre, elle qui a si bien parlé de lui !
-  second refus par la réaffirmation de sa mission exclusive aux juifs : « Je n’ai été envoyé qu’aux brebis perdues de la maison d’Israël » répond Jésus à ses disciples qui lui demandent « de lui faire grâce ». Pas de grâce à cette cananéenne de la part de Jésus qui considère que Dieu, son Père, ne l’a envoyé qu’aux enfants d’Israël.
-  Face à cette 2ème rebuffade de Jésus, elle continue à parler comme les psaumes et elle se prosterne : « Seigneur, viens à mon secours » !

Comment devant une aussi fervente prière, comment devant un tel geste de respect, Jésus ose enfin lui répondre par cette insolence incroyable en la traitant de chien : « Il n’est pas bon de prendre le pain des enfants et de le jeter aux chiens » ! Et ici Jésus utilise le terme grec de « chien » le plus péjoratif et le plus injurieux. Jésus refuse catégoriquement de jeter aux chiens le pain des enfants de son peuple Israël. C’est la fermeture complète. C’est la 3ème réponse cinglante de Jésus. Qui aurait osé continuer à discuter avec ce Juif ? Cette femme, qui objecte et n’est pas prête à accepter l’affirmation de Jésus. Elle continue à voir en lui le « Seigneur », elle accepte de reconnaître que les juifs sont les « Maîtres » mais qu’il lui laisse au moins manger les « miettes » qui tombent de la table des maîtres ! Au banquet du Royaume, le pain n’est pas compté : il y en a en surabondance et personne ne risque d’en manquer. Alors Jésus « craque » ! « O femme, ta foi est grande. Qu’il te soit fait comme tu veux ! » Mt 15,28 Personne d’autre, dans les Evangiles, ne reçoit une telle appréciation, marquée par la formule d’éloge « O Femme ! » et qualifiant sa foi de « Grande » !

Quelques versets juste avant, Jésus venait de dire à Pierre : « Homme de peu de foi, pourquoi as-tu douté ? » Mt 14,31 !

Ici, c’est une femme, une étrangère, qui fait plier Jésus « le maître » !

C’est par cette femme que Jésus se convertit à l’universalité de sa mission !

C’est le seul cas des Evangiles où une personne tient tête à Jésus, lui résiste et finit par le faire changer d’opinion sur un sujet aussi important que l’ouverture du salut aux nations païennes !

Ce Jésus présenté par Matthieu me plaît car il est bien de notre sang et de notre race, la race des hommes. Cette réticence devant l’étranger, devant celui qui n’a pas la même culture, la même religion, ou dont le passé a fait un ennemi héréditaire, est une réaction normale chez tout un chacun, même chez Jésus.

Et c’est la foi, l’intrépidité, la finesse d’une femme étrangère qui arrivent à faire tomber les barrières et les frontières et à amener Jésus vers une plus grande ouverture de cœur pour offrir le pain et la vie à tous et à toutes sans distinction de race, de religion, ou de couleur de peau.

Sur la route de nos semaines, de nos projets pastoraux, est-ce que nous savons nous aussi nous laisser bouleverser, renverser, chambouler, bousculer par ceux et celles qui nous sont « étrangers » d’une manière ou d’une autre : pays d’origine, religion différente, milieu social ?

Les considérons-nous vraiment comme des frères et sœurs de notre Père du ciel ou simplement comme « des petits chiens » qui peuvent se contenter des « miettes » de notre table ?

Comme Jésus savons-nous reconnaître nos étroitesses de vue et nous émerveiller devant la grandeur et la finesse de ceux et celles qui savent nous donner de bonnes leçons et nous ouvrir à plus grand que nous : « O femme, ta foi est grande ! ».

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