Paroisse de la Trinité Roubaix-Hem
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      05/07 l’impuissance de Jésus !

05/07 l’impuissance de Jésus !

Questions, impuissance, incroyance voilà des mots du texte de cet Evangile qui consonnent bien avec la tonalité de l’Evangile de Marc, l’Evangile des questions qui fusent de toutes parts, l’Evangile de la faiblesse d’un Christ Crucifié, l’Evangile de la difficulté de croire !


Je vous le disais, il y a 15 jours, lors du récit de la tempête apaisée, Marc c’est l’Evangile aux 110 questions, c’est Jésus en point d’interrogation !

Remarquez encore combien les questions se bousculent dans ce récit de la visite de Jésus dans la synagogue de son village, de Nazareth : 2 séries de questions articulées à une première question de fond qui sert d’introduction :
« D’où, à CELUI-LA, cela ? » je traduis : Comment se peut-il que la sagesse et la puissance de Dieu (cela) soient données à Jésus, « celui-là » ?
« Quelle est la sagesse qui a été donnée à CELUI-LA ? Et D’où viennent de tels actes de puissances qui arrivent par ses mains à LUI ? »
« N’est-il pas CELUI-LA le fils de l’artisan (1) et le fils de Marie, le frère de Jacques et de Joset, de Juda et de Simon ? Et ses sœurs ne sont-elles pas ici près de nous ? »

Il ne fait pas de doute pour les habitants de Nazareth que cette sagesse et cette puissance viennent de Dieu. Calmer des tempêtes, expulser des démons, relever des morts comme Jésus vient de le faire ne peut venir que de Dieu. Mais ce qui est inadmissible à accepter et à comprendre c’est que cela se réalise par les paroles et les mains de Jésus. Cela ne peut provoquer que choc, scandale et stupéfaction : « Ils étaient hors d’eux-mêmes de stupéfaction…et ils achoppaient contre lui » !
La sagesse et la puissance de Dieu sont incompatibles avec cet homme Jésus, qu’on connaît si bien à Nazareth. Le Messie attendu, le héros de Dieu, ne pouvait être que exceptionnel, extraordinaire, mystérieux, providentiel, sans père ni mère, tomber du ciel, surhumain ! Et voilà que le Messie est repéré selon la plus banale identité puisque tout le monde connaît son métier, son père et sa mère, ses frères et ses sœurs, qu’il est natif de Nazareth.

Le caractère exceptionnel et extraordinaire du salut de Dieu ne peut pas être compatible avec l’ordinaire et le banal de ce Jésus de Nazareth, qualifié trois fois de « CELUI-LA » ! Il n’est pas possible que la sagesse et la puissance de Dieu se concentre en « CELUI-LA », celui-là avec un air de dédain et de mépris, comme il ne sera pas possible que le salut de Dieu se réduise à un homme pendu à une croix, crucifié nu à une croix !
C’est à un retournement complet et incompréhensible de nos images de Dieu que nous invite l’Evangile de Marc : lire sur le visage ordinaire et banal de Jésus le visage même de Dieu ; lire sur le visage torturé et crucifié de Jésus le visage même de Dieu ; apprendre à découvrir dans l’impuissance et la fragilité de Jésus l’impuissance et la fragilité même de Dieu !

Pour Marc, la foi demande à reconnaître Jésus comme le Fils de Dieu à travers son humanité et sa vulnérabilité.
Comment oser imaginer que la « sagesse » de Dieu est à l’œuvre dans cet homme archi connu du village de Nazareth ?
Les gens de son village « savent » qui il est ; ils « savent » qu’il n’est que « LE fils du charpentier », « LE fils de Marie », « LE frère de Jacques et de José, de Judas et de Simon » ! Toute sa famille habite ici et tout le monde le connaît !

Comment lui, « L’ARTISAN » du village peut-il être « LE CHRIST, LE FILS DE DIEU en qui la sagesse de Dieu vient demeurer » ?

Et Jésus d’avoir cet étonnement douloureux : « Il s’étonna de leur INCROYANCE » 6,6a De tous les Evangiles, Jésus ne s’étonne « Qaymazv « que deux fois ! Dans l’Evangile de Matthieu, Jésus « s’étonne » de la foi sans faille du centurion de Capharnaüm : « Jésus fut plein d’étonnement pour lui et dit à la foule : je vous le déclare, même en Israël, je n’ai pas trouvé une telle foi » Mt 8,10.
Eh bien, cette admiration et cet étonnement de Jésus pour la foi ne sont absolument pas repris par Marc qui ne garde que l’étonnement douloureux et attristé de Jésus pour l’incroyance de ses concitoyens ! Ici, l’incroyance soulignée par Marc ce n’est pas le refus de Dieu ni la reconnaissance de la sagesse de Dieu en Jésus, mais bien le fait de refuser de croire que le salut de Dieu passe par « celui-là », par son humanité de chair et de sang, son humanité vulnérable, exposée, repérable et située, et parfois même impuissante comme il est noté ici : « Il ne pouvait faire là aucun acte de puissance » !!!
Un Jésus impuissant c’est aussi l’image de Dieu que Marc entend faire surgir de son Evangile : un Jésus impuissant à guérir ici, un Jésus impuissant à réaliser d’un seul coup un miracle en devant s’y reprendre à deux fois en 8,22-26, un Jésus impuissant à connaître le temps de la fin du monde en 12,32, un Jésus réduit à l’impuissance extrême sur la croix où Dieu se révèle au monde dans un être humain brisé !

Voilà les images de Dieu qui sommeillent encore beaucoup dans nos têtes que Marc débusque dans son Evangile : l’image d’un Dieu Tout puissant disposant de tous les pouvoirs et l’image d’un Dieu inaccessible, extraordinaire et merveilleux. Dieu, pour Marc, se donne à lire dans le Jésus de Nazareth, dans son humanité toute banale et fragile, dans son humanité toute blessée et crucifiée !

Nous rejoignons là le témoignage de Paul que nous avons entendu en 2ème lecture : « Nous ne témoignons jamais mieux de Dieu que lorsque nous sommes faibles comme Jésus ! ».

En savoir plus

(1) Il existe plusieurs versions manuscrites :

Soit on lit : « Celui-là n’est-il pas le fils du charpentier, le fils de Marie… » ce qui en déduit que Jésus est le fils de Joseph et le fils de Marie sans aucune allusion à la virginité de Marie (un très ancien Manuscrit P45 et d’autres petits manuscrits)
Soit on lit : « Celui-là n’est-il pas le charpentier, le fils de Marie » : c’est la leçon majoritaire des grands manuscrits qui peut être vue comme une correction dogmatique qui va dans le sens de la naissance virginale en excluant le père de Jésus !!!
En grec, le mot tektvn désigne « un artisan sur bois », plus qu’un simple charpentier !

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