Paroisse de la Trinité Roubaix-Hem
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      17 juillet 2016 : « Mission partenariale ! »

17 juillet 2016 : « Mission partenariale ! »

On a souvent vu dans ce texte de la visite de Jésus chez Marthe et Marie une opposition entre deux modèles de vie chrétienne : l’action et la contemplation, donnant la meilleure part, d’ailleurs, à la contemplation sur l’action en opposant Marthe à Marie.
Toutes les études actuelles nous invitent à aller dans une autre direction et à voir dans ces deux femmes, Marthe ET Marie, non des femmes en concurrence mais des « partenaires femmes dans l’œuvre de mission des premiers chrétiens ».
Pour cela il nous faut être attentif au contexte de ce texte et à la force de certaines expressions utilisées par Luc


Ce texte arrive à la conclusion de tout un passage sur la mission de l’Eglise qui va de 9,51 à 10,42 avec, au centre, l’envoi des 72 disciples en mission.

L’auteur de l’Evangile commence par créer un contraste saisissant entre le refus de l’accueil de Jésus par des Samaritains et l’accueil de Jésus par Marthe :
« En route, ils entrèrent dans un village mais ils ne le reçurent pas « 9,52
« En route, il entra dans un village et une femme le reçut dans sa maison » 10,38

Ce que les samaritains ne font pas, une femme le fait ! Marthe ! répondant ainsi à l’invitation de Jésus donnée aux 72 disciples : « Dans quelle ville que vous entriez et où l’on vous recevra, mangez ce qu’on vous offrira et dites le Royaume de Dieu est tout proche » 10,8 L’accueil de Marthe envers Jésus fait directement écho à cet accueil demandé par Jésus pour les prédicateurs itinérants qui visitent les communautés chrétiennes pour annoncer l’Evangile.

Marthe devient ainsi un exemple d’HOSPITALITE  : « Une femme du nom de Marthe le reçut dans sa maison ». Ce terme rare de « recevoir » signifie « accueillir sous son toit, donner l’hospitalité, protéger, recevoir pour un repas, car il n’y a pas d’hébergement sans repas offert ». On ne trouve ce verbe que 3 fois sous la plume de Luc et dans tout le N.T. : dans notre texte, dans le récit où Zachée « accueille » Jésus Lc19,6 et lorsque Jason « accueille » Paul et Silas pour les protéger à Thessalonique Ac 17,7.
Marthe est la femme modèle de l’hospitalité que Jésus réclame pour ses envoyés. Marthe, en tant que maîtresse de maison, autonome et femme qui s’impose est ici partenaire de l’une des missions confiées à l’Eglise qui est d’accueillir « dans sa maison » ceux et celles qui annoncent l’Evangile comme la célèbre Lydie qui « accueille Paul et Silas dans sa maison » en Actes 16,14-15 !
Marthe devient une chrétienne et disciple éminente, faisant partie avec Marie et bien d’autres femmes du cercle des sympathisants sédentaires soutenant le mouvement de Jésus !
Marthe est aussi l’exemple du SERVICE : « Marthe était occupée à un multiple SERVICE ». Mais attention, ici aussi, le mot utilisé est loin d’être péjoratif : c’est le mot « diakonia » : la seule fois où il apparaît de tous les Evangiles et que Luc va utiliser 8 fois dans les Actes pour décrire le « service de l’Apostolat » des Apôtres Ac 1,17.25, « le service de la Parole » 6,4, « le service de l’entraide » 11,29 ;12,25 ; « le service de l’Evangile » 20,24 ;21,19 ! Et nous nous rappelons bien sûr cette parole de Jésus dans St Luc « Je suis au milieu de vous comme celui qui sert » Lc 22,27 !

Comment ne pas y voir aussi derrière ce mot « diaconie », à haute valeur théologique » non seulement le service de la table mais aussi le service du ministère dans toutes ses variétés, y compris le service du ministère de l’eucharistie, diaconie telle qu’elle est développée dans les Actes par le même Luc ? Au-delà d’une lecture naïve du texte, comme le dit Turid Karlsen Seim, « Celles qui servent deviennent des modèles pour le leadership des hommes, dans une subversion du Maître, qui est Celui qui sert » !
Ce n’est pas neutre et innocent non plus que les deux protagonistes de ce récit soient des femmes.

Deux femmes pour exercer une mission partenariale et non une mission concurrentielle et conflictuelle.

A aucun moment, Jésus n’esquisse une comparaison désobligeante en disant à Marthe « Tu as choisi la mauvaise part » ou en disant à Marie « Tu as choisi la meilleure part » comme on le traduit souvent pour accentuer le contraste négatif entre Marthe et Marie, mais bien « Marie a choisi la bonne part », ce n’est pas un comparatif du tout en grec ! Puis Jésus tourne Marthe vers Marie qui « a choisi la bonne part » ! Cette « bonne part » c’est « ETRE ASSISE aux pieds du Seigneur ». C’est l’attitude même du disciple qui écoute le Maître qui enseigne. C’est Paul qui apprend la Torah « aux pieds de Gamaliel » Ac 22,3. C’est Jésus qui « est assis dans le Temple au milieu des maîtres à les écouter et les interroger » Lc 2,46. Dans la tradition juive, « la bonne part » c’est la situation et la relation de l’étudiant avec son enseignant.
Ce qui est bon de mettre en relation avec le service : c’est l’étude de la Parole de Dieu et de Jésus !

Ce qui est bon pour les femmes hôtesses des communautés chrétiennes c’est qu’elles puissent participer aussi à l’écoute de la Parole de Dieu et pas seulement au service des tables.

Ce qui est bon et légitime, en dépit de la culture de l’époque, c’est que Marie anticipe le choix des Douze dans les Actes de se consacrer au service de la Parole.
Ce qui surprend et séduit dans ce texte, c’est que la légitime et normale préférence des leaders masculins pour le service de la Parole soit aussi valide et légitime pour les femmes. « Marie a choisi la bonne part, elle ne lui sera pas enlevée ! » Ce que Jésus affirme clairement, ici, c’est que le choix de Marie de se consacrer sans partage à l’écoute et à l’étude de sa Parole ne peut être ni discuté, ni nié, ni enlevé !

Ce qui est bon pour l’Eglise c’est que l’auteur de l’Evangile de Luc ait osé poser dans la volonté de Jésus cette possibilité pour des femmes de jouer des rôles importants dans l’Eglise et d’exercer des ministères de service et d’enseignement.

Cette scène de Jésus entre deux femmes : Marthe et Marie me fait penser à une autre scène peu connue : une des plus anciennes fresques à Ephèse du 6ème siècle qui représente Paul entouré de deux femmes aussi : Tékle et Téoklia. Técle, dit le texte accompagnant cette fresque ( Les Actes de Paul vers 150) était subjuguée par la Parole de Dieu annoncée par Paul, immobilisée par ses paroles comme une araignée à la fenêtre. Et Paul de lui dire : « Toi aussi, va et enseigne la Parole de Dieu » ! 4,16

Comme Marthe, portons la mission du service, la mission de l’hospitalité, la mission du ministère !

Comme Marie, portons la mission de l’écoute de la Parole de Jésus, la mission de l’étude de l’enseignement de Jésus, la mission de l’annonce de l’Evangile de Jésus !

En savoir plus

Lire : Marthe et Marie en concurrence ? de Pierrette Daviau et Elisabeth Parmentier Médiaspaul 2012 (bon petit livre de 120 pages)

Les femmes disciples dans l’Evangile de Luc par Sylvie Paquette Université de Montréal 2008 (thèse de 410 pages !)

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