Paroisse de la Trinité Roubaix-Hem
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      1er Janvier 2019 : Annoncer comme les bergers et interpréter comme Marie (...)

1er Janvier 2019 : Annoncer comme les bergers et interpréter comme Marie !

Pour ce premier jour de l’année, la liturgie nous donne à contempler la visite des bergers à Bethléem. Ce petit récit est construit autour d’un contraste entre ce que disent les bergers, leurs paroles, leur annonce, et le silence des trois autres personnages : Marie, Joseph et l’enfant.


Remarquons d’abord l’abondance du PARLER (*) des bergers : « Ils se parlaient les uns aux autres…v.15 Ils firent connaître ce qui leur avait été parlé au sujet de cet enfant…v.17…tous étaient émerveillés de ce que leur parlaient les bergers…v.18. Voilà des bergers qui n’ont pas peur de prendre la parole et de la dire devant TOUS. Et ce « parler » n’est pas un parler ordinaire, c’est le discours de la prédication qui se veut persuasive. Les bergers sont devenus les premiers serviteurs de la parole, les premiers prophètes de la Parole de Dieu, telle qu’elle se dit et se montre en Jésus, l’enfant de Bethléem. (*)
Et non seulement ils parlent beaucoup entre eux et à « TOUS » mais ils annoncent le message de salut de l’ange : « Ils firent connaître les paroles qui leur avaient été dites au sujet de cet enfant » v.17. Les bergers font « connaître » ce que « le Seigneur leur a fait connaître » v.15. Chez St Paul, ce verbe « faire connaître » désigne la révélation de Dieu et sa transmission par les Apôtres chrétiens. « Je vous fais connaître, frères, dit-il aux Corinthiens, l’Evangile que je vous ai proclamé » 1 Cor 15,1 et Gal 1,11. « Je veux vous faire connaître hardiment le mystère de l’Evangile » Ep 6,19. Les bergers deviennent ici les figures de tous les disciples qui annoncent, proclament et font connaître l’Evangile et la grâce de Dieu. Ils sont les premiers Apôtres de cet Evangile de Luc !
Et non seulement ces bergers parlent beaucoup à tous, annoncent à tous l’Evangile du Salut qui leur a été transmis par Dieu mais ils exercent une troisième fonction : « Ils chantent la gloire et les louanges de Dieu pour tout ce qu’ils avaient entendu et vu, suivant ce qui leur avait été annoncé ». Voilà les bergers devenus les chantres et les liturges chrétiens après avoir été les Apôtres chrétiens et les prophètes chrétiens. Dès la naissance du Sauveur, l’action de grâce liturgique des bergers rejoint le culte céleste des anges, prélude à la louange liturgique de l’Eglise. Dans Luc, les témoins des signes de Dieu réalisés par Jésus « rendent toujours gloire et louange à Dieu » (**)
Comment mieux commencer une nouvelle année en nous souhaitant les uns aux autres de devenir comme ces bergers de Bethléem : des serviteurs et prophètes de la Parole de Dieu incarnée en Jésus ; des Apôtres et des hérauts de l’annonce de l’Evangile ; des chantres et des liturges de la louange de Dieu ! PARLER, FAIRE CONNAITRE, CHANTER !
Mais voilà qu’arrive, en plein milieu de ce récit, en position centrale, un contraste assez saisissant et étonnant. Entre les deux interventions des bergers : celle de leur arrivée en 15-18, caractérisée par leur parole et leur annonce et celle de leur départ au verset 20, caractérisée par leur louange et leur chant, au milieu, un étrange SILENCE des trois personnages les plus importants du récit : JOSEPH, MARIE et l’ENFANT :

« Et ils trouvèrent ET MARIE ET JOSEPH ET le NOUVEAU-NE couché dans la mangeoire » v.16 « Mais MARIE conservait avec soin TOUTES CES PAROLES et en cherchait le sens dans son cœur » v.19 ! Etrange silence et réaction de Marie et de Joseph devant tous ces événements inouïs qui contrastent avec l’exubérance habituelle de ceux qui sont témoins des actions de Dieu ou de Jésus. Joseph et Marie ne disent rien, n’annoncent rien et ne chantent rien à la naissance de leur enfant, proclamé Sauveur, Seigneur et Christ !!!

Ce silence est quand même expliqué par Luc qui utilise ici un verbe qu’il est le seul de tout le N.T. à utiliser à 7 reprises (***) ! Le verbe « sunballo » qui signifie « mettre ensemble, jeter ensemble », « évaluer », « interpréter ». Marie rassemble dans son cœur toutes les paroles et tous les événements survenus depuis l’annonciation, la visitation et la naissance de Jésus et cherche à les mettre ensemble dans l’espoir de parvenir à une compréhension vaste qui ne fait l’impasse sur aucun aspect. Il ne s’agit alors pas d’une conservation inerte et passive mais d’un véritable travail d’interprétation qui implique un engagement profond, intellectuel et existentiel « de tout le cœur ». C’est un travail pour mettre en rapport les choses, pour les rassembler de manière à ce qu’elles révèlent un sens qui sera toujours à chercher, à approfondir, sans jamais en faire le tour.

C’est à une attitude véritablement « critique » ( au sens de capacité à juger, à discerner, à évaluer, à creuser, à fouiller) que Marie s’attelle. Marie devient le type même de l’Eglise qui accueille la parole, la retourne dans tous les sens, l’interprète et la fait fructifier. Elle devient donc la première exégète dans l’Evangile de Luc qui en présentera bien d’autre comme Jésus « l’herméneute » des Ecritures en Lc 24,27, comme Philippe le « guide » des Ecritures en Ac 8,31, ou comme Paul qui « discute » avec les philosophes en Ac 17,18 (le même verbe que pour Marie !). Marie est mise au même rang que Jésus, Philippe et Paul, comme elle est mise au même rang de ceux qui dans l’A.T. ont fait le même travail d’interprétation des Ecritures comme Jacob en Gn37,11, comme Daniel en 7,28, ou comme Lévi en Testament de Lévi 6,2 qui tous « conservent les paroles dans leur cœur » !
Comment mieux commencer une nouvelle année en nous souhaitant d’être comme Marie, de celles et ceux qui fouillent les Ecritures, les malaxent dans leur cœur et dans leur intelligence et qui essaient de leur arracher des sens cachés, insoupçonnés, inédits.
Un rabbin racontait qu’un de ses amis avait obtenu le prix Nobel de physique. Il lui a posé la question de savoir si, dans son enfance, un élément permettait de comprendre qu’il ait atteint un tel niveau d’excellence. Son ami lui a répondu : « Quand j’étais enfant, lorsque je rentrais de l’école, mon père ne me demandait jamais si j’avais eu de bonnes notes, il me disait toujours : As-tu posé quelques bonnes questions aujourd’hui ? »
La qualité première d’un ou d’une exégète est de poser de bonnes questions au texte, de ne jamais se contenter de ce qu’il sait mais de toujours, comme Marie, interroger, fouiner, retourner les textes pour aujourd’hui ! (****)

En savoir plus

(*) Remarquez la profusion des termes concernant le PARLER dans ce petit récit de Lc 2,15-20 :
* le verbe « Laleo » : « parler » 4x en 15.17.18.20
* le verbe « gnorizo » « faire connaître » 2x en 15.17
* le mot « rema » : parole/évenement 3 x 15.17.19 (sur les 68 emplois dans tout le N.T. Luc en a 33 !!!)

(**) « aineo » « louer » est propre à St Luc 2,13.20 ; 19,37 ; 24,53 : Ac 2,47 ; 3,8-9

(***) « sumballo » « mettre ensemble » en Lc 2,19 ; 11,53 ; 14,31 ; Ac 4,15 ; 17,18 ; 18,27 ;20,14. Dans les deux verbes utilisés par Luc « Conserver » et « mettre ensemble », nous avons 2 fois le préverbe « sun » qui indique aussi l’idée de rassembler, de faire un tour.

(****) anecdote rapportée par Antoine Nouis dans son livre « Des Joseph et des Marie » Olivétan 2015 p.58

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