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      17 septembre 2017 : la démesure du pardon

17 septembre 2017 : la démesure du pardon

Dimanche dernier, nous avons vu comment Matthieu a recadré la règle disciplinaire de l’exclusion et de l’excommunication du frère pour la rendre « inopérationnelle » en mettant l’accent sur le souci du petit, la recherche passionnée du frère égaré et en donnant comme modèle de référence du Royaume l’enfant et le serviteur à l’image de Jésus, le petit et le serviteur


Mais ce n’est pas encore assez, précise Matthieu, pour casser cette règle disciplinaire du pouvoir d’exclure et de condamner qui est une tendance inhérente à toute institution y compris l’Eglise. Pierre c’est celui à qui Jésus a remis au chapitre 16 le pouvoir de lier et de délier qui dit la puissance de l’Eglise dont il est le représentant par excellence.
Aussi Matthieu va-t-il prendre à partie le premier des disciples : PIERRE, le roc de l’Eglise, pour lui faire poser une question à Jésus sur le pardon. Pierre, par excellence, fait partie de ceux qui sont susceptibles d’exercer ce pouvoir de juger, d’exclure et de condamner. En a-t-il réellement le droit ? Peut-il réellement l’exercer ?

C’est le sens de ce dialogue de Pierre avec Jésus lié à la parabole qui suit : « Seigneur, combien de fois dois-je pardonner à mon frère ? Jusqu’à 7 sept fois ? » L’offre de Pierre est généreuse. Elle tient de l’exploit. Les rabbins disaient : à ton frère tu pardonneras trois fois. Mais sept fois…Pierre fait dans l’excès de générosité mais il reste quand même dans la position que le pardon a des limites, il reste dans la perspective que, lui, est le juste et qu’il y a des accusés à qui il ne conviendra pas de toujours pardonner. Pour Pierre, il y a des limites au pardon en Eglise !

Jésus refuse d’entrer dans cette perspective et demande à Pierre un pardon illimité, sans mesure, infini et surtout il va lui montrer, par le biais de la parabole des débiteurs, que celui qui ose demander des comptes à son frère est lui-même un débiteur 600.000 fois plus endetté que ce frère.
La dette que le serviteur a contractée vis-vis de son maître est colossale : dix mille talents, l’équivalent de soixante millions de journées de travail, en euro d’aujourd’hui cela fait 3 milliards d’euro !

Et voilà que le maître prend la décision renversante, au nom de sa miséricorde, d’annuler gratuitement la dette de ce serviteur qui, à son tour, aurait dû annuler la toute petite dette de son compagnon de 3.000 euros.

Par cette parabole, Jésus conduit Pierre à changer de statut en s’identifiant à un homme gratifié du pardon infini de Dieu. De donateur d’un pardon limité, Pierre doit devenir un pécheur pardonné qui n’aura de cesse de pardonner indéfiniment.
Cette mise en scène du serviteur ingrat à qui une dette colossale a été remise et qui refuse d’en remettre une, dérisoire, à son compagnon de service ne peut que faire penser à Pierre. Lui aussi a fait l’objet d’un pardon colossal : il a renié son maître et pourtant Jésus continue à lui faire confiance.

Pierre devient l’exemple type du croyant bénéficiaire du pardon infini de Dieu pour qu’il puisse exercer le ministère infini du pardon et de la miséricorde de Dieu ! Pierre n’est pas invité à pardonner plus mais à se comprendre d’abord et avant tout comme un homme pardonné, gracié, totalement gratuitement. Il n’est plus possible alors de limiter le pardon donné par l’Eglise quand on sait que nous ne sommes nous-mêmes que des débiteurs graciés par un pardon infini !

Mais Matthieu sait combien ce pardon à donner est difficile, incompréhensible humainement, inacceptable souvent. Et chacun pourrait ici exprimer tous les pardons impossibles des trahisons, des attentats, des gestes impardonnables.
Alors Matthieu sera le seul à donner une telle insistance sur la nécessité de la PRIERE pour entrer dans ce mouvement du pardon infini qui nous assimile à Dieu et à Jésus.

C’est lui qui ajoutera encore une phrase à la prière du Notre Père : « Remets-nous nos dettes comme nous-mêmes nous remettons à nos débiteurs » cette autre phrase : « car si vous pardonnez aux hommes leurs fautes, votre Père du ciel vous pardonnera à vous aussi ; mais si vous ne pardonnez pas aux hommes, votre Père non plus ne vous pardonnera pas vos fautes » Mt 6,14-15.

Ce qui fait que, dans la version de Matthieu, le Notre Père comporte 6 fois le verbe « PARDONNER » !!! Ce n’est pas une fois que nous demandons à pardonner dans la prière du Notre Père dans Matthieu mais 6 fois !!! C’est une question de vie ou de mort aussi importante que de mourir de faim. Pour Matthieu, un être humain privé de pardon meurt au même titre que celui qui n’a plus de pain !

C’est vrai que devant Dieu nous sommes criblés de dettes, mais nous professons, comme St Paul, que Dieu nous remet toutes nos dettes, purement et simplement, sans donner d’explication, ni exiger de compensation. Il est celui qui, par sa générosité sans calcul, par son amour sans mesure, nous pardonne à tous dans la mort du Christ qui est le jour du Grand Pardon pour tous.
Et bien sûr ce serait une grave erreur de lire la demande du pardon dans le Notre Père comme subordonnant le pardon de Dieu au pardon humain : ce fameux « comme » : « pardonne-nous comme nous pardonnons » !
Dieu redeviendrait-il le créancier impitoyable qui monnayerait son pardon à la mesure de celui montré par l’être humain ? Le pardon divin, comme dans la parabole, sera toujours premier et inconditionnel. Mais celui ou celle qui se savent au bénéfice du pardon divin et qui en vivent tous les jours de leur vie, doivent le laisser pénétrer leur existence et produire le fruit escompté.
*
Ce fameux « comme » n’est donc pas à lire dans un sens comparatif : « Pardonne-nous comme, dans la mesure où nous pardonnons » mais dans un sens consécutif  :
« Pardonne-nous de telle sorte que nous pardonnions »

ou pour le dire autrement :

« Comme nous avons été pardonnés, que nous pardonnions à notre tour à ceux qui nous ont offensés » !

Que cette eucharistie, que notre prière, inscrive notre histoire dans cette dynamique du pardon !

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