Paroisse de la Trinité Roubaix-Hem
http://trinite-roubaix.fr/20-06-en-cas-de-crise-la-patience
      20/06 en cas de crise : la patience et la tolérance !

20/06 en cas de crise : la patience et la tolérance !

En situation de crise de la foi, il n’y a pas trente six solutions, disait Matthieu :

  • * continuer à semer la parole, « à temps et à contretemps »
  • * continuer à mieux comprendre et rendre intelligibles les paroles de Jésus ! Mais ce n’est pas encore suffisant.

Nous avons vu la semaine dernière comment la première grande parabole de Jésus dans ce 3ème discours de l’Evangile de Matthieu apportait quelques réponses à la question de l’incroyance, du doute et des crises par rapport à l’annonce de la Parole du Royaume souvent décriée, rejetée ou réduite au silence.
En situation de crise de la foi, il n’y a pas trente six solutions, disait Matthieu :
* continuer à semer la parole, « à temps et à contretemps »
* continuer à mieux comprendre et rendre intelligibles les paroles de Jésus !
Mais ce n’est pas encore suffisant. Aussi Matthieu continue par une deuxième grande parabole qui lui est propre et porte donc le « sceau » de ce premier Evangile : la parabole du bon grain et de l’ivraie.
Il est utile de présenter brièvement cette plante et sa graine parce que certains détails permettent de mieux comprendre la parabole. Son nom grec « Zizania » a d’ailleurs donné le mot français « Zizanie ». A ses premiers stades, la plante est fort semblable à celle du froment de blé et il est presque impossible de distinguer l’une de l’autre. Les deux plantes diffèrent par l’aspect extérieur uniquement lorsqu’elles ont grandi. Mais, à ce moment là, les racines du froment et celle de l’ivraie sont entrelacées à tel point qu’il est impossible de déraciner l’ivraie sans détruire le froment de blé. Il faut donc attendre la fin de la moisson et le battage pour séparer le froment de l’ivraie. Et c’est un travail indispensable car le grain de l’ivraie est en plus vénéneux. Consommé, il provoque des vertiges et des malaises et a des effets semblables à ceux des narcotiques. Ce n’est pas pour rien qu’elle est appelée « ivraie enivrante » !
Mais alors que faut-il faire devant le mal qui est inextricablement mélangé et lié au bien ?
La tentation de beaucoup est de l’arracher, de le déraciner, de l’extirper un peu comme Jean-Baptiste le préconisait en Mt 3,7-10.12 : « Engeance de vipères, qui vous a montré le moyen d’échapper à la colère qui vient ?... Tout arbre qui ne produit pas de bon fruit va être coupé et jeté au feu…Celui qui vient a sa pelle à vanner, il va nettoyer son aire et recueillir son blé dans le grenier ; mais l’ivraie il la brûlera au feu qui ne s’éteint pas ». Jésus s’était immédiatement opposé à Jean-Baptiste en lui répondant : « Laisse faire maintenant…laisse-moi être baptisé par toi…ce n’est pas encore le temps du jugement » ! Face à Jean-Baptiste, le prophète apocalyptique, Jésus, le Sage, demande de temporiser, de laisser du temps au temps, comme s’il disait à Jean-Baptiste : « Laisse-moi inaugurer mon ministère, laisse-moi semer et laisse pousser, laisse grandir. Aucun tri n’est possible maintenant. Il faut attendre la moisson ! »
Et voilà que cette parabole de l’ivraie va encore plus expliciter cette 1ère réponse de Jésus à Jean-Baptiste. Elle sera encore une fois diamétralement opposée à celle du justicier Jean-Baptiste : « laissez-les l’un et l’autre croître ensemble jusqu’à la moisson » !13, 30
Jésus n’est pas le moissonneur : il est le semeur !
L’Eglise n’est pas la moissonneuse : elle ne fait que semer la parole !
Devant l’inévitable coexistence et enchevêtrement du bien et du mal dans le monde, devant la difficulté de distinguer l’un de l’autre et de formuler un jugement exact à ce sujet, devant le danger du jugement prématuré, il n’y a qu’une solution : vivre la complexité du monde dans la certitude que malgré la présence des ivraies il y aura toujours une belle récolte de froment de blé !
Avec cette parabole, c’est l’ouverture d’un espace pour l’Eglise !
C’est consentir au risque de l’aventure de l’Eglise en plein cœur du monde !
Une telle Eglise, pour Matthieu, laisse, une telle Eglise consent à n’être qu’un champ dans lequel il y a du bon grain et de l’ivraie et non une secte de purs et de parfaits, à n’être encore qu’une ébauche bien imparfaite.
Avec cette parabole c’est le refus d’un certain radicalisme et extrémisme qui voudraient éliminer le mal en le neutralisant par la violence.
C’est le refus de vivre sa foi en ghetto, entre soi-disants purs, dans un monde aseptisé, dans une espèce de condescendance envers ce monde déclaré mauvais et perverti.
C’est la reconnaissance qu’en nous-mêmes il y a du mauvais et du bon. Si l’on réclame l’extermination du mal, ne faudrait-il pas la pratiquer d’abord chez chacun d’entre nous en nous rappelant les paroles de Jésus dans ce même Evangile : « Hypocrite, enlève d’abord la poutre de ton œil et alors tu verras clair pour enlever la paille de l’œil de ton frère » Mt 7,5 Et que dire des exhortations répétées de ce sermon sur la montagne à faire preuve de patience et d’amour à l’égard des ennemis, à se garder de juger et de condamner Mt 7,1-2.
Avec cette parabole, enfin, c’est la chance donnée à tous, la patiente impatience de pouvoir écouter un jour la parole de Jésus et d’y répondre par la conversion et la guérison. C’est la conviction que le bon grain a de nombreux combats à mener contre les ivraies au pluriel dans le texte car le mal se présente volontiers sous des formes très diversifiées, tentaculaires et mondiales.
C’est la certitude qu’en finale « les justes resplendiront comme le soleil dans le Royaume de leur Père » Mt 13, 43 comme la parabole du semeur se terminait sur un grain qui produit 100, 60 et 30 pour un !
En situation de crise de la foi, d’immersion dans un monde complexe et ambigu, il n’y a pas trente six solutions, continue Matthieu :

  • * continuer à vivre à fond dans ce monde sans le fuir et le diaboliser
  • * continuer à refuser la politique de l’extrémisme et de l’intolérance
  • * continuer la patiente impatience de notre propre conversion
  • * continuer à ne pas juger sur les apparences et les a-priori
  • * continuer à toujours entrevoir dans le clair-obscur de notre monde la lumière du Père !

Documents joints

Réagir à cet articleRéagir à cet article

Un message, un commentaire ?

modération a priori

Attention, votre message n’apparaîtra qu’après avoir été relu et approuvé.

Qui êtes-vous ?

Pour afficher votre trombine avec votre message, enregistrez-la d’abord sur gravatar.com (gratuit et indolore) et n’oubliez pas d’indiquer votre adresse e-mail ici.

Ajoutez votre commentaire ici
  • Ce formulaire accepte les raccourcis SPIP [->url] {{gras}} {italique} <quote> <code> et le code HTML <q> <del> <ins>. Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

homelie